Partager

Salle de presse

L'OCDE et les grands défis mondiaux

 

Par Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE
Institute for Global Economics,
Séoul, Corée
21 septembre 2006

Je suis très heureux d'être ici aujourd'hui, pour ma première visite en Corée en tant que Secrétaire général de l'OCDE, afin d'évoquer avec vous les grands défis mondiaux que nous allons devoir relever au cours des années à venir.

Des perspectives favorables, marquées par une croissance régulière et une inflation maîtrisée

La croissance de l'économie mondiale reste vigoureuse. Les économies des principaux pays de l'OCDE devraient toutes progresser régulièrement au cours des dix-huit prochains mois. Dans l'ensemble, les performances des économies émergentes demeurent excellentes, la Chine et l'Inde en particulier restant les principaux moteurs de l'expansion mondiale.

Malgré l'augmentation des prix de l'énergie et des matières premières, l'inflation tendancielle est maîtrisée, en grande partie parce que le resserrement monétaire opéré dans les grandes économies semble avoir empêché un relèvement marqué des anticipations d'inflation et des revendications salariales. De fait, en août, l'inflation tendancielle s'est établie à - 0.4 % aux États Unis.

Facteurs risquant d'assombrir ces perspectives

Si les perspectives mondiales à court terme semblent relativement favorables, les responsables de l'action publique doivent se garder de toute autosatisfaction et rester attentifs aux risques possibles, parmi lesquels je n'en citerai que quatre :

A. Prix du pétrole

Le premier risque tient aux cours du pétrole qui, bien qu'ayant reflué ces dernières semaines, restent à la fois élevés et instables. Il est probable que de nouvelles augmentations prononcées provoqueraient un durcissement monétaire.

La demande de pétrole est déjà en train de s'adapter à cette hausse des cours, puisqu'elle n'a augmenté qu'à un rythme inférieur de moitié environ à celui enregistré en 2004, alors que l'économie mondiale progressait sensiblement au même rythme. Les investissements dans les capacités de raffinage devraient s'accroître sous l'effet de l'élargissement des marges dans cette activité, ce qui devrait contribuer à desserrer l'un des principaux goulets d'étranglement du secteur. Toutefois, les prix du pétrole subissent le contrecoup de tensions géopolitiques et de mauvaises surprises sur le plan de l'offre qui sont difficiles à surmonter et qui vont sans doute persister.

L'OCDE et l'Agence internationale de l'énergie (AIE), organisation spécialisée qui lui est rattachée, travaillent de concert sur les questions énergétiques. Nous recherchons par exemple d'autres sources d'énergie possibles et nous étudions les mesures permettant de favoriser les économies d'énergie, ainsi que les moyens d'encourager les pays à lever les obstacles à l'investissement qui empêchent une augmentation plus rapide de l'offre. Nos travaux visent à aider les pays membres à faire face aux difficultés auxquelles ils vont se trouver confrontés à court et moyen termes du fait du niveau élevé des prix de l'énergie.

B. Déséquilibres externes

Le deuxième risque tient aux déséquilibres externes, avec les incertitudes qu'ils entraînent en termes de taux de change et de taux d'intérêt. Les déséquilibres de balances courantes atteignent aujourd'hui des niveaux sans précédent. Aux États-Unis, le déficit de la balance des opérations courantes est proche de 7 % du PIB, alors que la Chine, le Japon et d'autres pays d'Asie, ainsi que la plupart des pays exportateurs de pétrole, affichent des excédents courants très confortables.

Bien que ces déséquilibres n'aient pas encore entraîné de troubles majeurs, ils ne peuvent perdurer indéfiniment. Tout porte à croire qu'un renversement de tendance va se produire et il est de plus en plus à craindre que tout rééquilibrage n'entraîne une dépréciation du dollar, un relèvement des taux d'intérêt et un ralentissement de la demande intérieure américaine, ce qui aurait bien sûr de sérieuses répercussions sur d'autres économies.

Nous devons rester vigilants et promouvoir  la flexibilité des taux de change et la prudence budgétaire, dans tous les pays, mais en particulier dans les plus grands. L'un de nos objectifs consiste à aider nos pays membres à faire en sorte que lorsque les ajustements nécessaires se produiront, ceux ci s'opèrent en douceur et que leur coût en termes de croissance mondiale soit aussi réduit que possible.

C. Risque de protectionnisme

J'aimerais dire quelques mots du troisième risque, qui s'inscrit dans une perspective à plus long terme. Il s'agit du risque de protectionnisme, le risque de voir les négociations de Doha se solder par un échec.

Le volume des échanges mondiaux a augmenté cette année et croît à un rythme proche de 10 %. Une expansion rapide des échanges est essentielle pour alimenter à long terme une croissance économique durable dans le monde. De fait, les échanges ont été un moteur puissant de croissance au cours des cinquante dernières années, et ils ont aidé des millions de personnes à sortir de la pauvreté. La Corée est d'ailleurs l'un des exemples les plus remarquables à cet égard.

