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Les opportunités et défis d'une croissance plus verte : trouver la bonne formule

 

Le changement climatique et, plus généralement, les atteintes à l’environnement entraînent des coûts économiques et sanitaires quantifiables qui pèsent sur la croissance et le bien-être à long terme. Si rien n’est fait, le changement climatique pourrait faire baisser le PIB mondial de 0,7 % à 2,5 % d'ici 2060, avec des disparités suivant les régions. Parallèlement, la pollution atmosphérique présente des coûts sociaux élevés, représentant 4 % environ du PIB au sein de l'OCDE, voire davantage dans certaines économies en développement rapide. Pourtant, l'action mondiale en faveur de l'environnement progresse trop lentement face aux défis qui nous attendent. Pour quelle raison ?

L'objectif premier des politiques environnementales est d'encourager entreprises et ménages à réduire les atteintes causées à la planète, grâce, notamment, à de nouvelles technologies, idées ou produits améliorant les performances environnementales. Or, les décideurs ont craint pendant longtemps que de telles politiques nuisent à la compétitivité de leur pays − plusieurs études empiriques ont ainsi attribué une part importante du ralentissement de la productivité observé dans les années 1970 aux États-Unis à l’expansion des politiques environnementales. Mais un changement est en train de s’opérer, qui pourrait rendre la progression des politiques environnementales plus aisée.

L’une des raisons de ce changement réside dans le fait que les effets négatifs des politiques environnementales ne sont pas vraiment étayés par la recherche. De fait, certaines données factuelles sont plutôt rassurantes : la mise en œuvre de politiques environnementales en grand nombre, qu'il s'agisse de taxes environnementales internes ou d'actions à plus grande échelle (Protocole de Montréal pour ralentir la baisse de la couche d’ozone), n’a pas fait chuter la croissance.

De plus, une analyse récente de l'OCDE montre qu'il est possible d’améliorer simultanément l'économie et l'environnement. À partir des observations d’un large échantillon de pays, elle révèle que la productivité n'a généralement pas pâti des politiques visant à protéger l'environnement. Des ajustements temporaires sont bien sûr nécessaires, mais ils n’ont plus lieu d’être après quelques années.

Il est important de noter que les entreprises (et secteurs d'activité) les plus productifs et les plus avancés sur le plan technologique tirent en fait profit du durcissement des politiques environnementales, en raison sans doute de leur aptitude à saisir de nouvelles opportunités, par l'innovation et l'amélioration de leurs produits, mais aussi par la délocalisation de leur production. À l’inverse, les entreprises les moins productives, qui utilisent en général leurs ressources moins efficacement, risquent de constater une baisse temporaire de la croissance de leur productivité, éventuellement liée aux investissements exigés par les nouvelles dispositions environnementales. Il est possible que certaines d’entre elles, incapables de s'adapter, soient éliminées du marché. Cependant, l’effet global sur l’économie et l’environnement n’est pas nécessairement négatif, et peut même être positif si les ressources sont rapidement réaffectées à des entreprises jeunes et en croissance, notamment s’il existe des politiques permettant l’entrée et la sortie d’entreprises et soutenant l'emploi.

