Thématique du Forum 2017 : Dépasser les clivages

© OCDEDépasser les clivages sera la thématique principale du Forum, à un moment où

  • la montée des nationalismes et populismes
  • les niveaux historiquement faibles de confiance
  • l'évolution rapide des progrès technologiques
  • et les effets persistants de la crise


ont un effet déstabilisant sur nos sociétés et économies.


Les clivages se font sentir à plusieurs niveaux.


Le Forum 2017 de l'OCDE s'articulera autour des trois thèmes transversaux que sont :

  • la croissance inclusive
  • la numérisation
  • la confiance


et montrera combien il importe de continuer à cibler notre action sur l'édification d'économies et de sociétés plus intégrées et plus inclusives.  

Croissance inclusive

Le Forum mettra plus particulièrement l’accent sur la nécessité de mettre en place des politiques où le bien-être de chacun occupe une place centrale, en passant du stade du diagnostic et de l’analyse de la montée des inégalités de revenu et d’opportunités, à celui des solutions concrètes.

Ce sera là une étape essentielle pour regagner la confiance de ceux qui se sentent injustement traités, redoutant les retombées de la mondialisation, de l’afflux croissant de migrants et de la rapidité sans précédent des avancées technologiques.

Le Forum traitera plus particulièrement de certaines des tendances qui, actuellement, aggravent les clivages au sein de la société, et la polarisation croissante de nos sociétés, imputable à la baisse des revenus et de l’accès aux chances entre groupes sociaux, pays et régions, et fera apparaître en quoi la coopération internationale et la transformation numérique peuvent contribuer à dépasser ces clivages.

Clivage économique et social

Le chômage élevé, qui a suivi la crise financière, a contribué à l'approfondissement de la fracture économique et sociétale.

Si le chômage dans la zone OCDE cèdera un peu de terrain d’ici la fin de 2017 pour s’établir à 6.1 %, il n’en demeure pas moins que quelque 39 millions de personnes resteront sans emploi – 6.3 millions de plus qu’avant la crise, 30 % environ des chômeurs se trouvant dans cette situation depuis douze mois ou plus.

Ceux qui trouvent un emploi n’ont souvent accès qu’à des emplois précaires, temporaires et assortis d’un salaire plus bas qu’avant la crise.

Les participants au Forum étudieront plus avant des options apportant davantage de sécurité, que ce soit des filets de sécurité sociale, des politiques actives du marché du travail, des mesures fiscales ou encore des mesures innovantes, en particulier le Revenu de base universel (RBI).

Les débats porteront sur la question de savoir si le RBI serait propre à encourager davantage l’initiative entrepreneuriale, à donner aux travailleurs plus de pouvoir de négociation face à leurs employeurs potentiels, sans pour autant négliger ses effets négatifs, comme de potentiellement laisser certaines personnes en marge de l’emploi régulier ou d’induire un durcissement des comportements vis-à-vis de l’immigration.

Clivage urbain-rural

Les zones urbaines – lieux où la diversité sociale est dense – tendent à être plus ouvertes à l'immigration, progressistes en matière de changement social et culturel, favorables aux retombées potentielles des évolutions technologiques et offrent plus d'opportunités en termes d'accès à l'emploi et à l'éducation. 

Les grandes banlieues et les régions rurales, quant à elles, tendent à être plus pauvres, moins diversifiées, plus traditionnelles, tout en offrant moins d'accès aux opportunités d'emploi et d'éducation, et se retrouvent confrontées aux préoccupations croissantes de voir la génération actuelle d'enfants grandir davantage dans la pauvreté que leurs parents.

Les tendances à l'origine de ces divisions se sont aggravées lors des dernières décennies, notamment pendant la reprise économique inégale des années passées au cours de laquelle de nombreuses localités rurales plus petites ont davantage souffert, alors que les populations plus éduquées des villes rebondissaient plus rapidement.  

