Gouvernement d'entreprise

Faire face à la crise financière en considérant la dimension humaine

 

Genève, 17 novembre 2008
 
Monsieur le Directeur général Somavia, Mesdames et Messieurs,


Je suis doublement heureux de m’adresser à vous aujourd’hui.


Premièrement, j’aimerais vous remercier de me donner l’occasion de rendre la visite que le Directeur général a effectuée récemment à Paris, au cours de laquelle il a pu s’adresser au Conseil de l’OCDE qui est l’organe suprême de l’Organisation. Ces visites sont le signe des relations fortes et fructueuses qui lient nos organisations, tant sur le plan politique que sur le plan technique. Nous entretenons des liens très étroits avec les milieux syndicaux et patronaux au travers de la Commission syndicale consultative et du Comité consultatif économique et industriel, le TUAC et le BIAC, qui sont des sources importantes de sagesse et d’inspiration pour nos travaux. Sur un plan personnel, j’ajouterai que Juan Somavia et moi même sommes de vieux amis, ce qui ajoute encore à cette rencontre d’aujourd’hui.


Deuxièmement, nos discussions d’aujourd’hui ne sauraient être davantage d’actualité. La réunion du G 20 qui s’est tenue le week end dernier a conduit à ce qui constitue, de fait, un changement majeur dans la gouvernance mondiale, les responsables politiques réunis à cette occasion en ayant appelé aux organisations internationales pour qu’elles appuient leurs efforts concernant les politiques destinées à permettre de surmonter la crise et de remettre l’économie mondiale sur la voie d’une croissance durable. Ce mandat se traduit concrètement dans un appel urgent à une meilleure collaboration entre les organisations internationales, notamment l’OCDE et l’OIT.


Les gouvernements, partout dans le monde, ont agi rapidement et avec détermination, mais l’impact est de beaucoup plus grande ampleur qu’on ne l’avait imaginé. Nous nous trouvons face à une situation marquée par la rupture dans la confiance à l’égard du marché, une quasi paralysie des marchés financiers et des plans publics à grande échelle de sauvetage des banques et autres institutions financières dont les contribuables devront supporter la charge.


Les entreprises réduisent leur production, ferment des établissements et licencient des travailleurs ; des millions de personnes perdent leur logement. Des emplois disparaissent non seulement à Wall Street et à la City, mais aussi dans le secteur de la construction en Espagne et en Irlande, ce qui conduit à des vagues de licenciements. Et le virus du chômage se propage rapidement aux autres secteurs, ainsi qu’en témoignent, par exemple, les problèmes des constructeurs automobiles aux États-Unis, en Allemagne et en France.


La crise financière menace de se transformer en véritable crise économique et sociale. La semaine passée, nous avons publié nos dernières projections économiques. Elles dessinent des perspectives très sombres. Malgré les grandes incertitudes qui entourent ce type de supputations, nous pensons que le taux de chômage moyen dans les pays de l’OCDE passera de 5.6 % en 2007 à 7.2 % en 2010. Cela signifie qu’il pourrait y avoir environ 10 millions de chômeurs de plus, dans la zone de l’OCDE, à cette date – ce qui serait l’augmentation la plus rapide du chômage dans la zone de l’OCDE depuis le début des années 1990. Nous devons agir d’urgence pour faire en sorte que les plus vulnérables soient protégés à court terme, tout en remettant l’économie mondiale sur la voie d’une croissance durable, sur le plan économique, social et environnemental.


A l’OCDE, nous nous apprêtons à apporter une contribution très large au plan d’action du G20. Notre contribution s’articule autour de deux axes. Il y a, premièrement, les règlementations et les incitations dans le secteur financier, qui doivent permettre de replacer les opérateurs de marché dans un environnement de surveillance et de gestion du risque plus strict. Les comités de l’OCDE, travaillant de concert, réfléchiront aux enjeux et à la cohérence des règlementations financières, et à la problématique de la concurrence, des flux d’investissement, et aussi de la fiscalité, en particulier de la transparence fiscale souhaitée par le G 20, ainsi qu’à la problématique du gouvernement d’entreprise car les défaillances des conseils d’administration des institutions financières sur le plan du gouvernement d’entreprise sont l’un des facteurs qui ont conduit à la crise.


