Salle de presse

Le défi de la crise financière et la foi dans le multilatéralisme

 

Remarques d’Angel Gurría, Secrétaire général  de l'OCDE, lors du séminaire organisé par le "Finnish Institute of International Affairs"


Helsinki - Finlande, 19 janvier 2009


Mesdames et Messieurs,

C’est un grand plaisir de me trouver au Finnish Institute of International Affairs afin de participer à ce séminaire sur Le Défi de la crise financière et la foi dans le multilatéralisme, deux préoccupations essentielles pour l’OCDE. Je tiens à vous remercier de cette invitation.


La seule façon de sortir de cette crise réside dans la coopération multilatérale. Cela étant, l’économie mondiale a tellement changé ces dernières années qu’il faut inventer un nouveau type de multilatéralisme, une gouvernance mondiale tenant compte des intérêts de tous. Nous devons retrouver la foi dans le multilatéralisme et un tel débat est très utile à cet égard.


1. La crise la plus grave que nous ayons vécue

Permettez-moi de commencer par confirmer la gravité de cette crise. Cela peut paraître un lieu commun, mais c’est effectivement la plus grave crise que nous ayons vécue. Jusqu’ici, elle a coûté des milliers de milliards de dollars à l’économie mondiale. Mais les dégâts en termes de confiance ─ épine dorsale de toute l’économie ─ sont peut-être porteurs de menaces plus grandes encore.


Ces derniers mois, nous avons assisté dans le monde entier à la réaction collective la plus impressionnante de la part des gouvernements et des banques centrales : injections massives de liquidités, plans de renflouement sans précédent, réductions historiques des taux d’intérêt, recapitalisation des établissements bancaires par des fonds publics et première réunion de gestion de crise rassemblant des pays développés et des économies émergentes. Néanmoins, le pessimisme qui règne sur les marchés de capitaux ne donne aucun signe de reflux. Les banques craignent encore de se prêter des fonds entre elles et les entreprises sont privées de ressources.


Le système financier est la courroie de transmission qui fait tourner l’économie. Si cette courroie se bloque, c’est toute l’activité économique qui se paralyse peu à peu. C’est ce qui se passe en ce moment. Selon le dernier numéro de notre publication Perspectives économiques de l’OCDE, le ralentissement de l’activité s’est transformé en récession. En 2009, le PIB de la zone de l’OCDE devrait reculer d’un tiers de point. Qui plus est, une incertitude considérable entoure le calendrier et l’ampleur d’une éventuelle reprise.
La contraction de l’économie mondiale commence à toucher les familles sous l’effet de la montée du chômage.


Après avoir baissé pendant plusieurs années, le taux de chômage moyen de la zone de l’OCDE devrait en effet passer de 5.6 % en 2007 à 7.2 % en 2010. Cela correspond à près de 10.2 millions de chômeurs de plus qu’en 2007 . D’après l’Organisation internationale du travail (OIT), le nombre total de chômeurs dans le monde risque d’atteindre 210 millions en 2009, contre 190 millions en 2007.


2. De nouvelles règles pour une meilleure économie mondiale

Nous parlons ici d’une défaillance systémique. Les experts ont de plus en plus conscience, même certains économistes orthodoxes (Alan Greenspan, par exemple), que le modèle économique et financier que nous avions bâti « reposait sur un postulat erroné » : l’idée que les marchés peuvent se gouverner eux-mêmes.


Contrairement aux précédentes, cette crise n’a pas été provoquée par un choc externe spécifique comme une décision de l’OPEP ou un attentat terroriste ; cette fois, la crise est née du système lui-même, d’incohérences, de carences de la réglementation, de défaillances des dispositifs de contrôle et de déséquilibres mondiaux insoutenables qui faisaient partie intégrante de ce système.