Clivage générationnel

Le Forum s'attachera également à la question du clivage générationnel.

Avec l’allongement de la vie active et l’écart de près de 50 ans entre les salariés les plus âgés (enfants du baby-boom nés entre 1946 et 1964) et les plus jeunes (la Génération Y, née entre 1982 et 2000) dans certaines organisations, coexiste sur le lieu de travail aujourd’hui un large éventail d’approches et d’attitudes, chaque génération ayant ses propres aspirations, besoins, valeurs, points de vue et modes de travail.

Quelles sont quelques-unes des difficultés auxquelles sont confrontées les différentes générations pour trouver et conserver un emploi, eu égard au manque d’expérience ou encore à la discrimination en fonction de l’âge, que ce soit réel ou perçu ?

Les employeurs organisent-ils les parcours professionnels et les formations en tenant compte des besoins évolutifs de leur main-d'œuvre ?

Quelles sont les attentes des différentes générations en termes d’utilisation des compétences et de styles de management ?

Ces débats permettront d’étudier ce que ces défis générationnels signifient quant aux choix qui seront opérés en matière d’action publique, étayés par les travaux que l’OCDE consacre à la lutte contre les Inégalités au moment de la vieillesse.

Inégalités femmes-hommes

Des sessions du Forum exploreront quelques-unes des stratégies envisageables pour donner les moyens aux femmes comme aux hommes de poursuivre des carrières plus enrichissantes en éliminant les obstacles qui leur barrent l’accès à l’éducation et aux compétences adéquates, et en appuyant les efforts qui sont déployés pour surmonter les préjugés sexistes inconscients.

Ces débats se nourriront du rapport d'étape de la Recommandation de 2013 sur l’égalité hommes-femmes en matière d'éducation, d'emploi et d'entrepreneuriat, qui sera présentés à la Réunion ministérielle.

Si la proportion d’emplois détenus par des femmes a augmenté, les travailleuses occupent souvent des emplois de moindre qualité et sont moins bien rémunérées que leurs homologues masculins.

Numérisation

Le « Big Data », la robotique, l’intelligence artificielle et l’Internet des objets donnent un nouveau visage à nos économies et à nos sociétés, révolutionnant totalement nos manières de travailler, d’apprendre et de vivre.

La numérisation promet à maints égards de stimuler l’innovation, de susciter une croissance plus inclusive et plus durable et d’améliorer le bien-être général.

Elle est en même temps une force de rupture qui vient modifier les structures classiques de même que les attentes de l’économie, de la société et jusqu’à celles de la politique, conduisant ainsi à envisager de nouveaux modèles économiques, à s’interroger sur les modalités et le moment d’une intervention appropriée des régulateurs et à réfléchir aux nouveaux défis qui se font jour pour les pouvoirs publics dans les domaines de la vie privée, de la sécurité, de la confiance, de la politique à l’égard des consommateurs, de la concurrence, de l’innovation, de l’emploi et des compétences.

Le monde (numérique) que nous voulons

La rapidité à laquelle la numérisation s'est développée a pris de court les pouvoirs publics, mais aussi les entreprises et les autres acteurs de la société.

Les stratégies sont définies de manière cloisonnée, alors qu’il nous faut établir, au niveau international, de nouveaux grands cadres éthiques et sociétaux et prendre des mesures proactives, qui nous permettent de tirer parti de la technologie numérique pour développer le monde tel que nous le voulons.

Un renforcement de la sécurité numérique et de la protection de la vie privée est indispensable pour que les individus, les entreprises et les administrations se sentent en sécurité et que le « virage numérique » puisse être négocié avec profit.

Les décisions qui ont une incidence sur notre existence – choix d’un établissement scolaire, octroi d’un prêt pour l’achat d’une automobile, montant des cotisations d’assurance santé – sont de moins en moins souvent influencées par des individus mais par des modèles mathématiques, ou algorithmes.

