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Investir dans une croissance robuste et inclusive

 

Bientôt sept ans se sont écoulés depuis l’effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008, qui a marqué le début de la plus grave crise économique et financière de notre époque. Le pire est derrière nous et l’économie mondiale se rétablit progressivement, mais bien plus lentement que lors des cycles précédents. Pour atteindre une croissance robuste et inclusive, il faudra beaucoup de travail et un effort concerté.

Sur le plan économique, la reprise hésitante ne s’est pas encore traduite par des emplois plus nombreux et de meilleure qualité. Trop de personnes sont au chômage, en contrat précaire ou quittent la population active. En outre, les marchés émergents commencent à perdre de la vitesse, freinant échanges et investissements mondiaux. La situation n’éclaire pas les perspectives pour les pays en développement et rend plus difficile pour nous tous de relever les défis urgents que sont le changement climatique, les inégalités grandissantes, la maladie ou la pauvreté.

Taux d’intérêt faibles, cours du pétrole bas et taux de change plus favorables apportent une bouffée d’oxygène, surtout en Europe, mais nous ne devons pas nous satisfaire du redressement des indices clés. Les citoyens attendent des solutions durables et exigent, à raison, que soit clairement tracée la voie vers un avenir meilleur.

L’année 2015 offre aux gouvernants l’occasion idéale de répondre à ces attentes. Trois sommets internationaux majeurs pourraient déclencher un nouvel élan vers une reprise inclusive, durable et mondiale : sur l’avenir du financement du développement (Addis-Abeba, en juillet), puis sur l’adoption de nouveaux Objectifs de développement durable, aux Nations Unies (New York, en septembre) et, en point d’orgue, sur la lutte contre le changement climatique à la COP21 (Paris, en décembre). Tous les regards seront braqués sur ces manifestations ; les dirigeants doivent comprendre qu’un échec n’est pas envisageable.

Cette année, la Semaine de l’OCDE constituera un prologue précieux à ces discussions cruciales : près de 2 000 dirigeants et représentants des entreprises, des syndicats et de la société civile se réunissent pour débattre lors de la Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres (RCM) et du Forum de l’OCDE, du 2 au 4 juin.

L’investissement, anémique depuis bien trop longtemps, est un thème central cette année. Déjà prioritaire pour le G20, cette thématique est primordiale pour le Premier ministre des Pays-Bas, M. Mark Rutte, qui présidera la RCM. Les Pays-Bas ont beaucoup à partager du fait de leur propre expérience concernant l’investissement à long terme dans les individus, les infrastructures, les technologies et la nature, puisqu’ils ont su transformer ce plat pays en l’une des économies les plus avancées.

Cylindre essentiel du moteur économique et social, l’investissement concerne les trois thèmes transversaux du Forum de l’OCDE de 2015 – société, durabilité, prospérité – explorés par cet Annuel de l’OCDE. La relance de l’investissement passera nécessairement par des réformes structurelles.

Durant la crise, l’investissement s’est nettement replié dans les économies avancées, et entre 2008 et 2014, l’investissement du secteur privé a été d’environ 25 % inférieur aux prévisions d’avant la crise. Sans rebond de l’investissement et de l’innovation, nous ne pourrons ni retrouver la croissance, ni développer les infrastructures, institutions et marchés indispensables pour relever le défi climatique et passer à une économie bas carbone, laquelle pourrait à son tour être le signe d’une prospérité future.

Pour maximiser la productivité et promouvoir le bien-être et l’inclusivité, il faut investir dans le capital, mais aussi dans les individus. Les pouvoirs publics devraient concevoir des programmes d’action complets grâce auxquels l’investissement générera des emplois plus nombreux et de meilleure qualité. Ces programmes devraient être axés sur l’éducation, les compétences des adultes et la recherche fondamentale, et promouvoir le capital intellectuel, moteur de la création de richesse dans les économies prospères. Ils devraient également comporter des mesures destinées à renforcer les services de protection sociale qui encouragent la participation au marché du travail, surtout parmi les femmes (système de santé efficace, garde d’enfants...).

