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L’élaboration d’une stratégie pour l’innovation au XXIe siècle

 

Allocution d’ouverture de M. Angel Gurría, Secrétaire Général de l’OCDE, prononcée au Forum économique international des Amériques


Montréal, Canada, 8 juin 2009


Mesdames, Messieurs,
Ces derniers temps, on a accusé l’innovation et la mondialisation d’être à l’origine de la grave crise financière et économique que nous traversons. C’est se tromper de cible. L’innovation et la mondialisation ont généré une richesse et un progrès social immenses et, si elles sont bien gérées, elles nous aideront à surmonter la crise actuelle et à bâtir une économie mondiale plus forte, plus propre et plus juste.


L’OCDE s’emploie à élaborer une Stratégie pour l’innovation au XXIe siècle, afin de stimuler la croissance économique et de relever les grands défis mondiaux et sociaux de notre temps : la pauvreté persistante, le chômage, le changement climatique, la gestion de l’eau et les soins de santé, en particulier à l’heure du vieillissement de nos populations.


Je souhaite vous livrer quelques réflexions sur le rôle essentiel de l’innovation, ses dernières tendances et l’énorme potentiel qu’elle présente, en m’appuyant sur le rapport d’étape à paraître prochainement consacré à la Stratégie de l’OCDE pour l’innovation.

 

1. L’innovation, moteur essentiel de la croissance

L’innovation est un moteur essentiel de la croissance économique. Au cours des dernières décennies, de nouvelles technologies, de nouvelles industries et de nouveaux modèles économiques ont été à l’origine d’une croissance remarquable de la productivité et du PIB. De nombreuses études ont pu constater que la recherche-développement – concept rendant compte de l’innovation au sens le plus strict – a produit un effet sensible sur la croissance du PIB réel par habitant. D’autres études ont démontré l’impact considérable des technologies de l’information et des communications sur la productivité. Même après l’éclatement de la bulle technologique de 2000, les TIC ont continué de contribuer à hauteur de 2½ points à la croissance de la production du Royaume-Uni, de la Finlande, de la Suède et des États-Unis de 2001 à 2006 – ce qui représente un tiers, voire la moitié de la progression enregistrée. Pour autant, il ne s’agit pas seulement d’investir dans des nouvelles technologies comme le Blackberry – malgré tout le bien que je peux penser de la tyrannie du mien. Il s’agit aussi :

  • de mettre au point les innovations complémentaires permettant d’adopter ces technologies,
  • de modifier la façon dont nous organisons nos méthodes de travail et les structures des entreprises et
  • d’améliorer nos compétences pour tirer pleinement parti des avantages de la technologie.

Ces actifs « immatériels » revêtent une énorme valeur stratégique pour les entreprises et les pays. D’ailleurs, il devient tout aussi important d’investir dans ces « actifs immatériels » que dans les usines et les équipements traditionnels, puisque cela représente 5 à 12 % du PIB dans nombre de pays de l’OCDE.


2. Changer le changement : l’innovation est en pleine mutation

L’innovation est essentielle à la compétitivité des entreprises. Nous pouvons constater que les dépenses de R-D des entreprises progressent régulièrement au fil du temps et que des pays comme Israël, le Japon, la Corée ou la Finlande avancent à grands pas dans ce domaine, puisque la R-D des entreprises y dépasse 2.5 % de leur PIB respectif.


L’innovation devenant une pièce maîtresse pour l’entreprise moderne, on assiste à une intensification des pressions en vue de réduire son coût et ses risques, par la collaboration avec d’autres entreprises et la mobilisation des compétences existant déjà dans le monde entier.


L’interaction entre les acteurs qui innovent aujourd’hui ressemble un peu au réseau mondial d’une compagnie aérienne.

  • Plus d’un quart des brevets canadiens ont bénéficié de l’apport de co-inventeurs étrangers,
  • Les dépenses de R-D des filiales étrangères de multinationales représentent plus de la moitié des dépenses totales de R-D en Irlande, en Belgique et en République tchèque,
  • Plus de la moitié des nouvelles entreprises créées dans la Silicon Valley de 1995 et 2005 comptaient au moins un immigré parmi leurs principaux fondateurs.


Des innovateurs séparés par des milliers de kilomètres « se connectent » via des chaînes mondiales de valeurs, via des réseaux, pour participer à un brassage d’idées en temps réel, grâce à l’ubiquité croissante que permet l’Internet. Les réseaux sont la forme ultime de la nouvelle gouvernance. Plus de frontières, plus de limites, peu ou pas de coûts, une itération et une interaction constantes.


La connaissance est un actif essentiel de ces réseaux mondiaux et nous assistons à la formation d’un nouveau type de marché, les « marchés du savoir ». En s’appuyant sur un certain nombre de mécanismes et de plateformes, acheteurs et vendeurs peuvent mettre en commun ou échanger données, informations, contacts et savoir-faire. Ces 25 dernières années, les recettes générées par les licences internationales d’utilisation de technologies ont été multipliées par 10.


