Gouvernement d'entreprise

Petit-déjeuner d’information - European Policy Center

 

Bruxelles, 12 novembre 2008
 
Bonjour, Mesdames et Messieurs :


C’est pour moi un honneur de pouvoir parler à l’European Policy Centre de la crise financière actuelle, de son impact économique et de la contribution que l’OCDE peut apporter à l’architecture financière mondiale de l’après-crise.


Résoudre la crise est l’un des plus grands défis de ces dernières décennies. Les États-Unis et un grand nombre de pays européens connaissent déjà un grave ralentissement (avec de nombreux cas de récession) et leur croissance sera stationnaire ou négative en 2009. Il faut y ajouter une extrême incertitude quant au calendrier et au rythme d’une éventuelle reprise.


Mais, ce qui est le plus préoccupant aujourd’hui, c’est que les retombées du secteur financier sur l’économie réelle se traduisent déjà par une aggravation du chômage. Le choc sur l’économie productive frappe déjà des millions de familles. Et cela doit être la priorité centrale des gouvernements et des responsables politiques à travers le monde, outre le rétablissement, dans le système financier, de la confiance et de la stabilité.


1. Bâtir des marchés financiers qui fonctionnent mieux : les réponses

Tout d’abord, il est impérieux de rétablir la confiance dans le système financier mondial. Pour remédier aux tensions extrêmes sur les marchés de capitaux et restaurer une situation normale sur le marché du crédit, les gouvernements ont annoncé de vastes interventions, et notamment des injections massives de liquidités, des garanties des dépôts et prêts bancaires, l’acquisition d’actifs toxiques pour les éliminer des bilans des banques et des opérations de recapitalisation des institutions financières.


Dans la mise en œuvre de ces mesures, il est essentiel que les actionnaires actuels supportent la plupart des douloureuses conséquences d’une mauvaise prise de décision des responsables, de façon que le coût soit minimum pour les contribuables. Il faut aussi se montrer très vigilant pour qu’en soutenant les institutions financières et les déposants, on ne crée pas des distorsions de concurrence et on ne provoque pas des ruées sur les guichets des institutions financières qui ne bénéficient pas des dispositifs d’aide.


Il faut donc que les gouvernements continuent d’améliorer la coopération internationale pour la mise en œuvre des mesures adoptées, tout en veillant à préserver dans leur propre pays des conditions égales de concurrence. Il faudra examiner de près comment les gouvernements se désengageront lorsque les turbulences finiront par se dissiper et qu’on en reviendra à la normale.
 
En remédiant aux faiblesses des marchés de capitaux, les gouvernements doivent également prendre garde à ne pas semer les graines de problèmes futurs. Assouplir les règles d’évaluation des actifs aux prix du marché est peut-être nécessaire avec des marchés illiquides et volatils lorsqu’on a affaire à de véritables risques systémiques et que les marchés ne fournissent pas des signaux de prix adéquats. Si l’on a recours à cette mesure en dernier ressort, ce doit être pour une période limitée, afin d’éviter des problèmes inutiles de solvabilité et de réduction de l’effet de levier. Un retour rapide à des bilans transparents est indispensable à mesure que s’atténue le risque systémique ; c’est ainsi qu’on assurera à l’avenir la fiabilité des flux d’informations et l’efficience des marchés.


Remédier aux déficiences de la régulation et de la supervision est assurément la pierre angulaire de toute solution.


L’une des principales leçons de cette crise est qu’un fonctionnement efficient des marchés de capitaux est crucial pour préserver la stabilité de l’économie réelle et que cette efficience ne repose pas uniquement sur la concurrence, mais aussi sur une régulation et une supervision efficaces. Nous n’en sommes pas à la « fin du capitalisme » ou à la « faillite de l’économie de marché ». Les marchés ouverts ont eu de nombreux avantages, ont créé de nombreuses innovations et se sont accompagnés de progrès sociaux, lorsque la régulation était ferme et la surveillance actualisée. Toutefois, la réaffirmation du principe d’ouverture des marchés suppose également l’existence d’un solide cadre réglementaire. Comme l’a déclaré récemment un économiste mexicain : « les gouvernements ne doivent pas agir uniquement parce que les marchés ouverts ne fonctionnent pas ; ils doivent agir pour que les marchés ouverts fonctionnent effectivement ! »


La crise financière a mis en évidence les faiblesses des systèmes de régulation et de surveillance aux États-Unis et en Europe. Mais elle est aussi l’occasion de remédier à ces faiblesses et de réduire la probabilité de crises futures.


