Salle de presse

Perspectives concernant le financement novateur dans le nouvel environnement économique mondial

 

Exposé liminaire de M. Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE, lors de la sixième réunion plénière du Groupe pilote sur les contributions de solidarité en faveur du développement


28 mai 2009, Paris, siège de l’OCDE
 
Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs,


C’est un grand plaisir de vous accueillir à l’occasion de cette sixième réunion plénière du Groupe pilote sur les contributions de solidarité en faveur du développement. Avec ses 55 pays membres et l’appui de plusieurs autres pays observateurs, organisations de la société civile et institutions internationales comme l’OCDE et la Banque mondiale, ce Groupe est en train de devenir un acteur majeur du développement dans le monde.


Je suis très heureux de voir ici rassemblés autant d’esprits brillants, désireux de trouver ensemble des moyens plus efficaces et plus novateurs de financer le développement. Et si j’en suis très heureux, c’est parce que la question est urgente. Phénomène inquiétant, la pauvreté dans le monde progresse à nouveau. On a du mal à l’admettre mais les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) sont aujourd’hui beaucoup plus loin de notre portée qu’il y a quelques années. Cela est inacceptable.


1. Nous ne pouvons pas laisser la crise réduire à néant les progrès accomplis en matière de développement


La plupart des pays en développement avaient enregistré des taux de croissance impressionnants au cours des cinq premières années de ce siècle, grâce à l’application de politiques macroéconomiques responsables qui ont permis de sortir de la pauvreté des millions de personnes. Mais à présent, leurs perspectives sont sombres. D’ici la fin de l’année, le nombre de travailleurs pauvres vivant avec moins de 2 USD par jour pourrait augmenter de plus de 100 millions tandis que le nombre de victimes de la faim dans le monde pourrait concerner 104 millions de personnes de plus.
 

Les économies des pays pauvres sont touchées par la stagnation des envois de fonds, le tarissement des flux de capitaux et de l’investissement, la diminution des recettes liée à la contraction des échanges mondiaux et à la crise affectant les produits de base. Selon des estimations de la Banque mondiale, le déficit financier des pays en développement pourrait atteindre au total 700 milliards USD.


Cette contraction financière exercera d’énormes pressions supplémentaires sur les budgets nationaux des pays pauvres. Mais elle devrait aussi nous presser de réfléchir ensemble à toutes les sources régulières et supplémentaires de financement et aux moyens de les utiliser avec la plus grande efficacité et en faisant jouer au maximum les synergies. Le financement novateur du développement est un instrument de plus en plus important. Il est un moyen complémentaire d’aider les pays en développement à surmonter leurs problèmes structurels et à instaurer un développement durable à long terme.

Au cours des sept dernières années, depuis la Conférence internationale de Monterrey sur le financement du développement, de nouveaux instruments de financement très divers ont été mis en place. Vous avez entendu parler de la taxe de solidarité sur les billets d’avion servant à financer les achats de médicaments (UNITAID), de la Facilité internationale de financement pour la vaccination ou encore de l’Initiative Product Red soutenue par le groupe rock U2. Toutes ces initiatives ont contribué à l’obtention de meilleurs résultats.

Le moment est venu de dresser le bilan de ces multiples expériences et d’étudier plus avant leur impact sur l’architecture mondiale de l’aide et sur les stratégies, priorités et systèmes des pays bénéficiaires. Cela est essentiel pour garantir la  transparence et l’efficacité de nos politiques de développement qui, du fait de la récession économique, requièrent encore davantage de soutien de l’opinion publique et de ressources.

Les membres du CAD de l’OCDE ont récemment réaffirmé leurs engagements en matière d’aide et ils sont convenus de maintenir les apports d’aide à des niveaux correspondant aux engagements pris. Nous devons honorer ces promesses. Nous sommes déjà très en retard dans la concrétisation des engagements souscrits à Gleneagles, notamment en ce qui concerne l’Afrique. L’OCDE assure le suivi des apports mondiaux d’APD et je puis vous dire que même les plans prévisionnels pour 2010, qui nous ont été notifiés il y a deux mois par les organismes bilatéraux et multilatéraux, font apparaître un décalage considérable.

