Lancement de la publication : "A Profile of Immigrant Populations in the 21st Century"

 

Discours de Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE
Paris, le 20 février 2008

Les migrations vers les pays de l'OCDE s'accélèrent. Depuis les années 60, l'immigration nette a triplé, et les pressions démographiques qui vont de pair avec le vieillissement des populations aboutiront vraisemblablement à une croissance encore plus rapide de ces flux à l'avenir. Gérer les migrations de manière que tout le monde y gagne, pays d'accueil comme pays d'origine, est toutefois une tâche délicate. A cet égard, les gouvernements pourront plus facilement apaiser les appréhensions du public s'ils sont en mesure de définir les problématiques particulières engendrées par les migrations et s'emploient à les résoudre. Nous sommes, les uns comme les autres, confrontés à deux défis majeurs : il nous faut (i) attirer des immigrants pour répondre aux besoins en main-d'œuvre d'aujourd'hui et de demain, et (ii) quand les immigrants sont là, trouver la meilleure façon de les intégrer, eux et leur famille, dans nos économies et nos sociétés.


Les migrations : une priorité de l'OCDE

Trouver les moyens de relever ces défis suppose que nous disposions d'informations complètes et détaillées sur les migrants : qui sont-ils ? D'où viennent-ils, et quel est leur niveau de compétence ? Répondre à ces questions n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît car les données disponibles ne se prêtent pas aisément à des comparaisons à l'échelle internationale. A l'OCDE, nous avons investi massivement dans l'élaboration de données plus étoffées et de meilleure qualité sur les flux, les stocks et les politiques migratoires. Dans ce domaine, notre publication phare, les Perspectives des migrations internationales, est devenue un ouvrage de référence incontournable.

Nous abordons aussi des domaines particuliers de l'action des pouvoirs publics en réalisant des examens par pays détaillés. L'un de ces domaines est l'intégration des immigrés et de leurs enfants sur le marché du travail. Et je suis fier de dire que nos analyses et nos recommandations ont un impact sur l'élaboration des politiques. A titre d'exemple, les grandes réformes de la politique d'intégration engagées récemment par l'Allemagne ont été inspirées par nos recommandations.


Profil des populations immigrées

La publication que nous lançons aujourd'hui - A Profile of Immigrant Populations in the 21st Century - Data from OECD Countries - correspond donc à un thème important de la réflexion sur les migrations menée au sein de l'OCDE. A cette occasion, nous avons exploité les résultats de tous les recensements de l'an 2000 des pays de l'Organisation, ce qui nous a permis de définir, pour chacun d'eux, les populations immigrées par pays d'origine, sexe, âge et niveau d'instruction, et d'en préciser les caractéristiques. Nous savons aussi depuis combien de temps ces immigrés résident dans les pays d'accueil, s'ils sont actifs et où ils travaillent. Grâce à cette base de données, l'OCDE offre une image instantanée, incroyablement riche d'informations, de la population immigrée présente dans ses pays membres. Nous sommes également en mesure de procéder à des comparaisons transnationales puisque nos données s'appuient sur une seule et unique définition : nous entendons par "immigré" toute personne "née à l'étranger". 


La structure migratoire évolue

Certains pays de l'OCDE accueillent depuis fort longtemps des immigrants en grand nombre. Pour d'autres, ce phénomène est plus récent : l'Espagne, le Portugal et d'autres pays de l'Europe méridionale étaient des pays traditionnels d'émigration mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. De nos jours, il leur serait difficile, dans des secteurs importants de leur économie comme le bâtiment-travaux publics, l'hôtellerie-restauration, les travaux ménagers et les services à la personne, de trouver des travailleurs en nombre suffisant sans faire appel à des immigrés.

Nous constatons par ailleurs une évolution, s'agissant des pays d'origine et de la nature de l'immigration. A titre d'exemple, l'Australie avait dans un premier temps veillé à ce que la majorité des candidats à l'immigration qu'elle accueillerait proviennent de pays anglophones. Aujourd'hui, pourtant, plus de 60 % des immigrants vers ce pays sont originaires de pays non membres de l'OCDE. De nombreux pays d'Europe comme la France et l'Allemagne, ont beaucoup misé sur l'immigration de travail au cours des "Trente glorieuses". Mais après le premier choc pétrolier, ils ont érigé des barrières pour empêcher de tels afflux, et les migrations de travailleurs ont nettement reculé au profit de l'immigration par regroupement familial. Plus récemment, l'Allemagne a enregistré une forte immigration d'Allemands de souche en provenance d'Europe orientale.