L'existence d'un système commercial multilatéral ouvert, obéissant à des règles, y a grandement contribué, en faisant des échanges internationaux l'un des leviers de la croissance et du développement, mais nous ne pouvons, et surtout nous ne devons pas, tenir cela pour acquis.

Nous devons tout faire pour trouver une issue favorable au cycle de Doha, parce que des obstacles considérables subsistent et que, comme le montrent les études de l'OCDE, la poursuite de la libéralisation peut encore porter beaucoup de fruits. Plus important encore, nous devons œuvrer en faveur d'un accord, faute de quoi les perspectives seront très sombres.

Si le processus enclenché à Doha est interrompu, on risque de voir se déchaîner une vague de protectionnisme que les hommes politiques les plus sensés auront du mal à endiguer, et sans la discipline instaurée par un système multilatéral fort, les échanges bilatéraux et régionaux risquent davantage d'être la source de multiples inefficiences. Les études menées par l'OCDE montrent que les entreprises ressentent déjà les contraintes et les coûts qu'entraîne la prolifération de règles d'origine et de normes de produits différentes.

Dans un monde où les difficultés sont légion, qu'il s'agisse des prix élevés de l'énergie ou des déséquilibres financiers massifs, le Programme de Doha pour le développement constitue un moyen de se prémunir à faible coût contre une recrudescence du protectionnisme et des guerres commerciales.

Les hommes politiques et les chefs d'entreprises responsables doivent s'unir pour garantir une issue favorable au cycle de négociations en cours. L'objectif d'une relance de l'économie mondiale et, partant, d'une plus juste répartition des richesses est à notre portée. Nous devons saisir cette chance.

D. Évolution du marché immobilier

Dans certains pays de l'OCDE, le marché de l'immobilier donne des signes de ralentissement très nets (  6 % en août aux États-Unis), à cause de la remontée des taux d'intérêt et d'une offre excédentaire. Les conséquences de cette situation en termes de consommation, de confiance et de prix des logements vont à n'en pas douter se répercuter sur les perspectives économiques globales.

Que faire dans ce contexte

Il faut s'attaquer aux problèmes économiques mondiaux, mais cette action doit être relayée au plan national par la poursuite de la réforme économique et des ajustements. L'intégration économique mondiale suppose la mise en œuvre de politiques nationales saines dans tous les domaines relevant de l'action publique. En plus de mesures macroéconomiques telles que le maintien de finances publiques saines ou la vigilance dans la conduite de la politique monétaire, il est nécessaire de continuer à opérer des réformes économiques dans d'autres branches.

Dans nombre de pays membres, ces réformes concernent des secteurs tels que la santé, l'éducation, les retraites ou encore les marchés du travail. Lorsque les économies nationales fonctionnent de manière satisfaisante, elles deviennent les principaux moteurs de l'expansion économique internationale.

Toutefois, procéder à une réforme économique n'est pas chose aisée. Les mesures qu'il faut quelquefois prendre sont douloureuses pour certains groupes qui risquent alors de s'organiser pour y faire barrage, alors que ceux à qui la réforme profitera sont plus difficiles à mobiliser. La logique de l'action collective entre ici en jeu, mis aussi la logique de l'économie politique de la réforme. Une réforme économique, aussi bien conçue soit-elle, sera sans effet si son adoption et son application rencontrent une opposition.

Nous devons opérer les ajustements nécessaires pour permettre à nos économies de se développer et de prospérer. Pour relever les défis qui se font jour, il nous faut concevoir des réponses adaptées en temps voulu. L'OCDE a développé de solides compétences analytiques dans ce domaine, et elle est prête à assister les pays dans leur quête de réforme, soit en formulant des recommandations fondées sur l'observation, soit en arrivant à convaincre le public des avantages de la réforme à la lumière des succès rencontrés par certains pays.

La Corée est l'exemple parfait d'une nation qui a su profiter d'une économie mondiale plus intégrée et qui a réussi à faire avancer les réformes au plan intérieur. Le développement de l'économie coréenne au cours des cinquante dernières années est véritablement l'un des miracles de l'histoire moderne. Ce pays s'est relevé des ruines de la guerre pour entrer dans une ère de développement économique rapide en s'appuyant sur une stratégie axée sur l'exportation.

Et lorsqu'elle a été frappée par une crise économique en 1997, la Corée n'a pas tourné le dos à l'économie mondiale. Elle s'est au contraire lancée dans un vaste programme de réformes et a accentué son ouverture à la concurrence internationale. Cette stratégie fait d'elle l'un des rares pays ayant su rattraper les pays les plus avancés du monde en une génération.

Pour affronter la mondialisation avec succès, les pays doivent être forts au plan intérieur et faire émerger un consensus national en faveur de leurs efforts de réforme. Sur ces deux fronts, l'OCDE est prête à leur apporter son concours.

 

 

Also AvailableEgalement disponible(s)