Salle de presse

Fondamentaux de la gouvernance mondiale : quels sont les défis à venir ?

 

Remarques de M. Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE – Réunion de suivi à l’invitation de la Chancelière Merkel


Berlin, Allemagne, 5 février 2009

Madame la Chancelière Merkel, chers amis, c’est un plaisir pour moi de vous retrouver à cette réunion.


Lorsque nous nous sommes rencontrés en décembre 2007, nous étions convenus que, pour répondre aux défis complexes de la mondialisation, il fallait adapter la structure de la gouvernance internationale, et notamment le rôle des organisations internationales. Nous avions mis l’accent sur les moyens qui nous permettraient de mieux coopérer. En 2008, cet objectif a été reconnu au sommet de Toyako, qui a invité « les organisations internationales, en particulier la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’Organisation mondiale du commerce, l’Organisation internationale du travail et l’Organisation de coopération et de développement économiques, à renforcer leur coopération et à améliorer la cohérence ».

Nombre d’événements se sont produits depuis cette rencontre, notamment une crise économique mondiale d’une ampleur jamais vue auparavant.


Même les gouvernements sont en train de transformer leur façon de travailler ensemble. Nous avons vu naître diverses « architectures » toutes très innovantes : le G8+, la Réunion des économies majeures, le Processus de Heiligendamm de l’OCDE ou maintenant, le G20 au niveau des chefs d’Etat et de gouvernements. Nous devons nous adapter à ces nouvelles structures de gouvernance mondiale. Il nous faut répondre de façon pertinente à leurs demandes de contributions et assurer un suivi approprié.

Toutes les grandes organisations internationales sont confrontées à cet important problème d’adaptation. Comment répondre le mieux possible aux appels de ces différents groupements ? Comment pouvons nous aider nos organisations internationales à devenir plus fortes, plus intégrées et plus flexibles ?


L’OCDE a engagé un processus global d’évaluation des caractéristiques de sa propre coopération avec d’autres organismes internationaux. Nos formes de coopération ont évolué de façon décentralisée et reposent de plus en plus sur un cadre formel léger. Nos pays membres apprécient cette combinaison d’approches ascendantes et descendantes car ils estiment que cela nous donne davantage de flexibilité.

Parmi tant d’autres domaines de coopération, pas plus tard qu’hier, au siège de l’OCDE à Paris, nous avons organisé un important atelier avec le FMI et la Banque mondiale pour échanger des vues sur la réponse à la crise et les stratégies de sortie de crise. Il y a quelque temps, un atelier similaire a eu pour thème les prix des produits alimentaires et des combustibles. En outre, nous travaillons intensément avec l’OIT sur les questions de main d’œuvre et d’emploi et avec l’OMC sur les questions liées aux échanges, notamment l’aide pour le commerce et le protectionnisme en matière de commerce et d’investissement. Toutefois, nous pouvons et devons faire davantage.


Il faut que nous restions pragmatiques et bien centrés sur nos missions. Nul besoin de poursuivre de grands desseins. Au contraire, nous devons définir des domaines concrets dans lesquels nous voyons des possibilités d’amélioration.


Laissez moi vous en donner deux exemples.


Les organisations internationales ont-elles tiré le signal d’alarme à l’arrivée de la crise ? À titre individuel, certains d’entre nous ont peut être lancé des alertes précoces. Mais faute de coordination, l’efficacité de nos messages a été limitée. C’est le cas en particulier avec les pays du G7, qui tendent à ne pas tenir compte de ces messages ou à éluder la surveillance qu’ils préconisent pour d’autres.


Des considérations similaires sont tout aussi importantes pour d’autres questions stratégiques sensibles – notamment la nécessité de diffuser une évaluation équilibrée de la mondialisation, les avantages de la libéralisation des échanges et de l’investissement, la lutte contre la pauvreté ou le programme sur le changement climatique.


Pour faire en sorte que nos messages partagés se renforcent mutuellement, une solution consiste à revigorer nos canaux de communication. Lors de notre première réunion, j’avais proposé la création d’un mécanisme informel de consultations régulières entre les dirigeants des organisations internationales présentes ici. Il serait bon de donner corps à cette idée, à condition qu’elle ajoute de la valeur et qu’elle augmente l’efficience de la gouvernance économique internationale.


En réfléchissant à une approche pragmatique, nous devons aussi instaurer une division du travail qui, tout en tenant compte de l’avantage comparatif de chaque organisation internationale, permette d’avoir différents éclairages sur les mêmes questions. Dans maints domaines importants, nos gouvernements membres peuvent tirer profit de la diversité des opinions et des expertises. Il ne s’agit pas de dupliquer les efforts, mais d’être complémentaires. Qu’arrive t-il lorsqu’une institution se voit confier des responsabilités exclusives et qu’elle échoue ? Faisons un parallèle avec l’infrastructure des TIC. Il y a toujours des équipements de secours en cas de panne. On ne saurait faire moins à l’échelle du monde.

Ces considérations sont particulièrement importantes dans la période de crise actuelle.