L’investissement sera également déterminant pour les politiques de développement, notamment pour la réussite des nouveaux Objectifs de développement durable. Un défi, pour l’après-2015, sera de mobiliser financements privés et ressources nationales qui compléteront de manière productive l’aide au développement. À 135,2 milliards USD en 2014, égalant les niveaux record antérieurs, l’aide publique au développement reste vitale, surtout pour les pays pauvres et fragiles. Cependant, pour combler les vastes déficits infrastructurels et développer le potentiel dans des domaines tels que les transports, l’énergie renouvelable et les compétences, il faut davantage d’investissements privés et institutionnels.

En 2012 et 2013, les pays en développement ont reçu plus de 1 000 milliards USD d’investissement direct étranger. Cependant, en valeur ajoutée, l’Asie de l’Est, l’Europe et l’Amérique du Nord concentrent la majorité des échanges ; la part de l’Afrique, par exemple, dépasse à peine 2 %. Des réformes visant à réduire le coût des échanges, intégrer les marchés régionaux, exploiter les chaînes de valeur mondiales et enrayer la corruption permettraient d’augmenter cette proportion. Les fonds à investir existent, dans les réserves de trésorerie des entreprises et des investisseurs à long terme, comme les fonds souverains ou les fonds de pension. Le Cadre d’action pour l’investissement de l’OCDE, utilisé par plus de 30 économies émergentes et en développement, devrait s’avérer extrêmement utile pour aider les gouvernants à concevoir des programmes pour attirer ces fonds.

Le financement de l’investissement représente également un défi pour les pays de l’OCDE. Les banques restent prudentes, même si, grâce à diverses mesures d’assouplissement quantitatif, davantage de liquidités sont disponibles, comme en témoigne l’essor des marchés boursiers. Mais la confiance fait défaut, de même que le goût pour l’investissement à long terme ; seulement 1 % des actifs des assureurs, fonds de pension et fonds souverains à travers le monde servent à des investissements d’infrastructure (presque exclusivement dans les pays développés et émergents).

Parallèlement, de petites entreprises étant en quête de fonds, un marché est apparu pour les financements dits innovants, au nombre desquels le financement participatif, les obligations vertes ou les microcrédits, soutenant des activités nouvelles, notamment dans l’économie collaborative, qui modifie notre manière de travailler, voyager, réserver nos vacances, etc. Les gouvernants devraient faciliter l’expansion de ces investissements et proposer le type d’activités que, manifestement, les citoyens souhaitent.

Comme le montrent les articles de cet Annuel de l’OCDE, les citoyens réclament des solutions pragmatiques et réalisables, adaptées à leur situation, mais ils ne veulent pas revenir au monde d’avant la crise et ne se laisseront pas berner si l’on essaie de faire du neuf avec du vieux. Ils exigent des résultats. Et avec les nouvelles technologies et les nouveaux modes de communication, ils n’attendront pas.

L’OCDE a beaucoup appris durant la crise. Elle a mené une analyse féconde et instructive sur des réflexions et démarches inédites dans le cadre de son Initiative relative aux nouvelles approches face aux défis économiques (NAEC). Grâce à nos forums et à l’utilisation dynamique qui est faite partout dans le monde de l’Indicateur du vivre mieux de l’OCDE, nous construisons une image plus claire de ce qui fait un monde meilleur, et nous sommes convaincus que le changement est à notre portée. Nous avons désormais besoin du leadership, de la coopération et de la détermination qui permettront de lui donner corps.

Jusqu’à présent, 2015 a été une année éprouvante : brutales attaques terroristes à Paris en janvier, massacres au Moyen-Orient et en Afrique, décès tragiques de migrants en Méditerranée, nombreuses tensions géopolitiques et séismes dévastateurs au Népal. Rester positif dans ce contexte est un défi en soi.

Mais au prix d’un effort collectif, 2015 pourra s’achever favorablement pour chacun, pour notre planète et notre prospérité à venir. Comme le disent les Néerlandais, Voor niets gaat de zon op : on n’a rien sans rien. Alors, retroussons-nous les manches et faisons en sorte que 2015 reste dans l’histoire comme l’année où, enfin, nous aurons concrétisé nos rêves.

www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral

www.oecdobserver.org/angelgurria

 

Thématiques du Forum de l'OCDE 2015

L'Observateur de l'OCDE

‌‌‌‌Angel Gurría

Angel Gurría
Secrétaire général de
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2015

 

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