Nos travaux sur les échanges internationaux et l'environnement sont également encourageants quant aux effets des politiques environnementales. Une analyse récente montre que le durcissement des mesures crée des débouchés pour tout un éventail d'équipements spécifiquement conçus pour prévenir et réduire la pollution. L'analyse conclut en effet qu'une réglementation stricte influe positivement sur  la spécialisation des pays dans les produits environnementaux, qui représentent un marché mondial en expansion rapide. L'accroissement du commerce de ces produits améliore en fait la qualité de l’environnement à l’échelle mondiale. Des politiques environnementales rigoureuses mais bien conçues, couplées à une libéralisation des échanges, peuvent donc soutenir la réduction de la pollution et la croissance, à l’échelon national et mondial. Le dynamisme économique est indispensable pour parvenir à de tels résultats positifs, et la conception des mesures en est un rouage essentiel. Les politiques-cadres globales doivent encourager la croissance d'entreprises jeunes et dynamiques et l’élaboration de nouveaux produits et idées qui embrassent ces normes environnementales plus contraignantes. Réduction des barrières à l’entrée et à la concurrence, amélioration de l’accès au financement, libéralisation du commerce et promotion de l’innovation figurent parmi ces politiques. Mais la conception des mesures compte tout autant. Les mots-clés sont flexibilité et concurrence. Les instruments de marché, tels que les écotaxes, qui laissent le choix à l’entreprise de la technologie propre qu’elle utilisera, ont souvent des effets positifs plus marqués sur la productivité. Au contraire, les mesures qui freinent l'entrée et l'émulation en alourdissant les formalités ou en fournissant des avantages indus (normes plus souples, subventions ou allégements fiscaux plus intéressants pour les entreprises en place que pour les nouveaux entrants), peuvent nuire au progrès économique et environnemental.

De nombreux pays de l’OCDE s’intéressent dorénavant à ces nouvelles options politiques pour améliorer la conception de leurs politiques générales et environnementales. De même, ils peuvent faire beaucoup pour harmoniser leurs mesures dans différents domaines tels que la fiscalité, l’investissement, l’occupation des sols ou les politiques sectorielles, afin d’être plus cohérents face aux objectifs environnementaux. Ils peuvent tirer profit de l’expérience des pays qui ont pris des mesures contraignantes mais aussi favorables à la concurrence et à la la mise en place et à l'expansion de nouvelles technologies, produits et innovations plus propres (voir graphique). Ils doivent aussi prévoir une approche complémentaire qui permette l’ajustement du marché du travail, notamment car les entreprises les plus productives ont besoin d'attirer des travailleurs suffisamment qualifiés pour optimiser leur avantage. En somme, réformer les politiques environnementales en ce sens faciliterait la réalisation des objectifs économiques et environnementaux, et contribuerait à construire une planète plus saine et plus prospère.

*L’auteur tient particulièrement à remercier Tomasz Kozluk du Département des Affaires économiques de l’OCDE pour sa contribution.

 

Références

Adalet McGowan, Müge, Dan Andrews et Chiara Criscuolo (à paraître), « The future of productivity », Éditions OCDE

Albrizio, Silvia et al. (2014), « Do environmental policies matter for productivity growth? Insights from new cross-country measures of environmental policies », Documents de travail du Département des affaires économiques n° 1176, Éditions OCDE

Braconier, Henrik, Giussepe Nicoletti et Ben Westmore (2014), « Policy challenges for the next 50 years », Documents de politique économique de l’OCDE n° 9, Éditions OCDE

OCDE, AIE, FIT et AEN (à paraître), « Aligning policies for the transition to a low-carbon economy », Éditions OCDE

OCDE (2015), Vers une croissance verte ? Suivi des progrès, Études de l'OCDE sur la croissance verte, Éditions OCDE, Paris (à paraître)

OCDE (2014) « Green growth: environmental policies and productivity can work together », OECD Policy Brief, OCDE Paris. Voir http://oe.cd/P8

OECD (2014), Le coût de la pollution de l'air : Impacts sanitaires du transport routier, Éditions OCDE

Sauvage, Jehan (2014), « The stringency of environmental regulations and trade in environmental goods », OECD Trade and Environment Working Papers, 2014/03, Éditions OCDE

Kozluk, Tomasz et Vera Zipperer (2014), « Environmental policies and productivity growth: a critical review of empirical findings », Revues économiques de l’OCDE, Vol. 2014/1, Éditions OCDE

 

Travaux de l'OCDE sur l'environnement

Des politiques environnementales sans risque pour la
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L'Observateur de l'OCDE

‌‌‌‌Catherine Mann

Catherine Mann
Chef économiste,
OCDE*

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