L’humain avant tout : emploi, égalité et confiance

 

Plus de cinq ans après le début d’une crise économique baptisée successivement crise des subprimes, crise financière, puis grande récession, aucune expression ne reflète la conséquence principale de ces bouleversements économiques : la souffrance des gens.

Les dégâts causés par la crise seront très difficiles à réparer. La plupart des gouvernements doivent se concentrer sur la restauration des finances publiques, tout en relançant la croissance et l’emploi. Pour y parvenir, les responsables politiques doivent engager un programme de réformes structurelles et investir dans de nouvelles sources de croissance, comme l’innovation, les compétences, les actifs intellectuels et la croissance verte. Les dirigeants doivent faire clairement comprendre que les individus, qui sont les vraies victimes de la crise, sont au cœur de leur action. Faute de quoi, la confiance des citoyens continuera de s’étioler à mesure que leurs doutes grandiront à l’égard des marchés et de l’aptitude des pouvoirs publics et des institutions à trouver des solutions efficientes et équitables à leurs problèmes. En outre, les citoyens continuent de penser que la répartition des contraintes et des avantages est faussée en faveur des plus aisés et des groupes de pression qui exercent une influence excessive sur l’action publique.

Pour rétablir la confiance, il faut des administrations plus ouvertes et transparentes, des institutions solides et des règles claires associées à des initiatives qui aident les citoyens à mieux comprendre les arbitrages entre les politiques publiques. Pour apaiser les tensions sociales, il est essentiel de classer par ordre de priorité les grands programmes qui garantissent la protection des plus vulnérables sans compromettre la viabilité des finances publiques.

La création d’emplois doit être une priorité. Dans la zone OCDE, plus de 15 millions de personnes sont au chômage depuis plus d’un an. Dans la seule zone euro, le taux de chômage atteint un record, à 12 %. Les plus vulnérables ont été les plus durement touchés, notamment les travailleurs peu qualifiés et les immigrés. Près de 8 millions de jeunes sont déscolarisés et inactifs : cette génération n’a plus la possibilité de s’insérer durablement sur le marché du travail et pourrait être condamnée à une carrière professionnelle conjuguant bas salaires et emplois précaires. Les pays doivent faire de l’emploi des jeunes leur priorité, et nous sommes prêts à y contribuer en examinant et en adoptant un Plan d’action en faveur des jeunes lors de la réunion du Conseil au niveau des ministres en mai.

Les gouvernements doivent user de discernement pour élaborer les politiques du marché du travail. Pour de nombreux chômeurs, l’aide à la recherche d’emploi et l’orientation professionnelle facilitant le passage des études à la vie active doivent rester la première forme de soutien. Pour éviter que les chômeurs de longue durée ne se démoralisent ou que leurs compétences ne deviennent obsolètes, il faudra mettre en place des programmes de formation efficaces. La politique fiscale a un rôle à jouer, notamment en étendant les crédits d’impôt sur les revenus du travail, en supprimant les désincitations à l’activité ou en modifiant la réglementation sur la protection de l’emploi, qui crée un fossé entre contrats de travail réguliers et précaires.

Le chômage et l’emploi précaire alimentent les inégalités. L’écart entre riches et pauvres dans les pays de l’OCDE atteint un niveau que l’on n’avait pas connu depuis de nombreuses années. Le revenu moyen des 10 % les plus riches de la population est environ neuf fois supérieur à celui des 10 % les plus pauvres, contre sept fois supérieur il y a 30 ans. Cet écart pourrait se creuser à mesure que les pouvoirs publics réduisent les dépenses, que le chômage persiste et que de nombreux chômeurs de longue durée perdent leurs droits aux prestations sociales.

Ces inégalités sont aussi accentuées par les disparités entre hommes et femmes. Il faudrait mettre à profit la contribution des femmes à la croissance économique. Tous les pays doivent s’attaquer aux obstacles culturels qui entravent la participation des femmes à la société, à l’entrepreneuriat et au secteur public. Ils doivent également prendre des mesures concrètes pour améliorer l’accès à des services de garde d’enfants de qualité et abordables, renforcer les droits au congé parental pour les deux parents et promouvoir des conditions de travail plus conciliables avec la vie de famille. L’expérience norvégienne montre que les quotas de femmes dans les conseils d’administration et de surveillance peuvent fonctionner. C’est pourquoi nous actualiserons notre Recommandation sur l’égalité homme-femme lors de la réunion ministérielle de mai.