La nouvelle base de données nous renseigne aussi sur le vécu des immigrés sur le marché du travail. Ces personnes travaillent-elles et, dans l'affirmative, dans quels secteurs ? Leur emploi correspond-il à leur formation professionnelle ? D'après nos observations, cette population connaît des problèmes d'intégration sur le marché du travail. Nous en avons conclu qu'il fallait mieux cibler les politiques d'intégration.


Le déclassement est un véritable problème…

Le déclassement reste un gros problème. Qu'en est-il aujourd'hui ? Tout d'abord, les données dont nous disposons montrent que les immigrés sont, en moyenne, plus qualifiés que les autochtones : près de 24 % des personnes nées à l'étranger sont diplômées de l'enseignement supérieur contre 19 % des autochtones. En moyenne également, la probabilité d'être surqualifié par rapport à l'emploi exercé est plus forte pour les immigrés que pour les autochtones. Ce constat se vérifie particulièrement dans le Sud de l'Europe (Espagne, Grèce, Italie) ainsi que dans quelques pays du Nord de l'Europe (Danemark et Suède). Dans ces pays, la part d'actifs en situation de déclassement professionnel est deux fois plus élevée parmi les immigrés que parmi la population locale.

Pourquoi une telle différence ? En fait, les raisons varient d'un pays à l'autre. Comme je l'ai dit précédemment, il n'y a pas si longtemps que les pays du Sud de l'Europe ont commencé à accueillir des immigrés en grand nombre. A leur arrivée, les travailleurs immigrés ont parfois des difficultés pour s'exprimer dans la langue de ces pays et peuvent donc être plus enclins à accepter, pour commencer, des emplois peu qualifiés même s'ils possèdent un niveau de qualification plus élevé, dans l'espoir de monter par la suite dans la hiérarchie des emplois. Les immigrés peuvent aussi avoir besoin de temps pour vaincre les obstacles juridiques et administratifs qu'il leur faut surmonter avant de trouver un emploi à la mesure de leurs compétences.

Au Danemark et en Suède, les choses se passent différemment. Beaucoup, parmi les immigrés, sont des réfugiés. Souvent composé de personnes hautement qualifiées, ce groupe se heurte à des problèmes particuliers : les réfugiés, qui ont rarement planifié leur départ et se sont brusquement retrouvés hors de chez eux, n'ont pas nécessairement emporté avec eux leurs diplômes ou autre preuve officielle de leurs qualifications. Ils ne savent pas forcément combien de temps ils resteront dans le pays qui les accueille. Ils ont parfois été traumatisés par les persécutions ou la guerre. Et se pose souvent pour eux le problème d'une langue qui leur est inconnue. L'intégration de ces immigrés exige des mesures ciblées spécifiques qui les aideront à trouver leur place sur le marché du travail, pour le plus grand bien de tous.

Je tiens cependant à souligner que les Scandinaves ne sont seuls à être aux prises avec ces problèmes. Le mode de fonctionnement des marchés du travail joue également un rôle. Dans certains pays, et en l'occurrence je citerai l'exemple de l'Italie, les immigrés ont moins de difficultés pour trouver un emploi mais plus de risques de se retrouver en situation de déclassement professionnel. Dans d'autres pays, en Belgique par exemple, le déséquilibre est moindre entre les compétences exigées pour les emplois et le niveau de qualification des immigrés, mais le taux de chômage est élevé chez les personnes nées à l'étranger. Et dans tous les pays se pose le problème de la reconnaissance et de la validation des qualifications et de l'expérience professionnelle acquises dans les pays d'origine : les employeurs des pays de l'OCDE semblent souvent ne faire que peu de cas de ces compétences. 


Nous avons besoin d'immigrés hautement qualifiés de plus en plus nombreux….

Il est d'autant plus urgent de s'attaquer au problème du déclassement qu'un nombre croissant de pays cherchent à attirer davantage d'immigrés hautement qualifiés en tablant sur le fait que ceux-ci contribueront à stimuler la croissance économique et auront moins de difficultés à s'intégrer dans la société.

Les données présentées dans cette publication confirment cette tendance tout en apportant des précisions. Au cours des dernières décennies, les migrants venus d'Asie ont occupé une place prépondérante dans la population immigrée hautement qualifiée : les informaticiens et les médecins indiens, les infirmières philippines et les professionnels chinois en sont des exemples bien connus. Nous avons également constaté que, dans la plupart des pays de l'OCDE, la proportion de docteurs en science ou en ingénierie est nettement plus forte parmi les immigrés que parmi la population autochtone : ainsi, au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Norvège, les premiers sont trois fois plus nombreux.


