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Salle de presse

Le Japon doit réformer ses politiques de retraites pour faire face au vieillissement de sa population active

 

20/12/2018 - Un effort sur la qualité des emplois et un nouveau report de l’âge de départ à la retraite s’imposent au Japon en prévision des difficultés que ne manqueront pas de causer le vieillissement rapide et la contraction de sa population active, d’après un nouveau rapport de l’OCDE.

Working Better with Age: Japan révèle que le Japon est, de tous les pays de l’OCDE, celui où le taux de dépendance des personnes âgées est le plus élevé, puisque l’on y comptait pas moins d’un habitant âgé de 65 ans ou plus pour deux habitants âgés de 20 à 64 ans en 2017 ; un rapport que les projections annoncent voisin de 8 sur 10 en 2050. À supposer que son marché du travail conserve la même tournure, le pays perdra quelques 8 millions d’actifs d’ici 2030. Un recul plus contenu de la population active, de l’ordre de 2.4 millions de personnes, reste possible pour autant que soient réunies les conditions qui permettront aux travailleurs âgés de continuer à mettre leurs talents au service de l’économie et que l’on encourage davantage de femmes à rester dans la vie active.

« Le Japon arrive déjà parmi les premiers pays de l’OCDE pour le taux d’activité des seniors », a déclaré Gabriela Ramos, Directrice de Cabinet du Secrétaire général et Sherpa de l’OCDE au G20, lors de la présentation officielle du rapport, qui a eu lieu à Tokyo. « Mais il doit s’appliquer à mieux intégrer sur son marché du travail les femmes, les travailleurs non réguliers et tous ceux qui doivent changer d’emploi après 60 ans, l’âge de départ obligatoire à la retraite ».

Les nouveaux progrès accomplis pour honorer l’engagement pris par le G20 de réduire l’écart de taux d’activité entre hommes et femmes de 25 % d’ici 2025 permettront de compenser en partie la contraction de la population active en même temps qu’ils donneront un coup de pouce aux revenus, et, par la suite, aux pensions de retraites, et feront reculer les inégalités.

Le rapport souligne quelques modestes avancées en faveur du maintien des salariés dans l’emploi, après l’âge de départ obligatoire, jusqu’au moment de leurs 65 ans. Néanmoins, les pratiques d’emploi japonaises veulent que ces retraités soient souvent réembauchés dans le cadre d’un contrat atypique, avec de piètres conditions de travail, une situation précaire et une faible rémunération à la clé.

Inciter les Japonaises à entrer plus tôt et en plus grand nombre sur le marché du travail contribuera aussi dans une large mesure à soutenir la population active, relève-t-on dans le rapport. À peine en deçà de 78 % en 2017, le taux d’activité des femmes dans la force de l’âge (25-54 ans) place le Japon loin derrière bon nombre d’autres pays avancés de l’OCDE. Cela n’empêche pas que celles qui recommencent à travailler après avoir eu des enfants peinent à trouver une situation convenable : beaucoup d’entre elles en effet doivent au bout du compte se satisfaire d’un emploi non régulier, où elles exercent des fonctions subalternes, et à temps partiel. Il importe de multiplier les possibilités d’aménagement du temps de travail pour aider les femmes à concilier leurs responsabilités professionnelles avec celles qui leur incombent vis-à-vis de leurs enfants et de leurs parents âgés. Leur maintien dans la population active en sera facilité.

Une réforme de la réglementation de l’emploi et de la rémunération à l’ancienneté, qui pousse les employeurs à privilégier les contrats précaires, concourrait à corriger le dualisme du marché du travail. En parallèle, un effort sur la formation des travailleurs non réguliers ainsi que sur leurs conditions de travail, par exemple réglementer les heures supplémentaires de manière à éviter les abus, favoriserait l’employabilité de ces personnes et en augmenterait les chances de se maintenir plus longtemps en activité.

Certaines initiatives mises en œuvre de manière récente par les pouvoirs publics afin d’encourager l’adoption d’un système de rémunération en fonction de l’emploi et de la performance et de lutter contre le recours excessif aux heures supplémentaires promettent des effets bénéfiques sur la productivité et sur les conditions de travail des actifs âgés. Il est fondamental qu’un changement de mentalités s’opère pour rendre possible une conciliation plus harmonieuse de la vie professionnelle et de la vie privée, laquelle serait dans l’intérêt de tous, et au premier chef dans celui des personnes âgées, des femmes et des enfants.

« Au moment où ils touchent au terme de leur carrière, les travailleurs âgés méritent mieux que des contrats atypiques si leur souhait est de continuer à faire partie de la population active. Il nous faudrait par ailleurs veiller à ce que la société sache tirer pleinement parti de la sagesse, des compétences et de l’expérience des aînés, sur le marché du travail comme dans l’économie tout entière. Voilà pourquoi le Japon doit relever l’âge de départ obligatoire à la retraite et, à plus long terme, l’abolir purement et simplement, suivant en cela l’exemple de plusieurs autres pays de l’OCDE », a déclaré Mme Ramos. Il est d’autre part indispensable d’offrir aux travailleurs de réelles possibilités d’actualiser leurs compétences et d’en acquérir de nouvelles, qui seront propices à une longue vie active dans un emploi de qualité.

 

L’OCDE recommande au Japon de prendre de nouvelles mesures dans un certain nombre de domaines :

  • Engager une nouvelle réforme de l’âge de la retraite obligatoire et de la rémunération à l’ancienneté dans le but d’encourager les employeurs à embaucher et maintenir dans l’emploi les travailleurs âgés.

  • S’attaquer au dualisme du marché du travail, et pour cela rendre moins intéressante pour les entreprises l’embauche de travailleurs non réguliers en contrat précaire.

  • Consacrer des moyens à la formation tout au long de la vie pour favoriser l’acquisition d’un solide socle de compétences par les adultes, jeunes et moins jeunes, et réduire les inégalités constatées dans la participation aux activités de formation en fonction de l’âge, du niveau de maîtrise et du statut contractuel.

  • Améliorer la qualité des emplois afin que les travailleurs augmentent leurs chances de travailler jusqu’à un âge tardif, ce qui suppose de lutter contre les heures supplémentaires excessives, mener à bonne fin les différentes réformes du travail, et rendre obligatoire une évaluation plus systématique des risques psychosociaux associés aux pratiques professionnelles.

  • Accroître les possibilités de concilier une activité professionnelle avec la charge d’enfants ou de parents âgés de manière à aider les femmes à entrer (ou revenir) dans la population active et à y rester plus longtemps.

 

Le rapport Working Better with Age: Japan peut être consulté à l’adresse suivante : http://www.oecd.org/fr/emploi/working-better-with-age-japan-9789264201996-en.htm

Les journalistes peuvent se mettre en rapport avec Gabriela Ramos, avec Yusuke Inoue, de la Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE, ou avec Mark Keese ou Chika Watanabe du Centre OCDE de Tokyo.

 

Coopérant avec plus d'une centaine de pays, l’OCDE est un forum stratégique international qui s’emploie à promouvoir des politiques conçues pour améliorer le bien-être économique et social des populations dans le monde entier.

 

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