En complément des dispositifs traditionnels d’aide au développement, un financement novateur peut aider à concrétiser ces engagements en temps voulu. Il peut aussi nous permettre de progresser vers les OMD et d’améliorer le cadre de gouvernance mondiale. Mais nous devons veiller à conduire ce type d’innovation financière de manière efficace et responsable. La crise actuelle nous montre clairement comment l’innovation financière dévie de ses objectifs initiaux si elle n’est pas menée dans des cadres transparents et  fiables.

 

2. Comment tirer le meilleur parti du financement novateur

Permettez-moi d’évoquer quatre principes que nous considérons à l’OCDE comme essentiels pour tirer le meilleur parti du financement novateur du développement :

1. Un premier principe fondamental veut que le financement novateur ne constitue pas un moyen de contourner les règles budgétaires et fiscales de base. Il doit au contraire contribuer à améliorer la qualité des politiques publiques dans les pays bénéficiaires. Le financement novateur ne doit pas détourner les pays de la priorité qu’ils accordent à l’augmentation des recettes publiques et à l’élaboration de politiques fiscales équitables et conduites de manière impartiale en tant qu’élément central du développement. Il doit contribuer à renforcer les capacités des administrations fiscales dans les pays en développement : c’est « la nouvelle frontière » de la politique de développement.

Les travaux menés récemment par l’OCDE sur la lutte contre la fraude fiscale aideront ces pays à contrer l’utilisation de paradis fiscaux pour réduire leur déficit de recettes. Il est difficile de mesurer l’impact de régimes d’imposition plus transparents sur les économies des pays en développement, mais d’après les estimations de certaines ONG, il pourrait se situer dans une fourchette comprise entre 50 et 250 milliards USD par an.

2. En vertu d’un deuxième principe, il faut prêter autant d’attention à la manière dont nous acheminons les ressources supplémentaires qu’à la façon de les mobiliser. Comme l’a souligné récemment le Groupe spécial de haut niveau sur le financement novateur des systèmes de santé, si la diversité des financements supplémentaires est une bonne chose, il convient d’éviter de multiplier les institutions et canaux d’acheminement. Les dispositifs de financement novateurs doivent être conformes aux principes de la Déclaration de Paris et du Programme d’action d’Accra sur l’efficacité de l’aide. Ces accords prévoient un renforcement de l’appropriation à l’échelon local, l’alignement sur les priorités et institutions des pays, et le recours accru aux systèmes nationaux.

3. Troisièmement, le financement novateur du développement doit être conçu en tenant également compte du long terme. Il pourrait être justifié de recueillir rapidement des fonds par le biais des marchés de capitaux pour financer des interventions ayant un impact effectif et durable sur la population. Cela a été possible pour la vaccination, par exemple. Mais nous ne devons pas soutenir des approches qui pèseront sur les finances publiques dans l’avenir. Répercuter le coût de nos politiques sur les générations suivantes n’entre pas dans le cadre de l’innovation ; ce serait une grave erreur.


4. Le quatrième principe sur lequel je souhaite insister est qu’il nous faut veiller à ce que les mécanismes de financement novateurs soient simples, transparents et facilement compréhensibles pour l’opinion publique. Cela est d’autant plus important lorsque ces mécanismes font appel à la solidarité privée, en plus des contributions obligatoires par le biais du budget et de l’impôt. Nous devons faire prendre conscience à l’opinion des avantages plus larges à attendre de la participation à la réalisation d’objectifs plus vastes en matière d’aide et aux interventions plus générales pilotées par les pays partenaires. Cependant, des efforts particuliers doivent être déployés pour garantir, comme cela a été souligné dans le rapport Landau, une gouvernance efficace et transparente.

Outre ces principes, il est également de la plus haute importance que nous nous efforcions ensemble de dépasser l’effervescence actuelle pour rationaliser le scénario de développement. L’architecture de l’aide au développement a beaucoup évolué ces dernières années. Elle est devenue plus plurielle et plus complexe.

Parallèlement aux donneurs membres du CAD, aux organisations multilatérales et aux donneurs émergents, les acteurs se sont multipliés –– notamment les programmes et fonds mondiaux, les organisations non gouvernementales, les fondations, les partenariats public-privé et les associations philanthropiques et bénévoles. Les mécanismes de financement –– dont certains sont novateurs –– contribuent à l’obtention de résultats sur le plan du développement et à préserver la variété des biens publics mondiaux.

