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France

Lancement de l’Etude économique de la France 2015

 

Remarques d’Angel Gurría

Secrétaire général de l’OCDE

2 avril 2015

OCDE, Paris

 

 

Monsieur le Ministre, Mesdames, Messieurs,

 

C’est un grand plaisir Monsieur le Ministre de vous accueillir aujourd’hui à l’OCDE pour vous présenter notre rapport Études économiques de l’OCDE: France 2015. La coopération entre l’OCDE et les autorités françaises est depuis longtemps fructueuse et je me réjouis de continuer ce dialogue. J’espère que notre Étude contribuera à identifier les clés du redressement de la confiance à court terme et d’une amélioration durable des performances économiques et sociales de la France.

Presentation of the OECD Economic Survey of France

Paris, 2 avril 2015 (de gauche à droite)
Michel Sapin, Ministre des Finances et des Comptes publics et Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE lors de la présentation de l'Etude économique de la France
Photo : OCDE/Julien Daniel

 

L’économie française a des bases solides

 

Même si la France a été durement touchée par la crise économique, celle-ci a également révélé les bases économiques solides du pays. Aujourd’hui, le coût de refinancement des emprunts d’Etat reste faible, les stress tests de la Banque centrale européenne ont confirmé la bonne santé de son système bancaire, et l’offre de crédit ne semble pas limiter l’activité économique.

 

La France a en effet des atouts considérables: le pays est leader dans un certain nombre de secteurs à forte intensité technologique, sa structure industrielle est diversifiée, et le niveau d’éducation de la population est élevé, bien qu’inégal. Son système social ambitieux a aussi permis de maintenir les inégalités à un niveau modéré au cours des dernières décennies par rapport à d’autres pays de l’OCDE. Sur les indicateurs de qualité de vie de l’OCDE, la France dispose à bien des égards d’un niveau de bien-être enviable.

 

Je salue aussi le Gouvernement pour avoir eu le courage de lancer une importante série de réformes depuis 2012 pour renforcer l’économie. Je pense notamment au Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE), au Pacte de responsabilité et de solidarité, aux efforts de simplification pour les entreprises, au renforcement de la concurrence dans certains secteurs, à la réforme de la gestion des métropoles, et aux mesures concernant la formation professionnelle et l’apprentissage. Le projet de loi « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques » et la réforme en cours du dialogue social vont aussi dans la bonne direction.

 

 

Les obstacles sur le chemin d’une croissance soutenue restent importants

 

Mais la France continue de faire face à un défi fondamental, celui de réenclencher une dynamique de croissance soutenue. Les perspectives de croissance se sont en effet progressivement dégradées depuis trente ans. La croissance du PIB par habitant en France n’a été que de 0.9% en moyenne depuis 1990, nettement plus bas que les 1.3% en Allemagne, 1.6% en Suède ou 1.7% au Royaume Uni.

 

En 2015, la croissance économique française devrait atteindre 1.1%, et 1.7% en 2016, légèrement mieux que ce que l’on prévoyait l’automne dernier, grâce à la baisse des prix de l’énergie et à la dépréciation récente de l’euro. Cette croissance reste toutefois fragile et insuffisante pour permettre une réduction importante du taux de chômage. De plus, les perspectives de croissance à moyen terme restent peu satisfaisantes.

 

L’enjeu est donc de maintenir le cap des réformes structurelles et de les approfondir pour libérer l’activité et l’emploi. Le rapport que nous vous présentons aujourd’hui se concentre sur trois sujets principaux : le fonctionnement du marché du travail, la  concurrence, et les dépenses publiques.

 

 

Réforme du marché du travail et amélioration des compétences de la population

 

Le taux de chômage est supérieur à 10% et devrait tout juste passer sous la barre des 10% en 2016 (9.9%).  Celui des 15-24 ans atteint même aujourd’hui près de 24%. 1.7 million des 20 à 29 ans, plus de 21 % de cette tranche d’âge, ne sont ni en emploi, ni étudiants, ni en formation (NEET), un chiffre considérablement plus élevé que les 13 % de l’Allemagne, les 9% des Pays-Bas ou encore les 12% de la Suède.

 

Pour améliorer cet état de fait, il est nécessaire de réduire encore la dualité du marché du travail qui pèse sur les jeunes et les plus vulnérables. La réforme prévue des prudhommes est une avancée importante, mais il faut aller plus loin en allégeant la réglementation des CDI (contrats à durée indéterminée) et en diminuant le coin fiscalo-social plus avant.

 

D’importants progrès doivent aussi être faits pour améliorer les compétences des entrants sur le marché du travail et des adultes. Les résultats des Français dans l’enquête de l’OCDE évaluant les compétences des adultes (PIAAC) sont préoccupants. 22 % des adultes ont de faibles scores en ‘littératie’, et 28% en ‘numératie’, contre 16 % et 19% en moyenne respectivement dans les 24 pays de l’OCDE étudiés.