…mais il nous faut aussi attirer des travailleurs peu qualifiés

Qu'en est-il maintenant des migrants faiblement qualifiés ? Beaucoup de pays sont moins à l'aise à l'idée d'accueillir davantage d'immigrés peu qualifiés alors même qu'il existe une forte demande de travailleurs de ce type. Comme vous pourrez le constater à la lecture de cette publication, l'hôtellerie-restauration est l'un des principaux secteurs d'activité des travailleurs immigrés.    De fait, dans dix pays de l'OCDE, au moins un employé sur cinq des hôtels et restaurants est un allochtone. C'est au Luxembourg que la proportion est la plus forte, ce secteur employant 75 % d'immigrés. Vient ensuite la Suisse où la proportion est de 50 %.

Les services à la personne et les services de proximité emploient également une forte proportion de travailleurs nés à l'étranger, surtout des femmes. Or, la demande de services de cette nature devrait augmenter de manière significative dans les prochaines décennies en raison du vieillissement de la population et des besoins croissants dans le secteur des soins de longue durée.

Il ressort de ces conclusions que nous devrons améliorer l'élaboration et la mise en œuvre des politiques d'intégration. Il convient de déployer beaucoup plus d'efforts pour aider les immigrés de fraîche date à apprendre la langue du pays hôte et à se familiariser avec les pratiques du monde du travail. Il faut que les employeurs potentiels sachent mieux reconnaître les qualifications et l'expérience professionnelle acquises à l'étranger. L'intégration se fera d'autant plus facilement que les politiques d'intégration seront mieux ciblées. Cette démarche aura elle-même pour conséquence de réduire considérablement le risque de réactions politiques hostiles aux immigrés.


La fuite des cerveaux : démêler le vrai du faux

Une question a suscité beaucoup d'attention : celle de l'émigration de personnes titulaires de diplômes de l'enseignement supérieur, autrement dit ce qu'il est convenu d'appeler "la fuite des cerveaux".  Dans la plupart des pays d'origine de grande taille comme le Brésil, la Chine et l'Inde, moins de 5 % des personnes hautement qualifiées émigrent. Mais, pour les petits pays, ce phénomène peut prendre des proportions considérables. Des pays comme la Jamaïque, Haïti, Maurice ou les Fidji, par exemple, ont vu plus de 40 % de leurs citoyens hautement qualifiés s'expatrier. Dans certains cas, la proportion atteint même 80 %. Qui plus est, dans les pays en développement, la probabilité d'émigration vers les pays de l'OCDE est plus forte pour les femmes diplômées de l'enseignement supérieur que pour leurs concitoyens du sexe masculin hautement qualifiés : les chiffres sont très parlants : 17.6 % contre 13.1 %.

Nous avons utilisé la base de données pour examiner, en liaison avec l'OMS, la manière dont la fuite des cerveaux affecte le secteur de la santé. Nous avons ainsi constaté qu'en moyenne, en l'an 2000, 11 % des infirmières et 18 % des médecins travaillant dans les pays de l'OCDE étaient nés à l'étranger. Ces pourcentages correspondent à peu près à ceux de l'ensemble des migrants hautement qualifiés dans la population active de nos pays. Les pays d'Afrique et des Caraïbes sont particulièrement touchés : dans certains cas, les taux d'expatriation de professionnels de la santé atteignent 50 %. Ce phénomène ne fait qu'aggraver les problèmes liés au manque de travailleurs de la santé auxquels ces pays sont déjà confrontés. Mais, selon les estimations, le secteur de la santé de ces pays souffre d'une pénurie de main-d'œuvre beaucoup plus forte (près de huit fois plus) que ne représentent les effectifs de travailleurs de la santé expatriés dans les pays de l'OCDE. Par conséquent, endiguer le flux, pour autant que cela soit possible, atténuerait légèrement le problème mais ne le résoudrait pas.

Les gouvernements soucieux de préparer l'avenir doivent agir maintenant et mettre en place des politiques judicieuses afin d'aider à répondre aux besoins en main-d'oeuvre, l'immigration constituant une partie de la solution, et de permettre l'intégration des immigrés. Chaque pays de l'OCDE devrait en faire une priorité car si cette démarche est légitime sur les plans social, politique, éthique et moral, elle est aussi, purement et simplement, un acte de rationalité économique.

