Partager

Innovation

Une innovation meilleure pour une vie meilleure

 

L’innovation a toujours été une pierre angulaire de nos économies. De l’invention de la roue à la révolution industrielle, du transport aérien à l’internet en passant par la médecine, elle apporte changement, progrès, espoir. Encore sous le coup de la crise et à la recherche de voies nouvelles pour une croissance plus solide, inclusive et durable, notre monde a plus que jamais besoin de politiques en faveur de l’innovation.

Innover, c’est bien plus que développer de nouveaux produits ; c’est aussi concevoir et diffuser des procédés et méthodes inédits. L’innovation peut amener des créations d’entreprises, des emplois et servir la cause de l’environnement.

L’innovation entre à différents titres dans les statistiques de croissance nationales. Il y a d’abord le progrès technologique qui se manifeste au niveau du capital tangible (machines plus performantes, équipements plus « intelligents », bâtiments plus propres, etc.). Puis le capital immatériel, intellectuel, qui a trait aux logiciels, aux données, à la recherche-développement, au design, à la propriété intellectuelle et aux savoir-faire des entreprises.

Viennent en troisième lieu l’utilisation plus efficace et rationnelle du travail et du capital, appelée croissance de la productivité multifactorielle (ou productivité globale des facteurs), et en quatrième la contribution de l’innovation au renforcement des dynamiques de l’économie : les nouvelles entreprises innovantes supplantent celles qui le sont moins, c’est la destruction créatrice. Sous ces quatre aspects, l’innovation ne représente pas moins de la moitié de la croissance du PIB.

L’innovation n’est pas réductible à la croissance ; impossible sans elle de relever certains défis sociaux et mondiaux tels le vieillissement, la raréfaction des ressources et le changement climatique. Elle favorise en outre l’apprentissage, le développement des compétences et le bien-être à tous les âges de la vie. Elle peut cependant accentuer les inégalités et appelle donc des politiques sociales et du travail adaptées.
 

Plus qu’une simple panoplie de mesures

On ne stimule pas l’innovation d’un coup de baguette magique ; il s’agit notamment, pour les pouvoirs publics, de savoir quand laisser le champ libre et quand (et où) intervenir. Des politiques nationales sont de rigueur, par exemple pour créer un environnement éducatif et entrepreneurial dynamique et ouvert, inscrites dans une perspective globale pour mettre à profit les connaissances et idées du monde entier. Les pays doivent voir sur le long terme car il faut parfois des décennies pour recueillir les fruits d’activités de recherche-développement fondamentale. Or sans investissements dans ce domaine, pas de ruptures. L’innovation n’est pas non plus l’apanage d’un pays, d’une entreprise, d’un institut de recherche ou d’un organisme scientifique car les cartes sont sans cesse rebattues : ainsi la Chine a pris dernièrement la deuxième place mondiale pour les investissements de R-D, devant l’Union européenne et derrière les États-Unis.

La montée en puissance de l’économie numérique façonne notre monde. Des milliards de personnes utilisant l’internet et les communications mobiles, la diffusion de la connaissance s’accélère. Là où l’illettrisme demeure un problème, c’est l’image et la parole qui permettent de se connecter aux réseaux mondiaux. La multiplication des grands ensembles de données n’est qu’un aperçu de ce que permettront la production de données et l’informatique ubiquitaires, que l’on nomme « internet des objets », lorsqu’elles auront pris leur essor. Adapter nos politiques à cette nouvelle réalité est une priorité, non seulement dans le domaine de l’infocommunication, mais dans tous les autres également : consommation, échanges, fiscalité, éducation, transport, etc.

Si les entreprises sont les premiers vecteurs d’innovation dans les économies avancées, l’action publique reste essentielle pour préparer le terrain et concevoir des politiques décisives. Cinq priorités importantes se dégagent de la panoplie de mesures qui s’offre aux gouvernements.

 

1. Renforcer l’investissement dans l’innovation et stimuler le dynamisme des entreprises

Dans de nombreux pays de l’OCDE, les entreprises investissent aujourd’hui autant dans les actifs intellectuels que dans les actifs matériels, et ces investissement ont plutôt bien résisté à la dernière crise (notre graphique). Toutefois, pour des retombées maximales, ils doivent être envisagés dans une perspective d’ensemble, et non de manière séparée. Les pays doivent par ailleurs introduire des réformes afin que capital et travail affluent vers les métiers et entreprises productifs et à forte intensité de savoir.