À l’OCDE, cela fait un certain temps que nous insistons sur les risques croissants qu’induisent ces défaillances et déséquilibres. Je me souviens qu’il y a trois ans, lors de mon discours d’entrée en fonction, j’avais souligné que les déséquilibres des paiements courants avaient atteint des niveaux sans précédent, préoccupants et insupportables à terme. En juillet 2006, nous avions prévenu qu’il était grand temps d’améliorer le gouvernement d’entreprise dans les pays de l’OCDE et mis en garde contre les risques considérables que présentaient des fonds de pension détenant près de 30-40 % de leurs actifs sous forme d’actions. Cette même année, je m’étais rendu à une réunion du Comité monétaire et financier international à Washington et j’y avais fait part de notre crainte que les ménages ne soient pas pleinement conscients des risques qu’ils prenaient sur les marchés hypothécaires.


Pendant de nombreuses années, l’OCDE a été, reconnaissons-le, l’un des promoteurs de la libéralisation et de la déréglementation des marchés de capitaux. Mais dans le même temps nous avons formulé nombre de recommandations pour que ces marchés fonctionnent correctement. En outre, nous avons travaillé intensément à la constitution d’un ensemble de normes et de lignes directrices internationales destinées à améliorer la transparence, à lutter contre la corruption et à favoriser la concurrence loyale.


Il nous faut maintenant assumer un rôle encore plus important.


Pourquoi ? D’abord, parce qu’il faut réécrire les règles du système financier international et de l’économie mondiale elle-même. Nous avons besoin d’une meilleure réglementation, d’une meilleure surveillance et d’une meilleure coordination.


Or, la seule façon pour nous de reconfigurer le système financier international et le « système d’exploitation » de l’économie mondiale, c’est la coopération multilatérale. Ensuite, parce que c’est une crise mondiale. De fait, c’est la crise la plus générale que l’on ait jamais connue. D’ailleurs, comme l’a indiqué Paul Krugman dans un récent article, « il y a déjà trop d’interdépendances pour qu’un pays quelconque suive une voie solitaire ».


3. L’avenir passe nécessairement par le multilatéralisme

Dans un monde aussi interdépendant, c’est par le multilatéralisme que l’humanité progresse. Si les marchés ont mis aussi longtemps à se stabiliser et à retrouver la confiance, c’est faute d’harmonisation et de coordination entre les pays dans la conception et la mise en œuvre de solutions.


Une économie mondiale très intégrée a besoin de mécanismes efficaces de régulation internationale. Dans un récent document, Henry Kissinger a mis en relief les risques d’une économie mondialisée dépourvue d’institutions internationales puissantes. Un fossé s’est creusé entre organisation économique et organisation politique du monde. Il nous appartient de le combler.


La seule façon de reconfigurer l’économie mondiale consiste à renforcer la coopération internationale. Pour ce faire, nous devons disposer d’organisations internationales plus fortes, plus intégratrices et plus réactives.


Le monde a changé et l’architecture de la gouvernance mondiale doit changer avec lui. En fait, elle change déjà.


Comme nous l’avons vu ces dernières années, à travers l’apparition de différents structures novatrices, comme le G8+, la Réunion des grandes économies (MEM), le Processus de Heiligendamm de l’OCDE ou le G20, nous sommes de plus en plus convaincus que nous ne pouvons bâtir une économie mondiale stable, sans associer les pays en développement au processus de décision.


Peu importe le nom du groupe, que ce soit le G8+, le G8+5, le G8+5+3, le G33, dès lors qu’il est assez représentatif pour s’attaquer efficacement aux problèmes du moment.


L’OCDE pense que le G20 est idéalement placé pour contribuer à bâtir une économie mondiale à la fois plus stable et mieux équilibrée. Il réunit les principaux acteurs économiques et financiers qui représentent 90 % du PIB mondial, 80 % des flux commerciaux mondiaux et les deux tiers de la population mondiale . Mais il faut aussi trouver des moyens d’associer aux discussions de ces groupes des pays comme la Finlande, qui ont des idées et des expériences précieuses à partager.


De fait, l’OCDE intensifie ses relations avec le G20. En septembre dernier, j’ai été invité par John Kirton, le Directeur du Groupe d’étude du G20, à rédiger une contribution sur l’importance de ce groupe dans l’architecture de la gouvernance mondiale qui se met en place. L’OCDE aide actuellement le Groupe de travail n°2 du G20 à la configuration de son Plan d’action pour le « Renforcement de la coopération internationale et la promotion de l’intégrité sur les marchés de capitaux ».