Ces algorithmes servent à noter enseignants et élèves, trier des CV, accorder (ou refuser) des prêts, évaluer des travailleurs, cibler des électeurs, décider de la mise en liberté conditionnelle de détenus et à suivre notre état de santé.

Mais les exigences en matière de réglementation et de conception doivent être renforcées afin de limiter l’opacité des modèles actuels, le plus souvent source d’inégalités et de discrimination.

L'avenir du travail

Le numérique change du tout au tout les types d’emplois auxquels les individus doivent se former mais aussi les modalités, les lieux et les responsables de l’exécution des tâches correspondantes.

Les prédictions les plus diverses ont été faites quant au nombre et à la nature des emplois qui seront concernés, or les parties prenantes ont besoin de certitudes, et aussi de conseils, pour mieux anticiper ce changement.

Le Forum permettra aux principales parties intéressées de partager et d’exprimer leurs préoccupations, mais il visera également à montrer comment des innovations digitales vont rendre possible la création de nouveaux emplois – voire souvent d’emplois nouveaux.

Aussi y soulignera-t-on l’importance que revêt la mise en place de systèmes de sécurité sociale, d’assurance-chômage, de santé et de retraite adaptés à ce nouveau monde du travail, qui soient à même de donner aux individus la confiance et le ressort nécessaires pour être mobiles professionnellement et pour investir tout au long de leur vie dans le développement de leur compétences.

Compétences du 21ème siècle

Il importe maintenant de faire en sorte que les jeunes soient dûment préparés à vivre dans un monde où il leur faudra s’adapter constamment à de nouvelles technologies, à de nouveaux modèles économiques et à de nouvelles façons de travailler.

Les politiques de développement des compétences demandent à être révisées en ce qui concerne les adultes également, de manière à conjurer le risque d’aggravation du chômage, de creusement des inégalités et de fracture entre les générations.

Il faut également encourager plus activement les femmes et les jeunes filles à embrasser des études et des carrières dans les domaines des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) afin qu’elles puissent s’épanouir pleinement dans l’économie numérique.

Confiance

Face au progrès, trop de citoyens se sentent exclus et ils n’ont pas le sentiment que le système global sert leurs intérêts.

Cette défiance peut s’expliquer en partie par une nette dégradation des statuts économiques et sociaux, imputable à la crise financière. Mais par ailleurs, l’impression générale est que les politiques publiques et les stratégies des entreprises favorisent la concentration de la richesse entre les mains des riches et des puissants, et dans les régions riches et puissantes.

Il ressort d’une enquête menée en juillet 2016 par McKinsey Global Institute (Poorer than Their Parents? A New Perspective in Income Inequality) que nombreux sont ceux dont les revenus n'ont pas progressé qui perdent confiance dans le système économique mondial et ont une opinion défavorable du libre-échange et l’immigration.

Ere « post-vérité »

Nous assistons à l'émergence d'une nouvelle ère dite « post-vérité », issue de la combinaison de faibles niveaux de confiance et de la fragmentation croissante des sources d’information provoquée par la numérisation.

Dans le monde des médias sociaux, chacun est devenu journaliste, et les organes de presse traditionnels ne sont plus la source prédominante ou gardienne des nouvelles.

Ce nouvel environnement a rendu plus facile le brouillage des lignes entre les faits et la fiction.

Les fausses informations diffusées par les médias sociaux peuvent être rapidement considérées comme vraies sans questionnement sur la légitimité de la source.

En outre, les modèles de médias sociaux et l'importance croissante des algorithmes contribuent à la création de silos d'opinion, dans lesquels nous nous entourons de gens qui pensent comme nous et sommes nourris de l'information destinée à nous plaire plutôt qu’à contester notre pensée.

Les médias traditionnels, dont la crédibilité a également été mise en question, et qui sont perçus comme faisant partie de l'« élite », sont également de plus en plus touchés.

