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Un plan pour l'éducation

 

Emploi, revenus et bien-être dépendent de la façon dont les connaissances sont utilisées. Il est indispensable de transmettre aux individus les compétences nécessaires et de leur donner la possibilité de les exploiter. S’il y a une leçon à retenir de l’économie mondiale, c’est que les gouvernements ne peuvent pas simplement sortir d’une crise à coups de dépenses.

 

Il est tout à fait possible de transmettre à plus d’individus de meilleures aptitudes pour travailler en collaboration, se mesurer aux autres et créer des liens en vue d’obtenir de meilleurs emplois et une vie meilleure. Les Perspectives de l’OCDE sur les compétences, parues en octobre 2013, montrent qu’un faible niveau de qualifications limite sérieusement les chances d’obtenir un emploi bien rémunéré et gratifiant. C’est également le cas à l’échelle des pays : la répartition des compétences a des implications sur le partage des bénéfices de la croissance. Autrement dit, lorsque le pourcentage d’adultes peu qualifiés est élevé, il devient difficile d’introduire des technologies et des méthodes de travail améliorant la productivité, ce qui freine la progression des niveaux de vie.

 

Les compétences ne jouent pas uniquement sur les revenus et l’emploi : les adultes peu qualifiés risquent bien plus de se déclarer en mauvaise santé, de se percevoir comme des objets plutôt que comme des acteurs de la vie politique, et de faire moins confiance aux autres. Sans les compétences nécessaires, les individus restent en marge de la société, et l’économie ne peut réaliser son potentiel.

 

Actuellement, les jeunes, qui n’ont pas l’expérience ou les réseaux traditionnels de leurs aînés, sont particulièrement vulnérables. Si les jeunes hautement qualifiés résistent relativement bien à la crise depuis 2008, les jeunes peu qualifiés sont touchés de plein fouet : leur taux de chômage a grimpé de 20 % en Estonie et en Irlande, et de 15 % en Grèce et en Espagne. L’impact à court terme sur les individus, leurs familles et la collectivité exige des interventions publiques urgentes, car les effets néfastes durables – perte de compétences et démotivation – pèseront non seulement sur la reprise, mais aussi sur le potentiel à long terme.

 

Tout n’est cependant pas négatif : dans quelques pays comme l’Allemagne, l’Autriche, le Chili et la Corée, le taux de chômage des jeunes a nettement reculé. Avec l’environnement économique et les mesures appropriés, ces pays ont réussi à améliorer la situation dans trois domaines : développer les compétences utiles à l’employabilité, donner aux jeunes la possibilité d’exploiter leurs compétences sur le marché du travail, et s’assurer que ces compétences sont utilisées efficacement.

 

Nous devons mettre l’accent sur un enseignement axé sur les compétences plutôt que sur les seuls diplômes. La série d’études Formation et emploi de l’OCDE, lancée en 2010, montre que le développement des compétences est beaucoup plus efficace si les sphères de l’éducation et du travail sont interconnectées. La raison en est simple : les compétences non utilisées s’atrophient, et, par rapport à des programmes élaborés par les autorités et enseignés exclusivement à l’école, les formations pratiques permettent d’acquérir des aptitudes techniques sur des équipements modernes, et des aptitudes non techniques (travail d’équipe, sens de la communication et de la négociation) grâce à des expériences concrètes. La formation en entreprise peut également contribuer à motiver les jeunes et à renforcer leur intérêt pour les études.

 

Certains pays nordiques, les Pays-Bas et le Canada par exemple, parviennent bien mieux que d’autres à proposer des formations continues, en dehors et au sein de l’entreprise. Ils ont élaboré des programmes utiles et flexibles, tant sur le fond que sur la forme. L’information sur les possibilités de formation des adultes est plus facile à obtenir et à comprendre, et le mécanisme de validation des compétences encourage les adultes à continuer de se former. Tous les acteurs sont par ailleurs mis à contribution : autorités, entreprises et individus. Toutefois, il est bien plus facile de transmettre des compétences que de donner aux jeunes la possibilité de les utiliser. Les entreprises doivent proposer plus de flexibilité, les syndicats doivent réexaminer la façon dont le système de protection de l’emploi permanent doit être adapté pour aider également les chômeurs. Des périodes d’essai longues sont nécessaires pour permettre aux jeunes de faire leurs preuves et faciliter le passage à un emploi régulier. Et certains pays doivent abaisser le salaire minimum des jeunes, afin que les jeunes peu qualifiés puissent trouver plus facilement un premier emploi et ne soient pas encouragés à abandonner leurs études (en abaissant le coût d’opportunité de celles-ci).

 

Enfin, et surtout, nous devons nous assurer que les compétences sont bien utilisées. Des services d’orientation professionnelle de qualité, complétés par des informations actualisées sur les débouchés, peuvent aider les jeunes à faire les bons choix de carrière, réduire l’inadéquation des compétences et éviter les emplois sans avenir. Les dirigeants doivent également conserver et étendre les mesures efficaces comme l’orientation, l’aide à la recherche d’emploi et les subventions à l’embauche temporaire de jeunes peu qualifiés. En outre, les aides au revenu devraient être subordonnées à la recherche d’emploi ou à l’amélioration de l’employabilité.

 

Ces mesures ne sont pas compliquées, mais nécessitent de l’autorité et de la détermination à tous les niveaux : de la part des pouvoirs publics pour concevoir des incitations financières et des mesures fiscales favorables, des systèmes éducatifs pour encourager l’entrepreneuriat et proposer des formations professionnelles, des employeurs pour investir dans la formation, des syndicats pour s’assurer que les investissements se traduisent par de meilleurs emplois et des salaires plus élevés, et des individus eux-mêmes, pour tirer parti des possibilités de formation et assumer une part plus importante de la charge financière. Il est temps pour nous tous de mettre en pratique les leçons de la crise à travers un plan durable et concret qui offrira à nos jeunes l’avenir prospère qu’ils méritent.

 

Références

Schleicher Andreas (2013), « Les leçons de l’enquête PISA », L’Observateur de l’OCDE, n° 297 T4.

Voir www.oecd.org/PISA et skills.oecd.org

 

Voir aussi

Les travaux de l'OCDE sur l'éducation

L'édition 2014 du Forum de l'OCDE

 

Andreas Schleicher

Andreas Schleicher, Conseiller spécial du Secrétaire général chargé de la politique de l'éducation et Directeur par intérim, Direction de l'éducation et des compétences de l'OCDE

© OCDE


© L'Annuel de l'OCDE 2014

 

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