Le secteur financier s’est lui-même employé à déterminer quelles mesures il pouvait prendre pour régler les problèmes à l’origine de la crise. À cet égard, l’Institute of International Finance (IIF) et le Counterparty Risk Management Policy Group III ont formulé d’intéressantes propositions.


Les mesures officielles et les travaux des organismes internationaux de normalisation comme l’OCDE, le FMI, l’OICV ou le Forum de stabilité financière (auquel l’OCDE participe également) sont tout à fait cruciaux. Ces réformes s’attaqueront aux problèmes de fond comme la surveillance de la gestion du capital, de la liquidité et du risque ; la transparence et la valorisation ; la modification du rôle et de l’utilisation de la notation de crédit ; une plus grande réactivité des autorités aux risques ; et des dispositifs améliorés pour faire face aux tensions du système financier.


Le rythme rapide d’intégration et d’approfondissement des marchés de capitaux européens observé cette dernière décennie pose également une série de problèmes. Il faudra que les pratiques de surveillance et de régulation évoluent à la même allure que l’intégration transnationale. Le marché européen unique des capitaux est extrêmement tributaire de la coopération entre des autorités nationales de régulation et de surveillance dont les attributions, les moyens et les pouvoirs ne sont pas les mêmes.


Deux bonnes solutions pourraient être soit de créer une autorité unique de surveillance financière dans l’UE, soit de mettre en place un système européen d’autorités de surveillance comportant un organisme central qui collaborerait avec les autorités nationales de surveillance. Un système européen serait plus facile à intégrer dans le cadre actuel. Mais s’il s’avérait impossible de concilier les intérêts de tous les pays avec un tel système, il ne faudrait pas exclure une autorité unique de surveillance.


Pour sa part, l’OCDE s’attachera surtout aux réformes structurelles à plus long terme du système financier. Et nous conduirons ces travaux dans une perspective plurielle, en tenant compte des étroites interactions entre les réglementations qui concernent le capital, l’assurance-dépôts, la fiscalité, le gouvernement d’entreprise, la politique de la concurrence, les règles comptables, la rémunération des dirigeants, etc.


Une approche fragmentaire ne changera pas les stratégies d’entreprise qui ont été au cœur de la crise. C’est pourquoi également nous ne saurions attendre d’avoir remédié aux problèmes des marchés de capitaux pour nous atteler à ceux du ralentissement économique. Nous devons agir sur les deux fronts. Et maintenant !


2. Les choix de politique macroéconomique : relancer la machine

Des mesures macroéconomiques judicieuses peuvent aider à atténuer les effets du ralentissement économique. Les banques centrales à travers le monde sont en train d’assouplir rapidement leur politique monétaire. La Banque centrale européenne a pris part activement à ces actions, en réduisant ses taux directeurs de 100 points de base depuis juillet, et la Banque d’Angleterre a baissé son taux directeur de 150 points de base en une seule fois la semaine dernière. Le principal taux d’intérêt à court terme de la Réserve fédérale est maintenant à son point le plus bas, à 1 %.


La hausse des prix à la consommation se ralentit rapidement à l’heure actuelle grâce à la baisse des prix des produits de base. Puisque les anticipations inflationnistes sont bien ancrées et que les ressources économiques vont probablement être largement sous-employées, il reste une marge pour de nouvelles baisses des taux directeurs.


Les gouvernements peuvent également beaucoup contribuer à atténuer les effets conjugués des turbulences financières et de la faiblesse de l’activité économique. Les stabilisateurs budgétaires automatiques contribuent d’ores et déjà à amortir le recul de l’activité, particulièrement en Europe.
Mais il faut aller plus loin, surtout si une situation persistante d’incertitude sur les marchés de capitaux retarde les effets d’une politique monétaire plus souple. Par conséquent, un assouplissement budgétaire discrétionnaire demeure une option importante à court terme. Cela étant, les pays se trouvent dans une situation différente pour ce qui est des besoins de relance budgétaire et de la marge que leur laissent à cet effet leurs finances publiques.


Les États-Unis et le Japon ont des stabilisateurs budgétaires automatiques qui sont faibles et des taux d’intérêt dont le niveau est déjà très bas ; c’est pourquoi ils ont davantage besoin d’une relance budgétaire. Mais l’ampleur actuelle du déficit budgétaire aux États-Unis et de la dette publique au Japon limite les possibilités d’action de ces pays.