 

Une partie des difficultés se situe au niveau de la formation initiale, et des réformes de l’Education nationale sont en cours notamment pour corriger la corrélation très marquée entre le milieu socio-économique des élèves et leur performance académique. Mais pour les adultes qui sortent du système peu qualifiés, l’accès à la formation professionnelle est une condition importante de leur intégration sur le marché du travail. Des ressources conséquentes sont consacrées à la formation professionnelle et à l’apprentissage en France: EUR 32 milliards en 2012, soit 1.5% du PIB. Cependant,  seules 14% de ces ressources sont allouées aux demandeurs d’emploi et 17% à l’apprentissage.

 

Améliorer l’efficacité du système de formation continue et d’apprentissage, et son accès pour les plus vulnérables, doit être une priorité. Les réformes en cours vont dans la bonne direction, mais nous proposons aussi de mettre en œuvre un système d’assurance qualité des organismes de formations; de clarifier les responsabilités des acteurs et de s’assurer de leur capacité à remplir leurs missions, notamment les régions; et de développer et améliorer encore l’apprentissage dès le début de l’éducation secondaire.

 

 

Renforcement de la concurrence

 

En parallèle avec les améliorations du marché du travail, nous recommandons aussi de continuer à renforcer la concurrence pour accroître la productivité, l’emploi et le pouvoir d’achat des ménages.

 

Le grand nombre de réglementations et de normes contraint la croissance des entreprises, notamment celles des plus jeunes et petites d’entre elles. De plus, certaines réglementations des marchés de produits et services restreignent l’activité. Par exemple, les pratiques d’urbanisme commercial brident la croissance et l’emploi dans le commerce de détail. L’encadrement de certains services, professions réglementées et industries de réseau, comme les transports, empêche aussi une allocation plus efficiente des ressources et des gains de productivité.

 

Nous soutenons donc pleinement les efforts de simplification du gouvernement et le projet de loi « pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques ». Mais il faut aller plus loin en passant au crible les réglementations existantes pour réduire les obstacles à la concurrence en particulier, par exemple, pour les commerces de détail, les professions réglementées et les industries de réseaux; et en allégeant encore les obligations réglementaires des entreprises, notamment celles associées aux seuils sociaux.

 

 

Réduire les dépenses publiques à moyen terme

 

Enfin, nous insistons aussi, et vous n’en serez pas surpris, sur la nécessité de continuer à réduire les dépenses publiques. Celles-ci ont atteint 57% du PIB en 2014. En conséquence, la France a le deuxième niveau le plus élevé de prélèvements obligatoires de l’OCDE alors même que l’endettement public s’approche de 100% du PIB.

 

Il est indispensable que les dépenses diminuent non seulement pour assurer la soutenabilité des finances publiques mais aussi pour alléger la pression fiscale; et donc, renforcer les incitations au travail, à l’entrepreneuriat, à l’épargne et à l’investissement.  

 

Pour cela, les missions de l’Etat doivent être redéfinies. En particulier, la simplification et la rationalisation de l’organisation du « mille-feuille » d’administrations locales est essentielle. Par exemple, il faut supprimer les clauses de compétence générale, renforcer les intercommunalités, et rationaliser l’allocation des compétences entre les niveaux d’organisation territoriale.

 

Il est indispensable aussi de mieux contenir les dépenses de santé, de retraites et d’assurance chômage. Par exemple, une fois la reprise économique bien enclenchée, une réforme des allocations chômage, qui augmenterait leur dégressivité dans le temps, permettrait de réaliser des économies et de stimuler l’emploi. Cette réforme devra aller de pair avec une amélioration de l’efficacité des politiques d’accompagnement vers l’emploi et des réformes ambitieuses du marché du travail.

 

 

Monsieur le Ministre, Mesdames, Messieurs,

 

La performance économique de la France n’est pas à la hauteur de son potentiel. La dynamique de réformes doit donc être accélérée.

 

J’ai conscience que la mise en œuvre de telles réformes est une entreprise vaste, complexe et politiquement éprouvante. Le dialogue social et une évaluation transparente des résultats obtenus sont essentiels pour faciliter leur approbation. Tous les acteurs doivent être impliqués et s’engager davantage dans le projet d’une croissance soutenue qui donne une chance à tous, et notamment aux plus fragiles.

 

L’OCDE attend avec impatience que la France retrouve son statut de moteur de la croissance en Europe et dans le monde.  Nous espérons aussi que cette année de présidence de la France de la COP21 sera aussi celle d’un pas en avant majeur dans la transition vers des économies sobres en carbone dans le monde, et en particulier en France. Le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte propose à cet égard des objectifs ambitieux et bienvenus.

 

L’OCDE reste mobilisée pour continuer à soutenir la France et accompagner le gouvernement et ses partenaires dans la voie de politiques meilleures pour une vie meilleure.

 

Je vous remercie.