Les jeunes entreprises – âgées de cinq ans ou moins – jouent un rôle particulièrement important et représentent plus de 45 % des créations d’emplois dans les pays de l’OCDE sur les dernières décennies. Ce sont elles qui déterminent le renouvellement de l’économie et les destructions créatrices.

Le problème est que les politiques favorisent trop souvent les entreprises en place : elles maintiennent le statu quo, inhibent l’expérimentation d’idées, de technologies et de modèles économiques inédits, dont dépend la réussite des jeunes entreprises, et brident le potentiel d’innovation. Les gouvernements devraient s’abstenir de soutenir des entreprises dépassées, inefficaces ou improductives.


2. Élaborer et financer un système efficace de création et de diffusion de la connaissance

Le financement public est nécessaire pour pallier le sous-investissement chronique des entreprises privées dans la recherche fondamentale, laquelle est source de croissance de la productivité sur le long terme et facilite l’adoption des innovations dans toute l’économie. Nous en avons la preuve : un financement de la recherche publique stable et inscrit dans la durée est essentiel à l’innovation de demain.

L’aide publique à l’innovation dans le secteur des entreprises devrait privilégier les investissements promettant un rendement social élevé et favoriser les partenariats et réseaux internationaux. Chaque détail compte dans la conception et l’application de politiques et les gouvernements devraient partager expérience, idées et conseils. Ainsi, les incitations fiscales à la R-D destinées à répondre aux besoins des jeunes entreprises innovantes à travers des mécanismes de remboursement ou des crédits d’impôt pour les salaires liées à la R-D, ne peuvent viser uniquement à renforcer l’innovation mais doivent aussi limiter les possibilités de planification fiscale internationale de la part des grandes entreprises.


3. Saisir les opportunités offertes par l’économie numérique

L’innovation au XXIe siècle passe par un internet ouvert et accessible, propice à la création, au partage, à l’entrepreneuriat et à l’expérimentation. La science, l’innovation de produit, les processus, les méthodes d’organisation et les services – dont les soins – font désormais appel aux données massives et à l’analytique de données. Il faut s’employer à promouvoir les compétences en la matière et encourager l’investissement dans les infrastructures appropriées, y compris les données elles-mêmes. La recherche d’un juste équilibre entre libre circulation des données et protection de la vie privée et de la confidentialité devra être en parallèle le souci constant des décideurs.

4. Promouvoir les talents et les compétences

D’après les données de l’OCDE, un tiers seulement des travailleurs sont à même d’évoluer dans un environnement à forte composante technologique. C’est pour l’innovation un obstacle de taille qui appelle un financement de l’apprentissage tout au long de la vie et des politiques de soutien à la formation. Il importe que les femmes aient toute latitude pour embrasser une carrière scientifique, devenir entrepreneur ou contribuer davantage à l’innovation. Il convient également de favoriser la mobilité internationale des travailleurs très qualifiés. La question est certes délicate, mais il ressort de travaux de l’OCDE que les connaissances vont et viennent entre pays et régions, bénéficiant ainsi au plus grand nombre.
 

5. Améliorer la gouvernance et la mise en œuvre des politiques d’innovation

Les politiques publiques touchant l’innovation sont nombreuses et demandent donc une bonne coordination, non seulement au niveau du gouvernement central mais aussi entre celui-ci et les collectivités. Une coopération entre pays et avec les institutions mondiales est également de mise face à des enjeux communs et pour répartir le coût des investissements dans la recherche fondamentale. Le suivi et l’évaluation des stratégies et des résultats aideront à tirer des enseignements de l’expérience et à rendre les politiques plus efficaces et souples.

N’est pas leader qui veut ; chaque pays a ses propres atouts et faiblesses. Tous peuvent néanmoins mieux exploiter, et développer, leur capital intellectuel et progresser le long des chaînes de valeur mondiales. La Stratégie de l’OCDE pour l’innovation 2015 doit les y aider.

 

Références

Stratégie de l'OCDE pour l’innovation 2015 - Un programme pour l'action publique (à paraître) : http://www.oecd.org/fr/sites/strategiedelocdepourlinnovation/.

Examens de l’OCDE des politiques d’innovation : www.oecd.org/sti/innovation/reviews

Plate-forme sur les politiques d’innovation : www.innovationpolicyplatform.org

Travaux de l'OCDE sur l'innovation

 

Thématiques du Forum de l'OCDE 2015 

L'Observateur de l'OCDE

‌‌‌‌Andrew Wyckoff

Andy Wyckoff
Directeur, Direction de
la science, de la
technologie et de
l'innovation de l'OCDE

‌‌


© L'Annuel de l'OCDE
2015

 

Documents connexes

 

Also AvailableEgalement disponible(s)