Alors que les médias rivalisent pour les recettes publicitaires - composante centrale des nouveaux modèles de gestion -, la tentation devient grande de choisir des nouvelles et des titres qui génèrent le plus grand nombre de clics, ce qui crée des tensions éthiques en matière d'information, et dans certains cas, remet en cause l'idée même de l'information comme un bien civique.

Engagement civique

En raison de ce climat de défiance, tout un chacun est aujourd’hui perçu comme aussi crédible qu’un spécialiste universitaire ou un expert technique, et bien davantage qu’un dirigeant d’entreprise ou un haut fonctionnaire, ce qui signifie que la confiance repose désormais principalement sur des relations entre pairs.

À cela s’ajoute le fait que des algorithmes regroupent les individus par communauté de vues, créant sur les médias sociaux des « caisses de résonnance » où les avis exprimés sont amplifiés, ce qui limite le dialogue avec des personnes ayant des opinions et des points de vue différents et nous prive de la possibilité d’un débat contradictoire, nous laissant moins bien informés qu’il ne le faudrait pour améliorer la définition de l’action publique et la rendre plus efficace.

Cette polarisation de nos sociétés pourrait aussi compromettre le processus démocratique.

Au cours des débats organisés dans le cadre du Forum, nous nous attacherons à trouver les moyens de faire de nouveau la part belle aux échanges de vues, au partage d’expérience et à la confrontation des idées de façon à transcender la polarisation, aidant ainsi à combler les divisions actuelles.

Le Forum explorera des concepts tels que la protection des électeurs ainsi que la mesure dans laquelle les systèmes et pratiques politiques démocratiques doivent être révisés au XXIe siècle de la numérisation, pour être plus délibératifs et englober l'engagement civique comme moyen de co-conception et de co-construction des politiques.

Partager les bénéfices des échanges

Alors que l’affaiblissement de la demande mondiale pèse lourdement sur le commerce international, des pans entiers de la société ont aujourd’hui l’impression que les échanges fragilisent leurs moyens de subsistance au lieu de les soutenir, et les appels au protectionnisme se multiplient.

Pourtant, les échanges peuvent servir les intérêts de tous dès lors que les pouvoirs publics appliquent l’éventail complet des politiques nationales, infranationales et internationales permettant d’impliquer effectivement tous les citoyens et toutes les régions, et que chacun partage les fruits d’une circulation plus libre et plus équitable de l’information, des idées et des innovations technologiques.

Le rôle que les échanges et l’investissement peuvent jouer pour stimuler la productivité est important ; il est crucial pour les chaînes de valeur mondiales qui dynamisent nos économies et nos sociétés devenues interdépendantes. 

Concurrence et conduite responsable des entreprises

Malgré la crise financière, les entreprises enregistrent des bénéfices record.

Les entreprises mondiales à la frontière de l'innovation affichent des performances exceptionnelles grâce à leur capacité à innover, mobilisant à la fois l’innovation technologique, financière et organisationnelle et le capital humain.

Elles sont en mesure de recruter les meilleurs talents, en leur offrant les plus fortes rémunérations proposées sur le marché, ce qui a pour effet de creuser les inégalités dans nos sociétés.

Face au rejet que suscite la mondialisation, il incombe aux plus grandes entreprises de montrer l’exemple en matière de conduite responsable des entreprises, dans leur pays comme à l’étranger, sur le plan de la politique sociale, des conditions de travail dans les chaînes d’approvisionnement et des pratiques fiscales.

On observe avec une inquiétude croissante que certaines entreprises à la frontière de l'innovation voient leur position dominante confortée, bloquant ainsi la diffusion de cette innovation et la réalisation de gains de productivité dans l’ensemble de l’économie, notamment dans le secteur des PME, plus gros employeur des pays de l’OCDE et moteur du développement régional et local.

S’agit-il d’une simple « crise de croissance », comme l’affirment certains, ou d’une tendance systémique de nature à aggraver les inégalités et à paralyser la concurrence ?