Mais surtout, nous avons récemment élaboré la Réponse stratégique de l’OCDE à la crise financière et économique, en vue d’aider les gouvernements à remettre à plat le système financier international et à revitaliser la croissance économique. À cet égard, nous avons des indications sérieuses montrant que nombre d’éléments de cette Réponse stratégique peuvent nourrir utilement le Plan d’action du G20.


Nous sommes impatients de travailler avec le G20 et d’autres organisations internationales tout au long de l’année 2009. Tous les grands problèmes mondiaux trouveront une solution rapide si nous travaillons ensemble.


4. Mais il ne faut pas négliger les problèmes structurels

Enfin, permettez-moi d’insister sur un point très important, que l’OCDE juge essentiel à toute réaction ou solution à la crise actuelle.


Pendant que nous répondons à l’urgence de la crise, il est fondamental de ne pas perdre de vue nos problèmes structurels de plus long terme. L’urgence ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt.


La crise exige d’énormes efforts des pouvoirs publics, de nouvelles politiques et des réformes supplémentaires. Toutes ces mesures nouvelles ne peuvent pas être déconnectées des principaux problèmes structurels mondiaux, comme la réduction de la pauvreté et des inégalités, la libéralisation du commerce, la réduction des déséquilibres budgétaires ou la lutte contre le changement climatique. Au contraire, cette crise est une excellente occasion de s’attaquer de front à ces problèmes.


Permettez-moi de donner un exemple. Dans les prochains mois, deux très grands pays s’apprêtent à prendre des initiatives majeures. La Chine et les États-Unis vont consacrer, chacun, près de 1 000 milliards de dollars à la relance de leur économie à travers des réductions d’impôt, des mesures consacrées aux infrastructures, aux systèmes publics de transport, et aux systèmes énergétiques, etc. Si ces trains de mesures privilégient des projets respectueux de l’environnement, les technologies des énergies renouvelables et les programmes d’éducation au recyclage, ce sera la chance de notre vie. Si nous nous en remettons aux combustibles fossiles actuels, nocifs pour l’environnement, c’est l’avenir de nos enfants qui sera compromis. Et cela vaut pour d’autres mesures de relance budgétaire dans d’autres pays.


N’oublions pas que la crise actuelle est, avant tout, une grande occasion de changement, une chance colossale de donner naissance à une croissance économique plus verte, à une mondialisation plus intégratrice et plus fiable.


Conclusion

La crise financière nous a mis en face du monde que nous avons créé. Comme un grand miroir, elle a révélé la fragilité du système financier mondial, les risques d’une déréglementation excessive couplée à une mauvaise surveillance, la vulnérabilité d’une économie mondiale fondée sur la conviction que la clé du succès réside dans une production et une consommation toujours croissantes.


Il est temps de changer. Il est temps de réécrire les règles pour parvenir à une mondialisation plus fiable et plus équilibrée. Mais cela ne passe pas uniquement par des organisations internationales et une gouvernance mondiale meilleures ; cela suppose aussi un changement de mentalité, un changement de culture. Comme l’a déclaré récemment Robert Skideslky, « les grands échecs sont là pour nous obliger à réviser notre façon de penser ». 


La grande leçon de la crise, c’est que nous ne faisons qu’un. Comme le dit la chanson de Billy Elliot, « we all go together when we go » (Quand nous y allons, c’est tous ensemble). En effet, la prise de conscience actuelle de cette interdépendance est l’occasion de revoir nos théories, nos concepts ou notre comportement de tous les jours et ses relations avec l’économie, la société, l’environnement. L’OCDE fait de gros efforts pour s’adapter aux nouvelles réalités économiques mondiales. Mais nous devons agir ensemble, car nous le savons désormais, ce n’est pas un défi à relever « en solo » et je suis convaincu que vous pouvez apporter une contribution importante à la solution des problèmes.


Je vous remercie.

 

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