Les pays européens ont en général des stabilisateurs automatiques plus vigoureux et des taux d’intérêt qui peuvent encore baisser. Mais cela n’exclut pas des mesures discrétionnaires, surtout dans ceux de ces pays qui ont profité de la reprise précédente pour assainir leurs finances publiques. Quelle que soit la situation exacte, il est essentiel que toute relance budgétaire intervienne au bon moment, ait un caractère temporaire et soit bien ciblée. La Chine, qui vient d’annoncer un vaste plan de relance budgétaire, se trouve dans une situation spécifique, qui lui laisse une bonne marge de manœuvre.


Et n’oublions pas toute l’importance de la politique sociale en temps de crise. La politique sociale sera certainement nécessaire pour atténuer les difficultés. Des dispositifs de protection sociale sont en place dans les pays de l’OCDE, mais il faudra renforcer l’effort de recyclage des chômeurs. En outre, il sera sans doute plus pressant d’aider tous ceux qui sont en danger de perdre leur logement.


Toutes ces mesures indispensables, toutes ces initiatives d’amélioration des mécanismes de régulation, toutes les ressources financières qu’on injecte dans le système bancaire et tous les ajustements macroéconomiques et monétaires représentent au total un effort sans précédent en vue de réactiver la confiance, la croissance et la stabilité. Est-ce que cela sera suffisant pour obtenir un meilleur scénario que celui qui nous a conduit à la situation actuelle ? Nous sommes-nous véritablement attaqués aux causes de cette crise sans précédent ?


3. La nécessité d’une plus large approche

Bâtir une économie mondiale qui fonctionne mieux est un chantier bien plus vaste, un défi qui va au-delà des ajustements monétaires et budgétaires à court terme.


Nous sommes confrontés à une crise sans précédent en une ère nouvelle et nous ne pouvons la résoudre en recourant aux vieilles « recettes ». Nous avons besoin de nouvelles démarches et de nouveaux mécanismes institutionnels qui nous permettent d’élaborer des réponses véritablement mondiales et pluridisciplinaires. Comme le reconnaissait John Maynard Keynes lors d’une autre crise : « Lorsque les choses changent, je change d’avis. Et vous, que faites-vous ? »


L’une des grandes différences entre la crise actuelle et celles qui l’ont précédée tient à l’intensité de sa dimension mondiale. Elle a éclaté en une période d’interdépendance extrême. Nous savons tous que le problème est né dans la zone géographique du G7, mais nous savons aussi que ses conséquences et ses solutions ne peuvent être que mondiales. C’est pourquoi la prochaine réunion du G20 revêt une importance toute particulière.


Les causes et les conséquences de la crise actuelle se situent dans un grand nombre de domaines d’action interdépendants et on ne peut y faire face que par une réponse intégrée ; les domaines concernés, pour n’en citer que quelques-uns, sont la régulation financière, le gouvernement d’entreprise, la politique budgétaire, la politique de la concurrence, l’innovation, l’éducation financière, l’emploi, les assurances et les retraites.


L’OCDE travaille actuellement sur un plan d’action global pour s’attaquer à la crise et tirer parti des possibilités de construire une meilleure économie mondiale. Ce plan s’articule en deux volets : premièrement, ajuster les réglementations et les incitations dans le secteur financier de façon que les intervenants sur les marchés agissent dans un environnement plus rigoureux en termes de surveillance et de gestion des risques ; deuxièmement, revoir et renforcer les politiques nationales et améliorer la coordination des politiques au niveau international pour rétablir les conditions propices à la croissance économique.


Mesdames et Messieurs,
Je conclurai en soulignant un dernier point sur lequel, j’en suis sûr, nous sommes tous d’accord. La crise économique actuelle exige de pénibles décisions, mais nous devons rester attentifs aux autres graves défis structurels qui nous attendent. Il est crucial, au milieu de la tempête, de ne pas perdre le cap, de ne pas relâcher nos efforts pour la lutte contre la pauvreté, l’inégalité et le changement climatique, et de tenir nos engagements d’augmenter l’aide au développement, de préserver l’ouverture du commerce mondial et de l’investissement et de mettre en œuvre des énergies plus propres pour la protection de notre environnement.


La crise nous apprend énormément sur notre vulnérabilité et notre interdépendance, mais elle révèle aussi les capacités extraordinaires des nations lorsqu’il s’agit de coopérer et de s’entendre sur des solutions communes.


Je vous remercie de votre attention.

 

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