Et il y a, deuxièmement, une perspective à plus long terme, centrée sur le rétablissement des conditions d’une croissance économique durable. L’un des éléments pour provoquer la reprise sera la relance budgétaire que certains pays ont déjà annoncée et dont le G 20 a débattu au cours du week end. Un autre élément aussi doit être l’innovation et l’investissement dans le capital humain.


Toute trajectoire de croissance durable doit être à faible émission de carbone. L’OCDE s’attaque à ce défi avec ses travaux concernant différents ensembles de mesures destinées à atténuer le changement climatique de la façon la plus efficace au regard du coût. Ces travaux seront repris lors de la 14ème session de la Conférence des Parties qui aura lieu à Poznan, ainsi que lors de la 15ème session, qui se tiendra à Copenhague à la fin de l’an prochain.


Concernant la reprise et le « retour à la normale », nous réfléchirons aussi aux stratégies de sortie, autrement dit comment l’Etat pourra se désengager après s’être impliqué dans les secteurs en difficulté.
La crise frappe particulièrement durement les groupes pour lesquels il était déjà difficile de trouver et de garder un emploi, par exemple les jeunes et les travailleurs d’un certain âge. Les travailleurs peu qualifiés, en particulier les immigrés, sont parmi les premiers à être licenciés car ils sont très présents dans les secteurs vulnérables comme la construction ou le tourisme, et n’ont souvent que des emplois temporaires. La diminution des envois de fonds dans les pays d’origine est une autre menace qui pèse sur les pays les plus pauvres.


La crise entraîne une dégradation des perspectives pour les travailleurs. Mais avant même qu’elle n’éclate, nous observions déjà des disparités de revenu croissantes dans les pays de l’OCDE. Encouragé par le TUAC et d’autres, nous avons réalisé une vaste étude des tendances concernant les inégalités de revenu et la pauvreté. Le rapport issu de ces travaux, publié sous le titre Croissance et inégalités, montre qu’au cours des deux dernières décennies les inégalités se sont creusées dans plus des trois quarts des pays de l’OCDE. Et l’accentuation des inégalités résulte principalement des évolutions sur les marchés du travail.


Ce qui est particulièrement préoccupant c’est que la tendance à l’accentuation des inégalités s’est produite durant une longue période de croissance économique soutenue dans les pays de l’OCDE. Comment les choses évolueront elles en période de récession ? Nos travaux montrent qu’en règle générale, dans les pays de l’OCDE, la probabilité d’être pauvre est six fois plus élevée dans les ménages où personne ne travaille que dans les ménages où au moins une personne a un emploi. Cela signifie que la montée du chômage exposera un plus grand nombre de personnes au risque de pauvreté, accentuant encore l’écart entre riches et pauvres.


Que peuvent faire les pays pour amortir le choc et réinsérer les gens dans l’emploi ? La plupart des pays de l’OCDE se sont dotés de filets de sécurité sociale très développés et ont mis en place des programmes actifs du marché du travail. Mais ces dispositifs étaient destinés à protéger les travailleurs durant des épisodes temporaires de chômage, à leur assurer une remise à niveau et à les aider à retrouver du travail. Ces dispositifs pourront ils résister au tsunami qui nous menace ? Et qu’en sera t il des pays en développement où les travailleurs ne peuvent pas compter sur un filet de sécurité sociale ?


Les systèmes de protection sociale de l’OCDE seront soumis à des tensions car les recettes fiscales et les cotisations diminueront. C’est pourquoi il faudra cibler les interventions publiques sur les groupes les plus vulnérables pour éviter qu’ils ne descendent encore de quelques échelons sur l’échelle sociale. Dans le même temps, nous devons améliorer les perspectives à long terme sur le marché du travail pour tous les travailleurs.


Mais cela ne sera peut être pas suffisant. Etant donné la vive augmentation du chômage que l’on anticipe, des pressions de plus en plus fortes s’exercent sur les gouvernements pour qu’ils prennent des mesures ad hoc supplémentaires. De nombreux gouvernements ont déjà pris des mesures. Ce faisant, les responsables publics doivent avoir en tête deux grands principes : premièrement, toutes les mesures qu’ils prendront doivent être rapides, ciblées et temporaires (on parle des 3T en anglais – Timely, Targeted, Temporary).