La nécessité de faire face aux conséquences immédiates de la crise ne doit pas occulter notre objectif à plus long terme : favoriser une croissance durable et inclusive. Il nous faut investir dans l’éducation et la formation afin d’encourager l’innovation, et veiller à ce que les citoyens soient équipés pour réussir dans un environnement de chaînes de valeur mondiales, où les actifs intellectuels sont les plus précieux. L’éducation doit accorder plus d’importance à l’employabilité et faire davantage de place au monde du travail. La formation doit être flexible pour s’adapter à l’évolution rapide des besoins du marché du travail. Toutes les réformes doivent être conçues dans le double objectif de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes et d’étayer leur avancement professionnel. La Stratégie de l’OCDE sur les compétences aidera les pays à élaborer de meilleures politiques dans ce domaine.

La politique fiscale peut aussi contribuer à réduire les inégalités, par exemple en veillant à ce que les individus les plus aisés assument une part équitable de la charge fiscale, en améliorant la discipline fiscale, en supprimant les abattements fiscaux et en réexaminant le rôle des impôts sur toutes les formes de biens et de patrimoine. Les entreprises multinationales doivent aussi payer leur part et être dissuadées de pratiquer une optimisation fiscale agressive et de transférer leurs bénéfices vers les paradis fiscaux, qui conduisent à une érosion de la base d’imposition et permettent à de nombreuses entreprises de payer peu, voire pas du tout, d’impôts. Partout dans le monde, l’érosion de la base d’imposition et les transferts de bénéfices constituent une sérieuse menace en matière d’équité, de souveraineté et de recettes fiscales. Comme les déclarations du G20 et les rapports de l’OCDE l’ont affirmé, une approche internationale coordonnée s’impose, avec la coopération de l’ensemble des parties prenantes.

Les préoccupations nationales ne doivent pas affaiblir notre détermination à lutter contre les inégalités entre pays. Si la Stratégie de l’OCDE pour le développement reconnaît l’importance constante de l’aide au développement, elle souligne qu’il est aussi indispensable d’améliorer l’élaboration et la mise en œuvre de l’action publique, et d’intégrer les actions dans un large éventail d’activités, tant à l’échelon national (innovation, fiscalité, éducation, notamment), qu’à l’échelon mondial (accès aux chaînes de valeur mondiales par l’intermédiaire des échanges et des investissements étrangers, par exemple).

Nous devons également relever les défis environnementaux et exploiter des sources de croissance plus vertes. Le changement climatique s’impose comme le principal défi auquel l’humanité sera confrontée au cours des années à venir. Nous poursuivrons nos efforts pour « penser national » en apportant notre concours aux pays pour mettre en œuvre notre Stratégie pour une croissance verte.

Dans le cadre de nos efforts en faveur d’une croissance inclusive, l’OCDE a lancé une nouvelle initiative pluridimensionnelle très ambitieuse : les « Nouvelles approches face aux défis économiques » (NAEC). Ce projet vise à tirer les leçons de la crise, actualiser nos grilles d’analyses et concevoir de nouvelles approches pour répondre aux problèmes économiques et sociaux. Ce projet vise aussi à mieux comprendre les arbitrages, les complémentarités et les conséquences inattendues des politiques envisagées, afin d’améliorer les performances économiques, de favoriser une croissance inclusive et respectueuse de l’environnement et d’améliorer le bien-être général des citoyens.

Sous le thème « L’humain avant tout : emploi, égalité et confiance », la réunion du Conseil au niveau des ministres et le Forum de l’OCDE réuniront des ministres issus de 40 pays, ainsi que des personnalités représentatives des entreprises, des syndicats, de la société civile et du monde universitaire, afin de proposer des solutions. Dans  cet Annuel de l’OCDE, le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg, qui présidera la réunion ministérielle cette année, revient sur les tâches qui nous attendent.

Nous vivons une période de défis exceptionnels. Faisons-en également un période de coopération internationale exceptionnelle, fondée sur un constat partagé : notre monde est fortement interconnecté, et il faut s’en réjouir. L’humain avant tout !

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Par Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE

 

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