Le commerce international - Avant-propos

 

La récession mondiale apparue dans le sillage de la crise financière de 2008 a profondément affecté les échanges, comme tous les autres aspects de l’économie. Alors que ce livre est mis sous presse, nous prévoyons un recul des échanges mondiaux pour la première fois depuis 1982.

Les échanges ne sont pas à l’origine de la crise, mais ils lient étroitement les économies entre elles et facilitent la propagation des évolutions d’un pays à l’autre, que ces évolutions soient négatives ou positives. L’affaiblissement de la consommation et de l’investissement entraîne ainsi une réduction des exportations, ce qui est d’une importance décisive pour la plupart des pays, en particulier ceux dont les stratégies de développement économique reposent sur une croissance tirée par les exportations.

Devant la nécessité et l’urgence de s’attaquer à la hausse du chômage au cours de cette phase de récession, certains décideurs publics et une partie des médias sont tentés de donner la priorité à la protection de l’économie nationale en réduisant les importations, en réservant les contrats publics aux entreprises nationales, en refusant d’aider les entreprises qui investissent à l’étranger, et ainsi de suite.

Une telle approche repose sur la prémisse gravement erronée selon laquelle chaque pays peut produire tout ce dont il a besoin, à un prix abordable pour sa population, en comptant uniquement sur ses propres ressources naturelles, économiques et humaines. En réalité, les économies nationales dépendent des marchés
internationaux pour fabriquer des produits et les vendre. Les biens que nous achetons dans les magasins ne représentent qu’une petite partie des échanges internationaux : ces derniers portent pour l’essentiel sur tout ce qui est nécessaire pour produire ces biens, ce qui va des microprocesseurs et des logiciels entrant dans les matériels électroniques jusqu’aux céréales des produits alimentaires. En renchérissant ces facteurs, le protectionnisme aboutit à une hausse des prix pour tout le monde. La réduction de la taille des marchés et le renchérissement des biens nuisent à la croissance économique dont dépendent à la fois les emplois et les niveaux de vie.

Les faits attestent que les échanges internationaux peuvent considérablement contribuer à améliorer les niveaux de vie à travers le monde. Comme le souligne ce livre, une augmentation d’un point de pourcentage de la part des échanges dans le PIB entraîne une augmentation du niveau de revenu comprise entre 0.9 et 3 %.

Par conséquent, même s’il est séduisant à court terme de suivre une approche individualiste et de repli sur soi, un engagement à ne pas adopter de mesures protectionnistes coordonné à l’échelle internationale offrirait un moyen bien plus effi cace et durable de réduire les dommages causés par la crise actuelle. Une plus grande libéralisation des échanges constituerait même une meilleure option dans le cadre d’une réponse plus large à la crise.

Il va de soi qu’accroître la libéralisation, et même assurer l’ouverture des marchés qui ont déjà été libéralisés, exigera une coordination internationale portant sur un vaste ensemble de questions allant des plans de relance à la réforme du secteur financier, en passant par la protection sociale.

La politique commerciale libérale n’en a pas moins un rôle important à jouer, que ce soit pour renforcer les solutions axées sur le marché ou instaurer les conditions d’une reprise économique plus solide qu’elle ne le serait en son absence. Cela étant, tout progrès implique de faire des compromis et des arbitrages entre divers intérêts, ce qui tend à être ardu.

C’est dans le cadre d’un système multilatéral que chaque pays peut le mieux faire valoir sa position sur la façon dont sont menés les échanges. Il existe toutefois une grande latitude pour débattre des modalités précises d’une telle mise en oeuvre. Concrètement, qu’est-ce qui peut être fait ? Au premier semestre 2008, dans une conjoncture économique pourtant relativement plus sereine qu’aujourd’hui, aucun accord n’a pu être conclu sur le Programme de Doha pour le développement de l’Organisation mondiale du commerce, et ce, malgré une implication importante des principales parties prenantes. La conclusion du Cycle de Doha constituerait pourtant une étape importante pour instaurer la confi ance indispensable à une saine relance de l’économie mondiale.

Avec une volonté politique forte, un accord est possible dans des domaines où des progrès notables ont déjà été réalisés, notamment l’accès des biens et services aux marchés, les initiatives de facilitation des échanges et les mesures permettant aux pays les moins développés de tirer pleinement bénéfi ce de la mondialisation. Toutefois, la libéralisation n’est pas une fin en soi. Elle fait partie d’une stratégie visant à promouvoir le développement économique et l’amélioration du bien-être social en rendant les ressources de la planète plus facilement accessibles à tous. Faire progresser la libéralisation des échanges enverrait un signal fort : en réponse à la crise, les gouvernements peuvent collaborer de façon positive avec succès.

Ce nouvel ouvrage de la série Les essentiels de l’OCDE s’efforce de présenter les enjeux avec objectivité, en montrant les avantage de l’ouverture des marchés, mais aussi les limites de ce que les échanges et la politique commerciale permettent d’atteindre. Tout en constituant une introduction à l’histoire des échanges internationaux et aux mécanismes et institutions qui façonnent aujourd’hui les échanges, ce livre aborde les liens entre les échanges et de nombreuses questions clés telles que l’emploi, l’environnement et le développement.

Mon souhait est que les informations présentées ici vous soient utiles et que les arguments avancés stimulent votre réflexion.


Angel Gurría
Secrétaire général de l’OCDE

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