L’innovation s’est élargie sur bien des plans :

  • Par delà les frontières, l’apparition de nouveaux intervenants comme la Chine et l’Inde a ayant déplacé la topographie mondiale des réseaux d’innovation. Depuis 2005, la Chine a accru ses dépenses de R-D au rythme annuel étonnant de 19 %.
  • Entre les secteurs, ce qui montre bien que l’innovation compte non seulement pour les entreprises de haute technologie, mais aussi pour les services qui représentent l’essentiel de nos économies, y compris les services publics.
  • Entre les institutions, puisqu’elle concerne un large éventail d’intervenants. De nos jours, le champ de l’innovation s’étend bien au-delà des labos de recherche pour toucher les usagers, les fournisseurs et les consommateurs où qu’ils se trouvent – dans les administrations, les entreprises et les organismes sans but lucratif.

Les pouvoirs publics qui comprennent ces nouvelles tendances, tireront le meilleur parti de la politique de l’innovation et ils pourront s’appuyer sur cette force pour aider leurs pays à sortir de la crise et instaurer une forme de croissance plus verte et plus viable. Dans sa version finale qui doit être rendue publique l’an prochain, la Stratégie pour l’innovation de l’OCDE aidera les gouvernements à définir des politiques en phase avec ces mutations et qui favorisent la productivité, la compétitivité et la croissance.

 

3. La politique de l’innovation ou comment inventer un monde meilleur

Il faut mettre à profit l’innovation pour régler de façon efficace et efficiente les problèmes mondiaux. L’innovation dans les technologies vertes, par exemple, peut nous aider à lutter contre le changement climatique sans sacrifier la croissance. Mais pour que les solutions trouvent leurs débouchés marchands, il faut prévoir les incitations qui stimuleront l’innovation et le développement. Heureusement, il y a des raisons de croire que l’innovation axée sur les technologies climatiques prend de l’ampleur.


L’innovation peut aussi nous aider à accélérer le progrès social dans les pays en développement. C’est un puissant outil dans la lutte contre les maladies infectieuses et la production d’eau potable, par exemple. La capacité de maîtriser ces enjeux de plus en plus urgents passe par un renforcement de l’innovation et de nouvelles formes de collaboration internationale.


Bien évidemment, ces différents défis planétaires appellent des approches différentes ; néanmoins, on voit se dessiner certaines stratégies communes pour accélérer le progrès scientifique et assurer une diffusion aussi large que possible de l’innovation :

  • nous avons besoin d’une plus grande participation du secteur privé, ainsi que des organisations non gouvernementales et philanthropiques ;
  • nous avons besoin de renforcer la capacité d’innovation des pays en développement, y compris par des transferts de technologies ; et,
  • pour ce faire, nous avons besoin de mettre au point de nouveaux mécanismes de financement.


Dans un monde de l’innovation qui ne cesse d’évoluer, comment l’action des pouvoirs publics peut-elle s’adapter ? À cet égard, j’ai déjà évoqué quelques pistes qui seront approfondies dans notre Stratégie pour l’innovation au cours des prochains mois.


Une chose est sûre : l’élaboration d’une stratégie de gouvernance cohérente suppose une coordination aux niveaux local, régional, national et international, mobilisant des intervenants privés et publics des plus divers. C’est un défi de taille.


Permettez-moi de mentionner une chose que les pouvoirs publics ne doivent pas faire dans ce monde où l’innovation revêt une dimension de plus en plus planétaire – ne pas se livrer à des manœuvres protectionnistes – même en se cachant derrière la feuille de vigne de « l’écologie » ou de la « stratégie ». Dans ce nouveau monde collaboratif, ouvert et innovant, les avantages tirés de l’application intelligente de la technologie d’autrui peuvent être aussi importants que le fait de mettre soi-même au point cette technologie.


L’innovation est la « poudre magique » qui peut transformer nos pays, nos villes et nos campagnes en des lieux attrayants, dynamiques et valorisants où il fait bon vivre et investir. Dans cette période très difficile, il est essentiel que nos politiques soient réglées et orientées par le souci de créer l’environnement le plus propice à l’épanouissement et la diffusion de l’innovation. Une économie est un système vivant. C’est la raison pour laquelle les décideurs doivent plus penser comme des jardiniers que comme des mécaniques.


Même si les mesures de relance destinées à combattre la crise économique annuelle ont déjà été décidées, la rude tâche qui consiste à les appliquer, à reconstruire nos économies meurtries et de les restructurer pour qu’elles retrouvent la voie d’une croissance durable commence à peine. Notre capacité à innover sera à cet égard déterminante. Permettez-moi de le répéter, la clé de la réussite résidera dans notre capacité à innover. Ce n’est pas une simple option stratégique, c’est un impératif ! 


C’est pourquoi je tiens à féliciter les organisateurs de la Conférence de Montréal pour avoir mis l’innovation en exergue et au centre de notre réflexion et je compte bien avoir avec vous dès aujourd’hui des échanges sur les résultats provisoires actuels et, l’an prochain, sur la version complète et finale de la Stratégie de l’OCDE pour l’innovation au XXIe siècle qui nous conduira à une économie mondiale plus forte, plus propre et plus juste.


Merci beaucoup.

 

 

 

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