Investir dans un avenir durable

 

Les stratégies d’investissement tiennent rarement compte des coûts environnementaux externes dans le calcul du retour sur investissement. Mais il est possible et urgent de sensibiliser les investisseurs aux notions de risque environnemental et de viabilité écologique.

Les menaces qui pèsent sur la planète se font toujours plus insistantes : changement climatique catastrophique, disparition d’espèces, accumulation de déchets, et écart croissant entre riches et pauvres. L’opinion prend de plus en plus conscience que l’économie mondiale n’est pas viable écologiquement. Notre prospérité dépend d’une grande variété de ressources et services fournis par la planète : des terres pour se nourrir, de l’eau pour boire, des minerais pour notre industrie, et de modestes abeilles pour polliniser nos récoltes.

Or, la plupart de ces ressources et services environnementaux sont surexploités et bradés. Souvent, l’économie ne leur attribue aucune valeur.

Cette même économie échoue à offrir une qualité de vie décente à une majeure partie de la population mondiale : plus d’un milliard d’habitants souffrent de sous-nutrition, n’ont pas accès à une eau salubre ni à l’électricité. Au cours des 30 prochaines années, la population mondiale est appelée à croître rapidement, passant de 6,9 milliards d’habitants en 2010 à 8,8 milliards en 2040, essentiellement dans les pays en développement. La pression exercée sur les ressources naturelles va donc s’intensifier.

Le changement climatique aggrave ces problèmes en modifiant les régimes pluviométriques et les cycles agricoles, et en accentuant la fréquence et la gravité d’événements météorologiques extrêmes qui menacent de déplacer des millions d’individus. Pour éviter le pire, nous devons réduire de moitié les émissions mondiales de dioxyde de carbone d’ici 2050, ce qui suppose nécessairement de restructurer notre économie de manière radicale pour ne plus dépendre du pétrole et du gaz.

Comment expliquer les défaillances du système économique et financier ? Malgré des signaux de plus en plus clairs, la distribution des capitaux par les marchés financiers ne va pas dans le sens d’une économie durable. Les problématiques de développement durable sont bien souvent absentes des calculs des investisseurs et des consignes transmises aux dirigeants des entreprises qu’ils possèdent. S’il existe de nombreuses explications, nous en retenons trois.

Premièrement, les marchés financiers ont une vision à court terme, assez critiquable. Deuxièmement, les investisseurs ne disposent pas toujours des connaissances ni des outils nécessaires à une prise de décision conforme aux objectifs de durabilité à long terme. Troisièmement, il existe une faillite politique. Les instances mondiales et les décideurs ont échoué à imposer la prise en compte du développement durable et des externalités environnementales dans la gestion financière des entreprises.

Si la première explication montre l’incapacité des actionnaires à fournir des mesures incitatives, la dernière illustre l’échec des pouvoirs publics à garantir une prise en charge par les entreprises de la totalité du coût de leurs externalités sociales et environnementales.

Si le système actuel néglige l’humain et la planète, quelle est l’alternative ? À quoi peut bien ressembler concrètement une économie durable ? En matière de durabilité, comment transformer un risque en opportunité ?

In fine, une économie est un moyen au service d’une fin, en l’occurrence un bien-être accru des sociétés humaines dans un environnement exonéré de pressions indues. Une croissance continue mais durable doit être extrêmement sobre en carbone, ce qui suppose de redoubler d’efficacité dans l’utilisation de l’ensemble des ressources.

Pour cela, notre façon d’investir doit considérablement évoluer. En investissant judicieusement et en utilisant notre capacité à façonner le développement des marchés fi nanciers, nous pouvons, en tant qu’investisseurs, contribuer à créer des économies résilientes, stables et durables.

©Reuters/Stringer

Pour prendre un exemple concret, Forum for the Future a défi ni, en collaboration avec Aviva Investors et le Technology Strategy Board, qui relève du gouvernement britannique, les paramètres d’une économie future véritablement durable. Ce « Cadre pour une économie durable » considère qu’une économie durable respecte des limites considérées comme sûres pour l’environnement, et enrichit la vie des individus.

Notre cadre recense une gamme complète de limites environnementales et de conditions sociales à respecter. Il peut être appliqué à tout secteur et à toute entreprise, et servir de guide pratique pour analyser la durabilité à long terme des investissements.

Il est économiquement judicieux d’axer les décisions d’investissement sur les principes de durabilité. Les recherches scientifiques montrent ainsi que si nous continuons à consommer les combustibles fossiles qui aggravent le changement climatique, l’activité économique en sera perturbée. Les inondations et autres événements climatiques extrêmes observés depuis quelques années sont autant de mises en garde pour l’avenir.

D’aucuns jugent irréaliste l’objectif de parvenir à une économie durable à l’horizon 2040. Ce but est certes très ambitieux, mais en principe accessible. Il est évident que le fonctionnement des marchés de capitaux au cours des 30 prochaines années sera la contribution principale, ou le plus grand obstacle, à la réalisation de cet objectif.

Les investisseurs peuvent jouer un rôle majeur pour contribuer à l’objectif ultime d’une économie résiliente et durable : l’amélioration de notre qualité de vie à tous, nous permettant d’exprimer pleinement notre potentiel et de mener des vies productives et créatives sans sacrifi er l’environnement.

 

Références et liens recommandés

www.forumforthefuture.org

Travaux de l'OCDE sur la croissance verte et le développement durable

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Par Jonathon Porritt, Directeur fondateur, Forum for the Future et

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