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Salle de presse

Le Comité des marchés financiers de l’OCDE appelle à une réforme fondamentale des marchés de capitaux

 

15/04/2008 - Une réforme fondamentale du système financier et de sa réglementation s’impose pour remédier aux problèmes mis en évidence par la crise actuelle des marchés de capitaux, estime le Comité des marchés financiers de l’OCDE. La priorité doit être accordée aux initiatives du secteur financier visant à accélérer le redressement des marchés de capitaux, mais l’intervention des pouvoirs publics peut s’avérer nécessaire. 

(Déclaration du président du Comité, M. Thomas Wieser, Directeur général au ministère autrichien des Finances)

La crise des crédits hypothécaires aux emprunteurs à risque (subprime) a désormais des répercussions plus générales sur les marchés de capitaux et les institutions financières et elle continue de résister aux efforts des autorités pour mettre au point des contre-mesures efficaces. Les banques centrales ont pris diverses dispositions pour apaiser les marchés, mais la situation reste inquiétante et les problèmes ne sont pas totalement résolus. La probabilité d’un impact négatif sur l’économie en général a de toute évidence augmenté aux États-Unis et il est loin d’être certain que les autres économies vont pouvoir rester durablement à l’abri de cette crise.

Réuni les 14 et 15 avril, le Comité des marchés financiers de l’OCDE a repris à son compte les recommandations du Forum de stabilité financière et du G-7 en vue de traiter la crise. Mais l’OCDE se penche aussi sur les problèmes liés au cadre général de la réglementation financière et notamment l’élaboration d’une approche plus dynamique et moderne de la réglementation financière. L’OCDE estime en effet que la réforme de fond du système financier et de sa réglementation doit être au centre des débats dans les mois qui viennent. Comme l’a déclaré Adrian Blundell-Wignall, Directeur adjoint de la Direction des affaires financières et des entreprises de l’Organisation, « on ne peut plus prétendre disposer du meilleur des systèmes financiers que l’on puisse trouver ».

En marge de sa réunion plénière, le Comité a tenu une session avec des intervenants privés du marché consacrée à la tourmente financière actuelle. De façon générale, ces intervenants estiment qu’il faudra 12 à 18 mois aux marchés de capitaux pour se redresser. Cette estimation reflète le « facteur peur » qui se répand dans les milieux financiers ainsi que la probabilité que les investisseurs de long terme risquent de ne pas revenir sur les marchés dans l’immédiat. On observe actuellement des initiatives du secteur privé pour accélérer le processus en levant les incertitudes entourant les valorisations des actifs et de nombreux représentants du secteur privé ont admis la nécessité d’une action des autorités de réglementation tout en appelant à une intensification du dialogue de façon que les mesures prises soient efficaces et efficientes et ne musèlent pas l’innovation.

Le président du CMF, M. Thomas Wieser, Directeur général au ministère autrichien des Finances, considère que « la réglementation actuelle est l’expression du monde ‘encore simple’ qui existait avant la mondialisation ; or, la nouvelle division du travail a en partie provoqué des déséquilibres à l’échelle planétaire. Les marchés de capitaux ont donc besoin d’un cadre de coopération qui tienne compte des réalités nouvelles et qui renforce la stabilité tout en préservant l’efficience. L’OCDE est idéalement placée pour formuler des analyses approfondies et des recommandations sur les réformes nécessaires pour adapter la réglementation au nouveau paysage financier ».

(Lors de leur réunion, les participants ont aussi examiné un nouveau rapport de l’OCDE intitulé « The subprime crisis : size, deleveraging and some policy options » (La crise des ‘subprimes’ : son ampleur, le mouvement de désendettement et les premières solutions). La plupart des estimations des pertes liées à cette crise en confirment la gravité et la nécessité de prendre des mesures rapidement mais de façon réfléchie. En 2007, l’OCDE a estimé que les pertes liées à la crise s’élèveraient à quelque 300 milliards USD, soit l’estimation officielle la plus élevée, mais correcte, disponible à ce moment-là.  Depuis lors, les évaluations fondées sur les prix du marché ne sont plus fiables, de sorte que l’OCDE estime désormais, à l’aide d’une méthodologie différente, que la première vague de pertes (hors dépréciations d’actifs) pourrait atteindre quelque 422 milliards USD, dont 90 milliards USD seraient supportés par les banques américaines. Si les pertes atteignent ce niveau, il sera essentiel de procéder à une recapitalisation des banques pour éviter les répercussions économiques plus rudes du désendettement, notamment d’un repli sensible de la distribution de crédits. Les banques pourraient avoir besoin de 6 à 12 mois pour se remettre de pertes de cette ampleur, voire plus s’iI faut mobiliser des capitaux pour assurer la croissance effective de leurs bilans. Le volant limité de crédits disponibles dans une telle période devrait avoir de graves conséquences économiques. L’injection de capitaux privés est certes préférable, mais l’OCDE donne un exemple intéressant de ce que l’on pourrait faire en adoptant une démarche analogue au modèle de la Resolution Trust Corporation (Société pour le règlement des faillites des caisses d'épargne américaines), avec notamment l’émission d’obligations d’État sans coupon.

L’OCDE note par ailleurs que l’on s’oriente vers une situation mondiale dans laquelle les particuliers supportent de plus en plus de risques, sans nécessairement pouvoir y faire face. Cela ne concerne pas seulement le crédit, notamment les crédits hypothécaires aux emprunteurs à risque, mais aussi les assurances ou les pensions de retraite. Cette situation appelle l’instauration d’une nouvelle culture de la sensibilité au risque et la mise en place des mécanismes d’éducation financière que préconise l’OCDE.

Les participants ont souligné l’importance spécifique de la conception des dispositifs explicites d’assurance des dépôts. Par exemple, en ce qui concerne la couverture maximum accordée, les dispositifs présentant un faible niveau de couverture et/ou une assurance partielle ne sont peut-être pas efficaces pour prévenir les paniques bancaires. Mais plus la garantie est importante, plus grand peut être le problème de l’aléa moral que la coassurance et les primes calculées en fonction des risques contribuent à traiter. La sensibilisation des déposants à l’ampleur et aux limites des garanties et la rapidité des remboursements figurent dans les autres aspects examinés par le Comité dans ce contexte.

Le Comité a relevé l’existence d’un certain nombre de facteurs éventuels d’amplification des pressions à la baisse sur les marchés, notamment les rétrogradations des notations des grands organismes de garantie financière (ou établissements de cautionnement). Dans ce contexte, il apparaît que les notations des obligations assurées dépendent de la qualité de la caution apportée par l’établissement spécialisé, qualité qui est elle-même fonction de la propre notation de cet établissement. La rétrogradation de la note d’un « rehausseur de crédit » (monoline insurer) n’affecterait donc pas seulement ses perspectives d’activité, mais entraînerait aussi des rétrogradations de la notation d’une part considérable des obligations que ces établissements garantissent.

Le Comité des marchés financiers de l’OCDE, qui se compose de représentants des banques centrales, des ministères des finances et d’autres autorités financières des pays de l’OCDE, a tenu sa réunion semestrielle au siège de l’OCDE le lundi 14 avril 2008.

D'autres rapport de la réunion sont disponibles ici.

Pour plus de précisions, les journalistes sont invités à contacter Spencer Wilson auprès de la Division des relations avec les médias de l’OCDE (tél. + 33 1 45 24 81 18)

 

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