 

 

 

Also Available

Countries list

  • Afghanistan
  • Afrique du Sud
  • Albanie
  • Algérie
  • Allemagne
  • Andorre
  • Angola
  • Anguilla
  • Antigua-et-Barbuda
  • Antilles Néerlandaises
  • Arabie Saoudite
  • Argentine
  • Arménie
  • Aruba
  • Australie
  • Autorité Nationale Palestinienne
  • Autriche
  • Azerbaïdjan
  • Bahamas
  • Bahreïn
  • Bangladesh
  • Barbade
  • Belgique
  • Belize
  • Bermudes
  • Bhoutan
  • Bolivie
  • Bosnie-Herzégovine
  • Botswana
  • Brunéi Darussalam
  • Brésil
  • Bulgarie
  • Burkina Faso
  • Burundi
  • Bélarus
  • Bénin
  • Cambodge
  • Cameroun
  • Canada
  • Cap-Vert
  • Caïmanes, Îles
  • Centrafricaine, République
  • Chili
  • Chine (République populaire de)
  • Chypre
  • Colombie
  • Comores
  • Congo, La République Démocratique du
  • Corée
  • Corée, République Populaire Démocratique de
  • Costa Rica
  • Croatie
  • Cuba
  • Côte D'ivoire
  • Danemark
  • Djibouti
  • Dominicaine, République
  • Dominique
  • Egypte
  • El Salvador
  • Emirats Arabes Unis
  • Equateur
  • Erythrée
  • Espagne
  • Estonie
  • Etats Fédérés de Micronésie
  • Etats-Unis
  • Ethiopie
  • ex-République yougouslave de Macédoine (ERYM)
  • Fidji
  • Finlande
  • France
  • Gabon
  • Gambie
  • Ghana
  • Gibraltar
  • Grenade
  • Groenland
  • Grèce
  • Guatemala
  • Guernesey
  • Guinée Équatoriale
  • Guinée-Bissau
  • Guinéee
  • Guyana
  • Guyane Française
  • Géorgie
  • Haïti
  • Honduras
  • Hong Kong, Chine
  • Hongrie
  • Ile de Man
  • Ile Maurice
  • Iles Cook
  • Iles Féroé
  • Iles Marshall
  • Iles Vierges Britanniques
  • Iles Vierges des États-Unis
  • Inde
  • Indonésie
  • Iraq
  • Irlande
  • Islande
  • Israël
  • Italie
  • Jamaïque
  • Japon
  • Jersey
  • Jordanie
  • Kazakstan
  • Kenya
  • Kirghizistan
  • Kiribati
  • Koweït
  • l'Union européenne
  • Lao, République Démocratique Populaire
  • le Taipei chinois
  • Lesotho
  • Lettonie
  • Liban
  • Libye
  • Libéria
  • Liechtenstein
  • Lituanie
  • Luxembourg
  • Macao
  • Madagascar
  • Malaisie
  • Malawi
  • Maldives
  • Mali
  • Malte
  • Maroc
  • Mauritanie
  • Mayotte
  • Mexique
  • Moldova
  • Monaco
  • Mongolie
  • Montserrat
  • Monténégro
  • Mozambique
  • Myanmar
  • Namibie
  • Nauru
  • Nicaragua
  • Niger
  • Nigéria
  • Nioué
  • Norvège
  • Nouvelle-Zélande
  • Népal
  • Oman
  • Ouganda
  • Ouzbékistan
  • Pakistan
  • Palaos
  • Panama
  • Papouasie-Nouvelle-Guinée
  • Paraguay
  • Pays-Bas
  • Philippines
  • Pologne
  • Porto Rico
  • Portugal
  • Pérou
  • Qatar
  • Roumanie
  • Royaume-Uni
  • Russie, Fédération de
  • Rwanda
  • République du Congo
  • République Islamique d' Iran
  • République Tchèque
  • Sahara Occidental
  • Saint-Kitts-et-Nevis
  • Saint-Marin
  • Saint-Vincent-et-les Grenadines
  • Sainte-Hélène
  • Sainte-Lucie
  • Salomon, Îles
  • Samoa
  • Sao Tomé-et-Principe
  • Serbie
  • Serbie et Monténégro (avant juin 2006)
  • Seychelles
  • Sierra Leone
  • Singapour
  • Slovaquie
  • Slovénie
  • Somalie
  • Soudan
  • Soudan du Sud
  • Sri Lanka
  • Suisse
  • Suriname
  • Suède
  • Swaziland
  • Syrienne, République Arabe
  • Sénégal
  • Tadjikistan
  • Tanzanie
  • Tchad
  • Thaïlande
  • Timor-Leste (Timor Oriental)
  • Togo
  • Tokelau
  • Tonga
  • Trinité-et-Tobago
  • Tunisie
  • Turkménistan
  • Turks et Caïques, Îles
  • Turquie
  • Tuvalu
  • Ukraine
  • Uruguay
  • Vanuatu
  • Venezuela
  • Viêt Nam
  • Wallis et Futuna
  • Yémen
  • Zambie
  • Zimbabwe