La gestion de cette diversité grandissante constitue un véritable défi pour les pays partenaires. Il est donc essentiel que les engagements pris pour améliorer l’efficacité de l’aide, y compris pour renforcer l’alignement et l’harmonisation, soient concrétisés. Il s’agit là d’une condition indispensable pour pouvoir tirer le meilleur parti de ces ressources supplémentaires. 

 

3. L’OCDE continuera d’accompagner ce processus

L’OCDE est consciente de l’importance que revêt un financement novateur, ainsi que des riches possibilités qu’il offre de compléter l’APD pour accélérer les progrès sur la voie de la réalisation des OMD. Nous continuerons assurément à intégrer cette importante question dans nos travaux sur le financement du développement et à apporter une contribution aux activités des groupes de travail du Groupe spécial de haut niveau et du Groupe pilote sur les contributions de solidarité en faveur du développement.

Plusieurs pays de l’OCDE – comme la France, le Royaume-Uni, la Norvège et l’Italie – sont à la pointe de l’innovation en matière de financement. Le financement novateur constitue aussi une priorité pour certains de nos partenaires les plus proches comme le Brésil et le Chili. Quant à la France, l’intérêt qu’elle a manifesté pour cet événement majeur donne à penser qu’elle veillera à ce que cette question figure en bonne place parmi nos priorités d’action.

Je suis particulièrement heureux de vous annoncer qu’hier soir, le Comité d’aide au développement a souscrit à un plan d’action visant à « relever les défis liés au développement mondial du fait de la crise ». Ce plan tient compte de la diversité des instruments, canaux d’acheminement et sources qui, parallèlement ou en plus de l’APD, génèrent d’importants résultats sur le plan du développement. Il y est également convenu de renforcer le suivi et l’évaluation comparative de cet éventail d’activités financées par l’APD et autres apports.


Nous tenons à mieux sensibiliser l’opinion à cette question et à faire jouer davantage les complémentarités entre l’APD et les autres formes de financement du développement. Cela exigera sans aucun doute des efforts supplémentaires de la part de plusieurs secteurs de l’OCDE, notamment de ceux qui sont chargés d’assurer le suivi de l’APD et des autres apports du secteur public. Mais il s’agit là d’un grand pas en avant, d’autant que les besoins en matière d’aide au développement croissent plus rapidement que les apports d’aide.

Mesdames et Messieurs,

Nous devons continuer à mettre en commun les enseignements de l’expérience en rassemblant toutes les parties prenantes. Nous l’avons fait lors de notre Forum mondial sur le développement d’octobre dernier sur  « Les enseignements à tirer, pour le financement du développement, des mécanismes de financement novateurs dans le secteur de la santé » qui a été un événement particulièrement fructueux et enrichissant. Je tiens à saisir cette occasion pour réaffirmer que l’OCDE est prête à offrir une tribune et à mettre à disposition son expertise pour des rencontres de ce genre.

Le développement est notre responsabilité commune. Les liens d’interdépendance sont déjà trop nombreux pour qu’on puisse penser qu’un pays peut progresser sans se préoccuper de la situation désespérée des pays les plus démunis.

Cette crise nous apprend beaucoup sur l’« unité » de cette planète. Elle nous offre aussi une occasion unique de mettre en place une économie plus forte, plus saine et plus juste. Je suis convaincu que votre intelligence collective et votre coopération multilatérale largement ouverte nous permettront cette fois de réussir.

 

 

 

