Maroc

Compétences, compétitivité et cohérence des politiques publiques : trois leviers pour accélérer le développement du Maroc

 

Rabat, le 11 juillet 2017 - Depuis les années 90, le Maroc est engagé sur une trajectoire de développement stable avec pour ambition de devenir une économie émergente. L'Examen multidimensionnel du Maroc mené par le Centre de développement de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), en étroite collaboration avec le Gouvernement marocain, soutient le processus de réformes dans lequel le pays est actuellement engagé pour appuyer l’indentification d’actions clés au service du développement.

Saad Eddine El Othmani, Chef du Gouvernement marocain, a présidé le lancement du premier volume de l’Examen, présenté aujourd’hui à Rabat par Mario Pezzini, Directeur du Centre de Développement de l’OCDE et Conseiller spécial auprès du Secrétaire général de l’OCDE chargé du développement. Ce premier volume s’appuie sur les analyses existantes, une série d’ateliers participatifs et techniques, ainsi qu’un diagnostic de la dynamique de développement du Maroc, établi à l’aide des outils de l’OCDE pour identifier les principales contraintes.

D’après le rapport, le modèle de développement du Maroc se caractérise par un rôle affirmé de l’État dans l’économie -notamment en termes d’investissement- ; la stabilité politique, économique et sociale ; le choix de l’ouverture économique ; et une articulation des politiques sociales en faveur des plus vulnérables. Ce modèle est appelé à évoluer pour répondre à ses propres limites ainsi qu’aux transformations de l’économie mondiale : les grands chantiers de réforme comme la mise en place de l’Initiative nationale pour le développement humain, ou plus récemment la réforme du système de subventions des hydrocarbures, témoignent de cette évolution.

Le premier volume de l’Examen Multidimensionnel identifie trois leviers pour accélérer le développement du Maroc : combler les failles du système de formation des compétences, lever les blocages à l’émergence de secteurs compétitifs capables de tirer l’économie du pays à long terme, et répondre au besoin de mise en cohérence des politiques publiques.

Le Maroc souffre d’un retard important en termes d’accumulation de capital humain, qui pénalise la productivité du travail : celle-ci reste peu élevée, inférieure par exemple à celle de la Tunisie ou de la Turquie. À l’exception du cycle primaire, l’accès à l’éducation peine à se généraliser et est marqué par de profondes inégalités territoriales, socio-économiques et de genre. Seuls 58% des marocains sont scolarisés au niveau du collège contre 90% au Viet Nam ou en Turquie.  En zone rurale, moins d’une fille sur quatre est inscrite au collège. Les taux d’achèvement sont faibles et les déperditions importantes : moins de cinq élèves sur cent obtiennent leur baccalauréat sans aucun redoublement. La qualité de l’éducation constitue une préoccupation majeure pour l’acquisition des compétences de base et la lutte contre l’analphabétisme qui touche 32% des marocains. Au-delà du système éducatif, le manque d’adéquation entre la formation de compétences et les besoins du marché du travail constitue un handicap majeur pour la croissance et la création d’emplois de qualité. En 2015, moins de la moitié de la population en âge de travailler était en emploi, et seulement 22% des femmes.

Par ailleurs, le Maroc pourrait capitaliser davantage sur ses atouts de compétitivité. Malgré une croissance soutenue –près de 5% par an- et des succès notables dans certaines filières comme l’aéronautique et l’automobile, l’économie marocaine peine à faire émerger le développement de secteurs capables de jouer un rôle moteur pour la croissance économique et de générer de l’emploi. À la différence d’autres pays comme la Turquie, la Tunisie ou le Viet Nam, le nombre de produits marocains bénéficiant d’un avantage comparatif stagne depuis près de 20 ans et la demande mondiale ralentit pour la plupart des produits concernés, comme le textile. Le climat des affaires s’est amélioré mais de nombreux freins entravent encore la compétitivité du secteur privé, tels que la corruption, les difficultés d’obtention des financements ou la concurrence du secteur informel. Ces obstacles empêchent le pays de saisir toutes les opportunités pour entreprendre une transformation structurelle profonde et menacent, à terme, le bon positionnement du Maroc à l’international.

Enfin, l’action publique gagnerait en efficacité si les différentes politiques publiques sectorielles étaient plus cohérentes entre elles, dans leurs objectifs et dans leur mise en œuvre. En l’absence de document de politique générale du développement, la plupart des politiques sectorielles sont élaborées en silos avec des mécanismes de coordination parfois défaillants.

S’attaquer à ces contraintes pourrait constituer la première étape d’une refonte partielle du modèle de développement auquel le Centre de développement de l’OCDE pourrait s’associer. La deuxième phase de l’Examen multidimensionnel du Maroc fournira des recommandations d’orientation des politiques publiques pour chacune des trois contraintes identifiées.

Cet Examen multidimensionnel du Maroc est le troisième réalisé en Afrique, après ceux de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Il s’inscrit en parallèle du Programme-Pays Maroc de l’OCDE.

Pour en savoir davantage sur les Examens multidimensionnels par pays de l’OCDE, voir :http://www.oecd.org/development/mdcr/.

Pour toute information ou pour obtenir un exemplaire électronique de l’étude, les journalistes sont invités à prendre contact avec Bochra.Kriout@oecd.org (tel: +33 1 45 24 82 96) au bureau de presse du Centre de développement de l’OCDE.

 

 

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