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Comment lier les échanges, l’investissement et le développement

 

La dernière fois que les Pays-Bas ont présidé la réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des Ministres, en 1991, les économies avancées représentaient presque les deux tiers du PIB mondial et près de deux milliards d’individus vivaient dans l’extrême pauvreté. Le monde a bien changé depuis. Les pays émergents représentent désormais plus de la moitié du PIB mondial et le nombre d’individus vivant dans l’extrême pauvreté a été divisé par deux. Cet Objectif du millénaire pour le développement a été atteint, et nous pouvons nous en réjouir. Cependant, nous faisons encore face à des défis considérables sur le front de la lutte contre la pauvreté, de la durabilité et de l’inclusivité. Les nouveaux Objectifs de développement durable contribueront à relever ces défis mais pour y parvenir, il faudra repenser la politique de développement, en mettant l’accent sur l’articulation des échanges, de l’investissement et du développement.

Deux phénomènes ressortent des dernières décennies. Le premier est la croissance extraordinaire des pays émergents. L’histoire de la Chine et de l’Inde est connue, mais l’on oublie parfois qu’un bon nombre des pays affichant les croissances les plus rapides sont africains. Le second est l’apparition des chaînes de valeur mondiales. Les biens ne sont plus produits dans un seul pays mais en plusieurs étapes, dans de nombreux pays. Les travaux de l’OCDE nous ont beaucoup aidés à comprendre ce phénomène.

La croissance des pays en développement et l’émergence des chaînes de valeur mondiales traduisent la disparition de la relation traditionnelle entre pays donneurs et pays bénéficiaires. Les pays en développement tissent de plus en plus de vrais liens commerciaux et d’investissement avec d’autres pays, et ce sur un pied d’égalité. Ils peuvent toujours recourir à l’expertise d’entreprises de pays développés pour pallier certaines difficultés dans le secteur des infrastructures ou de la santé, mais pas nécessairement sous forme d’aide.

Cette nouvelle approche du développement est stimulante. L’aide publique ainsi que, de manière croissante, le commerce et l’investissement privés participent à ce processus. Les chaînes de valeur mondiales offrent de nouvelles opportunités. La fragmentation du processus de production permet aux pays de se spécialiser sur une tâche spécifique au lieu de développer toute une industrie, qui présente des barrières à l’entrée plus élevées. Se spécialiser sur un segment de la chaîne de valeur peut accélérer le développement économique.

Cependant, les gains du secteur privé ne se propagent pas automatiquement au reste de l’économie. La difficulté est donc d’accroître la contribution du secteur privé aux objectifs publics de développement.

Dans le cadre des Objectifs de développement durable, cela signifie que la contribution du secteur privé est décisive, et que nous devons nous assurer que chacun peut en bénéficier. La meilleure manière, et aussi la plus responsable, d’attirer les échanges et l’investissement qui font cruellement défaut est de les associer au développement. Cela suppose de créer des conditions favorables, garantissant aux pays en développement des emplois décents, de meilleures conditions de vie et une prospérité partagée, tout en offrant aux entreprises l’accès à de nouveaux marchés, vastes et porteurs.

En termes d’action publique, créer des conditions favorables nécessite d’œuvrer sur plusieurs fronts, comme la qualité de la gouvernance, l’accès à l’éducation, la disponibilité des ressources financières. L’aide publique au développement peut utilement contribuer  à l’instauration de ces conditions favorables, notamment dans les pays les plus pauvres. Ces champs d’action relèvent précisément des domaines d’expertise de l’OCDE, qui peut aider à élaborer les politiques adaptées.

La conduite responsable des entreprises a un rôle tout particulier à jouer à cet égard. J’insiste souvent sur le fait qu’il ne faut pas considérer la responsabilité des entreprises comme une option. Elle est au cœur des modèles économiques modernes, et elle seule permet de faire des affaires de manière rationnelle. Les entreprises néerlandaises, pionnières de ce modèle, démontrent son efficacité et heureusement, de plus en plus d’entreprises leur emboîtent le pas. Nous avons beaucoup œuvré à son développement dans les industries du textile, du charbon et de l’huile de palme.

Nous devons aussi poser un regard critique sur le système d’échanges et d’investissement multilatéral. Celui-ci devrait encourager les échanges et les investissements internationaux et associer les pays en développement à l’économie mondiale. Il devrait également définir un cadre international pour que les pays puissent tirer profit de la mondialisation, tout en ménageant aux pouvoirs publics une marge de manœuvre suffisante pour en atténuer les effets négatifs. L’Accord sur la facilitation des échanges constitue une avancée positive dans cette direction, mais nous devons encore progresser. Nous devons aller plus loin sur les aspects encourageants du cycle de Doha, tout en veillant à ce que les accords commerciaux régionaux contribuent à renforcer l’inclusivité et la connectivité de l’économie mondiale.

Enfin, 2015 est une année importante pour le développement, avec la Conférence internationale pour le financement du développement d’Addis-Abeba et le sommet des Nations Unies, où seront adoptés le Programme de développement pour l’après-2015 et les Objectifs de développement durable. Mon ambition pour cette Semaine de l’OCDE est de faire de l’articulation échanges-investissement-développement une priorité majeure pour nous aider à atteindre nos objectifs.

Voir www.minbuza.nl

Travaux de l'OCDE sur les échanges

Travaux de l'OCDE sur l'investissement

Travaux de l'OCDE sur le développement

Conduite responsables des entreprises : quelle voie suivre ?


Thématiques du Forum de l'OCDE 2015

L'Observateur de l'OCDE

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Lilianne Ploumen 
Ministre du Commerce
extérieur et de la
Coopération au
développement
Pays-Bas

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© L'Annuel de l'OCDE
2015

 

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