Deuxièmement, les actions à court terme doivent être cohérentes avec les réformes structurelles à plus long terme. Les pouvoirs publics doivent apporter une aide à court terme en accordant des allocations chômage et en subventionnant l’emploi dans certains secteurs et pour certains groupes. Mais il faut éviter de créer une dépendance excessive à l’égard des prestations, dépendance qui persisterait même après la reprise. De même, il ne faut pas rouvrir la filière des préretraites pour atténuer les pressions sur le marché du travail. En dépit de la crise, nous ne devons pas perdre de vue le défi que représente le vieillissement de la population, ni la nécessité d’assurer des services de santé, éducatifs et sociaux de qualité.


Les préconisations de la Stratégie de l’OCDE pour l’emploi, dans sa version réactualisée de 2006, demeurent valables. En outre, nous nous efforçons de voir plus précisément ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire sur le plan des politiques du marché du travail et des politiques sociales, en tirant des enseignements des épisodes passés de net ralentissement de l’activité économique dans les pays de l’OCDE. Cette analyse sera présentée dans nos Perspectives de l’emploi 2009 qui seront au cœur de la réunion des ministres de l’emploi et du travail des pays de l’OCDE qui se tiendra à l’automne.


L’impact social de la crise sera plus grave encore dans de nombreux pays en développement et économies émergentes. Souvent, ces pays n’ont des filets de sécurité sociale qu’assez peu développés, qui n’assurent qu’une protection insuffisante en cas de chômage et ne couvrent qu’une faible fraction de la main d’œuvre, une large proportion de travailleurs occupant des emplois informels. De concert avec l’OIT, le Centre de développement de l’OCDE travaille à l’établissement d’un rapport qui doit permettre de mieux comprendre les déterminants et les caractéristiques clés de l’emploi informel. Mieux connaître les travailleurs informels et savoir comment ils peuvent accéder à l’emploi formel est la première étape pour améliorer leur situation.


L’OCDE et l’OIT collaborent déjà fort bien dans plusieurs domaines. J’aimerais, par exemple, évoquer nos travaux conjoints sur la responsabilité sociale des entreprises. Avec les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales et la Déclaration de principes tripartite sur les entreprises multinationales de l’OIT, nous joignons nos forces pour encourager des comportements socialement responsables de la part des entreprises. L’implication des associations patronales, en particulier du BIAC, est fondamentale en la matière. Pour la première fois, un comité de l’OCDE et un comité de l’OIT travaillent à l’élaboration d’une déclaration commune précisant les activités dans lesquelles la collaboration sera intensifiée à l’avenir. Les principes directeurs sont encore plus pertinents aujourd’hui alors qu’il s’agit de redéfinir les incitations adéquates pour assurer le bon fonctionnement du système financier. J’ai déjà mentionné ici nos travaux sur le gouvernement d’entreprise dans le contexte de la crise ; la contribution des milieux syndicaux et patronaux sera indispensable dans ce domaine également.


La coopération avec l’OIT sera, en outre, de plus en plus importante pour l’OCDE car nous avançons dans notre processus d’engagement renforcé avec le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie et l’Afrique du Sud, tous pays qui sont membres du G 20, et nous développons nos activités dans d’autres pays non membres dans lesquels l’OIT jouit d’une expérience précieuse et d’informations intéressantes à partager, par exemple dans la région Asie Pacifique où nous travaillons ensemble à rassembler des données sur la protection sociale et à suivre les tendances concernant les flux et les politiques migratoires.


La crise rend les travaux de nos deux organisations sur les marchés du travail et les politiques sociales plus importants encore. La réussite ou l’échec dans ce domaine non seulement influera sur le niveau de vie de millions d’individus de par le monde mais déterminera aussi ce que devrait être, aux yeux des citoyens du monde, l’architecture financière et économique mondiale après la crise. La mondialisation ne peut être que profitable à tous si la dimension sociale est bien présente.


En conclusion, j’aimerais faire une dernière remarque sur les enjeux mondiaux. La crise économique actuelle mobilise largement notre attention, mais même au milieu de la tourmente nous ne devons pas perdre de vue notre objectif ultime. A négliger d’autres enjeux majeurs comme le changement climatique, les migrations, l’aide au développement et les Objectifs du millénaire pour le développement, ou la nécessité de conclure avec succès le programme de Doha pour le développement, nous nous exposerions au risque de connaître d’autres crises à l’avenir. Nous devons préserver notre dynamique et ne pas relâcher notre vigilance. Je suis très heureux de voir que le document que vous examinez aujourd’hui soulève beaucoup de ces questions et je me réjouis à la perspective d’entendre vos commentaires et vos questions et de suivre une intéressante discussion.


Je vous remercie.

 

 

 

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