Also Available

Countries list

  • Afghanistan
  • Afrique du Sud
  • Albanie
  • Algérie
  • Allemagne
  • Andorre
  • Angola
  • Anguilla
  • Antigua-et-Barbuda
  • Antilles Néerlandaises
  • Arabie Saoudite
  • Argentine
  • Arménie
  • Aruba
  • Australie
  • Autorité Nationale Palestinienne
  • Autriche
  • Azerbaïdjan
  • Bahamas
  • Bahreïn
  • Bangladesh
  • Barbade
  • Belgique
  • Belize
  • Bermudes
  • Bhoutan
  • Bolivie
  • Bosnie-Herzégovine
  • Botswana
  • Brunéi Darussalam
  • Brésil
  • Bulgarie
  • Burkina Faso
  • Burundi
  • Bélarus
  • Bénin
  • Cambodge
  • Cameroun
  • Canada
  • Cap-Vert
  • Caïmanes, Îles
  • Centrafricaine, République
  • Chili
  • Chine (République populaire de)
  • Chypre
  • Colombie
  • Comores
  • Congo, La République Démocratique du
  • Corée
  • Corée, République Populaire Démocratique de
  • Costa Rica
  • Croatie
  • Cuba
  • Côte D'ivoire
  • Danemark
  • Djibouti
  • Dominicaine, République
  • Dominique
  • Egypte
  • El Salvador
  • Emirats Arabes Unis
  • Equateur
  • Erythrée
  • Espagne
  • Estonie
  • Etats Fédérés de Micronésie
  • Etats-Unis
  • Ethiopie
  • ex-République yougouslave de Macédoine (ERYM)
  • Fidji
  • Finlande
  • France
  • Gabon
  • Gambie
  • Ghana
  • Gibraltar
  • Grenade
  • Groenland
  • Grèce
  • Guatemala
  • Guernesey
  • Guinée Équatoriale
  • Guinée-Bissau
  • Guinéee
  • Guyana
  • Guyane Française
  • Géorgie
  • Haïti
  • Honduras
  • Hong Kong, Chine
  • Hongrie
  • Ile de Man
  • Ile Maurice
  • Iles Cook
  • Iles Féroé
  • Iles Marshall
  • Iles Vierges Britanniques
  • Iles Vierges des États-Unis
  • Inde
  • Indonésie
  • Iraq
  • Irlande
  • Islande
  • Israël
  • Italie
  • Jamaïque
  • Japon
  • Jersey
  • Jordanie
  • Kazakstan
  • Kenya
  • Kirghizistan
  • Kiribati
  • Koweït
  • l'Union européenne
  • Lao, République Démocratique Populaire
  • le Taipei chinois
  • Lesotho
  • Lettonie
  • Liban
  • Libye
  • Libéria
  • Liechtenstein
  • Lituanie
  • Luxembourg
  • Macao
  • Madagascar
  • Malaisie
  • Malawi
  • Maldives
  • Mali
  • Malte
  • Maroc
  • Mauritanie
  • Mayotte
  • Mexique
  • Moldova
  • Monaco
  • Mongolie
  • Montserrat
  • Monténégro
  • Mozambique
  • Myanmar
  • Namibie
  • Nauru
  • Nicaragua
  • Niger
  • Nigéria
  • Nioué
  • Norvège
  • Nouvelle-Zélande
  • Népal
  • Oman
  • Ouganda
  • Ouzbékistan
  • Pakistan
  • Palaos
  • Panama
  • Papouasie-Nouvelle-Guinée
  • Paraguay
  • Pays-Bas
  • Philippines
  • Pologne
  • Porto Rico
  • Portugal
  • Pérou
  • Qatar
  • Roumanie
  • Royaume-Uni
  • Russie, Fédération de
  • Rwanda
  • République du Congo
  • République Islamique d' Iran
  • République Tchèque
  • Sahara Occidental
  • Saint-Kitts-et-Nevis
  • Saint-Marin
  • Saint-Vincent-et-les Grenadines
  • Sainte-Hélène
  • Sainte-Lucie
  • Salomon, Îles
  • Samoa
  • Sao Tomé-et-Principe
  • Serbie
  • Serbie et Monténégro (avant juin 2006)
  • Seychelles
  • Sierra Leone
  • Singapour
  • Slovaquie
  • Slovénie
  • Somalie
  • Soudan
  • Soudan du Sud
  • Sri Lanka
  • Suisse
  • Suriname
  • Suède
  • Swaziland
  • Syrienne, République Arabe
  • Sénégal
  • Tadjikistan
  • Tanzanie
  • Tchad
  • Thaïlande
  • Timor-Leste (Timor Oriental)
  • Togo
  • Tokelau
  • Tonga
  • Trinité-et-Tobago
  • Tunisie
  • Turkménistan
  • Turks et Caïques, Îles
  • Turquie
  • Tuvalu
  • Ukraine
  • Uruguay
  • Vanuatu
  • Venezuela
  • Viêt Nam
  • Wallis et Futuna
  • Yémen
  • Zambie
  • Zimbabwe
  • Topics list