Propositions spécifiques :


Premièrement, prendre des mesures immédiates pour combattre la crise. Je propose que nos cinq organisations se concertent pour définir des idées et des lignes directrices sur la façon dont les banques peuvent commencer à prêter de nouveau. Pensez à la séparation entre actifs « sains » et actifs « toxiques ». La mise en place de cette séparation exigera une coordination très étroite entre les pays. Par ailleurs, nous pouvons produire un ensemble de lignes directrices pour aider les gouvernements à gérer leurs programmes de relance le plus efficacement possible.


En abordant les questions qui préoccupent aujourd’hui nos dirigeants politiques, nos devons rester focalisés sur les perspectives d’emploi actuellement très sombres et sur les conséquences des programmes budgétaires expansionnistes pour les dettes publiques et les engagements de retraite futurs. Il nous incombe de signaler dès maintenant les politiques qui peuvent engendrer des vulnérabilités futures.

À qui d’autre que nous incombe t-il d’avancer des propositions viables sur les moyens de s’attaquer à ces aspects urgents de la crise ? Les lignes directrices que nous produisons appuieraient les travaux du G20 et du G8+. Et elles démontreraient que nous appliquons  activement l’esprit de Toyako – autrement dit, que nous travaillons ensemble.


Deuxièmement, éviter que cette crise ne se reproduise. La Chancelière Merkel a mentionné le besoin d’une « Charte mondiale » pour une économie mondiale durable. Une action similaire est préconisée par la Présidence italienne du G8, à savoir l’établissement d’une « Norme légale » mondiale pour un comportement responsable des entreprises. Comment définir le champ d’application de ces nouveaux mécanismes ? Quelles seront la nature et l’étendue des engagements des entreprises et des gouvernements ? Devons nous rechercher des règles contraignantes ou des initiatives volontaires ? Ces deux concepts peuvent-ils être fusionnés ?


Que l’on parle de « Charte mondiale » ou de « Norme légale », voire de « Norme mondiale », l’objectif est d’adopter un ensemble d’instruments juridiques et de processus coopératifs pour une conduite transparente et convenable des entreprises internationales. Je vois déjà plusieurs instruments de l’OCDE qui pourraient y être utilement intégrés. Mais je vois aussi que d’autres institutions présentes à cette table peuvent apporter des contributions critiques à une telle charte.


Troisièmement, s’attaquer au changement climatique. Le défi consiste à élaborer les programmes d’action les plus efficaces par rapport à leur coût et à aider les décideurs à comprendre comment les différents choix affecteront le coût de l’action et ses conséquences économiques. Les stratégies d’atténuation comme les stratégies d’adaptation devraient être analysées et développées.


De nombreux problèmes d’application apparaîtront. Les propositions actuelles face à la crise nous donnent l’occasion de combiner les programmes de relance avec des mesures visant à créer une « économie sobre en carbone ». Quels pourraient être les mécanismes d’exécution et de suivi les plus efficaces ? Comment faire en sorte que les fonds générés par un régime de plafonnement et d’échange soient affectés aux utilisations les plus productives ? Comment le système de plafonnement et d’échange lui même peut-il fonctionner à l’échelle mondiale ? Quel est le meilleur moyen de faire participer les pays en développement et émergents ? De multiples questions se posent, et nous pourrions offrir conjointement des réponses convergentes en faisant jouer nos atouts respectifs et notre expression collective.


Quatrième et dernier impératif, éviter le protectionnisme. Outre les mesures protectionnistes caractérisées, il existe aussi un risque de protectionnisme indirect. C’est le cas par exemple des politiques nationales du marché du travail ou des obligations de contenu national, qui sont proposées dans le but de protéger l’emploi mais qui ont un impact négatif sur les marchés ouverts et/ou sur les flux d’investissement.


Comment pouvons nous réduire le risque protectionniste lié à la résurgence du nationalisme économique ?

Je voudrais faire une autre suggestion pratique : que d’ici au prochain Sommet du G20 nous mettions en place une équipe spécialisée comprenant nos Adjoints, qui sera chargée de déterminer les contributions de nos organisations dans ces domaines d’action. En d’autres termes, il s’agira de réfléchir à la façon d’élaborer une réponse « horizontale » et cohérente, et de rédiger un mandat du G20 et/ou du G8.


En raison de la crise, l’architecture de gouvernance mondiale évolue plus rapidement que nous ne l’avions anticipé lors de notre dernière réunion. Et la nécessité pour les organisations internationales de travailler collectivement s’est accentuée. Si nous voulons relever ce défi, il nous faut agir dès maintenant – dans les secteurs que j’ai déjà mentionnés ou dans tout domaine où les pressions et l’urgence de l’action vous apparaissent encore plus grandes.

 

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Communiqué de presse conjoint de la Chancelière Angela Merkel, du Secrétaire général de l’OCDE, du Directeur général de l’OMC, du Directeur général du BIT, du Directeur général du FMI et du Président de la Banque mondiale

 

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