Salle de presse

Des marchés ouverts en temps de crise

 

Allocution de M. Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE, à la Chambre de Commerce Internationale

Paris, 5 mars 2009


Madame le Ministre, Messieurs les Présidents, Mesdames et Messieurs,


C’est un honneur pour moi de me joindre à vous pour célébrer le 90ème  Anniversaire de la Chambre de Commerce Internationale. Depuis 1919, vous contribuez à la promotion des échanges commerciaux et des investissements internationaux. Vous avez fait face à plusieurs crises depuis 90 ans et connaissez les dangers du protectionnisme. J’aimerais vous livrer quelques réflexions sur ce sujet ce soir.

Face à l’ampleur de la crise, les gouvernements sont très fortement incités à réagir rapidement et massivement. La priorité est donnée aux remèdes à court terme susceptibles de faire rapidement l’objet d’un consensus au niveau politique. Dans le feu de l’action, les conséquences à long terme et internationales de ces mesures ont tendance à être oubliées. Si nous n’y prenons garde, la crise mondiale risque de devenir la crise de la mondialisation.

L’histoire nous rappelle qu’il ne faut pas céder à la facilité. La politique du chacun pour soi menée au début des années 30 n’a peut-être pas provoqué la Grande Dépression, mais elle a manifestement envenimé la situation, déjà sérieuse.

C’est la raison pour laquelle les dirigeants des pays du G20 se sont engagés, au Sommet qui a eu lieu à Washington l’année passée, à s’abstenir d’ériger de nouvelles barrières à l’investissement ou au commerce. Par ailleurs, des obligations légales plus contraignantes – à caractère multilatéral, régional ou bilatéral – limitent les actions que les Etats peuvent légalement mener, si bien qu’une reprise des guerres tarifaires du début des années 30 ne semble guère possible. La coordination internationale entre les Etats est aussi bien meilleure aujourd’hui qu’elle ne l’était dans les années 30.

S’agissant des échanges, bien que le nombre d’actions antidumping ait diminué depuis 2003, les nouveaux cas survenus pendant la première moitié de 2008 ont été plus nombreux qu’au cours de la même période de l’année précédente. Les actions antidumping ne visent en général que les exportateurs d’une branche et d’un pays donnés, mais leurs effets cumulés et les risques de représailles de la part des pays visés pourraient constituer une menace pour le commerce mondial en cette période critique.

Par ailleurs, de nombreux membres de l’OMC – notamment des pays en développement – appliquent dans la pratique des droits d’importation largement inférieurs aux engagements qu’ils ont pris dans le cadre de cette organisation. Si ces pays venaient à relever leurs droits de douane au niveau maximum autorisé, les exportateurs des autres pays pourraient être confrontés à des droits deux à trois fois plus élevés.

Les plans de relance actuellement mis sur pied dans chaque pays soulèvent d’autres problèmes de politique commerciale. Les mesures visant à encourager l’achat de biens et services « nationaux » ont pour objet de maximiser les effets de ces plans au niveau local, mais elles se sont souvent révélées décevantes en termes de créations d’emplois à l’échelle nationale. Elles ouvrent aussi la voie à des mesures de rétorsion dans les autres pays, rendant ainsi encore moins probable tout effet positif potentiel.

Il importe également de suivre de près les programmes de renflouement de grandes entreprises par les Etats afin de veiller à ce qu’ils n’aillent pas à l’encontre de restructurations nécessaires ou qu’ils ne dégénèrent pas en une surenchère de subventions.

Le risque de protectionnisme à l’égard de l’investissement étranger est certes plus diffus, mais il pourrait être plus sérieux encore que pour les échanges commerciaux. En venant au secours d’entreprises locales, les Etats ont implicitement ou expressément assumé un rôle dans la gestion de ces entreprises, y compris en ce qui concerne leurs futures décisions d’investissement. Nous devons veiller à ce que ces entreprises conservent suffisamment de souplesse pour structurer leurs activités sur une base mondiale ou régionale – ce qui est indispensable à leur survie à long terme. Nous devons aussi nous assurer que la plus grande implication de l’Etat dans les entreprises ne fasse pas obstacle à leur rachat par des investisseurs étrangers sérieux.

Il s’agit là de questions très importantes. Si les mesures d’urgence ne sont pas bien conçues, elles risquent d’accentuer et de prolonger la crise et d’avoir de graves conséquences à long terme. Dans beaucoup de pays, il a fallu attendre les années 70 pour que la part des échanges commerciaux dans le PIB retrouve son niveau de 1929.

Face à ces risques à court et long terme, comment pouvons-nous aider les Etats – et les responsables politiques – à prendre les bonnes décisions ? Nous savons que des considérations politiques influeront sur les solutions qui seront apportées à la crise économique. Comment pouvons-nous promouvoir aujourd’hui des solutions qui soient le fruit d’une mûre réflexion et préservent les intérêts à long terme, qui soient conçues et mises en œuvre comme des mesures temporaires et qui puissent faire l’objet de contrôles dans un souci de discipline ? L’ouverture des marchés est indispensable si nous voulons éviter des problèmes à long terme une fois que la situation économique se sera stabilisée.

L’OCDE a un rôle à jouer dans ce domaine. Dans le cadre de la Réponse stratégique de l’OCDE, nous élaborons de nouvelles analyses et de nouvelles orientations à l’intention des gouvernements dans le but de rétablir une croissance durable à long terme et de définir des stratégies efficaces de sortie. En novembre dernier, le CESS – l’un des comités les plus importants de l’OCDE – a adopté une Déclaration commerciale, en s’associant aux mises en garde contre le danger de céder aux pressions protectionnistes dans le contexte actuel et en soulignant l’importance que représente l’achèvement des négociations concernant le Programme de Doha pour le développement.

Dans le domaine de l’investissement, l’OCDE est depuis sa création le principal forum de coopération pour les politiques d’investissement. Elle a mis au point des lignes directrices à l’intention des pays d’accueil des investissements des fonds souverains. Grâce à ces lignes directrices, les fonds souverains pourront investir librement en cette période critique où le monde a plus que jamais besoin de plus de capitaux internationaux. L’OCDE est également chargée du programme intitulé « Liberté de l’investissement », qui vise à aider les pays à concilier la nécessité de préserver et renforcer un environnement ouvert pour l’investissement et leur devoir de protéger leurs intérêts essentiels de sécurité et de remédier à la crise actuelle.

Les entreprises et la CCI sont des acteurs essentiels à cet égard. L’OCDE, les autres organisations internationales, les experts et même une partie des médias mettent en garde contre les dangers des mesures d’urgence qui restreignent les échanges ou l’investissement. Votre voix est très importante et doit être entendue à un moment où mettre en avant le rôle de l’ouverture économique n’est pas le message qui a le plus de chances d’être bien accueilli.

Merci beaucoup.

 

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La crise économique et la réponse des politiques commerciales

 

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