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Évoluer plus vite que le climat

 

La transition vers une économie bas carbone est réalisable, mais nécessite davantage de concertation et de cohérence à travers un éventail de mesures gouvernementales, allant des permis échangeables à des normes strictes.

Le changement climatique ne doit pas nous distancer. Les gouvernements veulent limiter l’accroissement de la température mondiale à moins de 2 °C, ce qui suppose de ramener à zéro ou en deçà les émissions atmosphériques nettes de gaz à effet de serre (GES) dues aux activités humaines d’ici la fin du siècle. Dans cette optique, les émissions de GES mondiales devront, en 2050, avoir baissé d’environ 40-70 % par rapport à 2010.

Les principaux émetteurs mondiaux ont signifié leur volonté d’entreprendre une action collective forte. La déclaration signée à Beijing entre les États-Unis et la Chine, en novembre 2014, a donné une impulsion politique aux efforts de longue haleine en faveur d’économies bas carbone et résilientes. Les États-Unis doivent réduire leurs émissions de 28 % par rapport à 2005 d’ici 2025, tandis que la Chine a annoncé que les siennes atteindraient leur pic vers 2030. Le paquet « climat-énergie » de l’UE, qui prévoit une réduction de 40 % des émissions par rapport à 1990 d’ici 2030, est un autre exemple de volonté politique en matière de climat. La conférence de l’ONU sur le changement climatique (COP21) de Paris, fin 2015, entend miser sur cet élan pour aboutir à un nouvel accord sur l’action climatique post-2020.

Cette action sera-t-elle suffisante pour changer la donne ? Le quota global d’émissions de CO2 à ne pas dépasser si l’on veut limiter le réchauffement à 2 °C sera bientôt épuisé. Au-delà, l’investissement dans l’exploration, la production et la consommation de combustibles fossiles accroîtrait les risques climatiques, sauf si le captage et le stockage du CO2 augmentent proportionnellement, ou si les gouvernements et les entreprises sont prêts à sacrifier prématurément de grandes quantités de capital. Jusqu’ici, cela ne semble pas être le cas, à en juger par la mode de la fracturation hydraulique. Toutefois, l’intérêt récent porté par la Banque d’Angleterre aux risques financiers liés aux combustibles fossiles montre l’importance de gérer les risques climatiques inhérents à nos économies.

Une action efficace pour le climat passe par des politiques publiques concertées. Or, les 55 à 90 milliards USD que les pays de l’OCDE consacrent chaque année à soutenir la consommation et la production d’énergies fossiles ne vont manifestement pas dans ce sens. Dans les économies en développement et émergentes, on estime à 548 milliards USD les dépenses en faveur des consommateurs de combustibles fossiles. Parallèlement, les recherches de l’OCDE montrent à quel point certaines initiatives de réduction des émissions sont devenues coûteuses, sans pour autant produire d’effets réels. Des exonérations et des accords spécifiques privent même les mesures les plus raisonnables, telles que les systèmes d’échange de droits d’émission ou les taxes carbone, de leur utilité, ne les rendant que plus complexes et coûteuses. Ce dédale des prix du carbone doit être simplifié dans un souci d’efficacité. Mais au-delà des prix, il faut également des mesures claires, fortes et adaptables.

Engager dès maintenant une action efficace permettrait à l’ensemble des pays d’éviter des pertes de PIB annuel de l’ordre de 1 à 3,3 % d’ici 2060. Dans le cas contraire, ces pertes pourraient s’amplifier après 2060, et le risque de franchir des points de basculement pourrait augmenter. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), durant les 20 prochaines années, des dépenses d’équipement cumulées de plus de 50 000 milliards USD devront être consacrées à l’approvisionnement et à l’efficacité énergétiques pour atteindre l’objectif de 2 °C. Les finances publiques sont toutefois confrontées à de sévères restrictions : mobiliser des financements privés est donc capital. En 2013, les investisseurs institutionnels détenaient près de 93 000 milliards USD d’actifs dans les pays de l’OCDE, dont seulement une petite partie était investie dans des infrastructures bas carbone. C’est insuffisant. Accroître l’investissement institutionnel nécessitera des politiques de qualité en faveur de cet investissement, ainsi que des signaux-prix clairs et une action publique cohérente.

Mettre en place une action efficace et cohérente contre le changement climatique demandera aux dirigeants de voir au-delà des mesures climatiques traditionnelles. La vitesse et le coût de la transition vers la sobriété carbone dépendront de l’interaction entre les signaux envoyés par les politiques publiques et la réglementation dans un nombre grandissant de domaines. L’OCDE s’emploie, avec ses organisations apparentées (AIE, Forum international des transports et Agence pour l’énergie nucléaire), à identifier les principaux défauts d’alignement des politiques et à aider les gouvernements à dénouer le tissu de réglementations qui s’est développé autour de l’économie fossile. Cela exige d’étudier la relation entre des secteurs tels que l’eau, l’énergie et la production alimentaire, au croisement de plusieurs Objectifs de développement durable (ODD). L’OCDE a également commencé à intégrer les questions climatiques dans ses célèbres études économiques et compte publier une étude générale des politiques climatiques nationales dans les pays de l’OCDE et ailleurs avant la COP21, qui se tiendra à Paris en décembre.

Les engagements de réduction des émissions et de financement des États doivent se traduire par des mesures et des actions performantes. Il faudra miser sur les villes, pôles de création de richesses, de croissance démographique et d’utilisation de ressources, au travers des administrations régionales et municipales, de même que sur le dynamisme du secteur privé et sur son savoir-faire en matière technologique, de gestion de projets et d’investissement. Des investissements publics et privés en R&D ouvriront non seulement la voie aux nouvelles technologies nécessaires pour des activités bas carbone, mais créeront également de nouvelles opportunités économiques.

La transformation nécessaire de nos économies est réalisable, mais ne se concrétisera pas sans un effort délibéré et concerté. Elle ne se produira pas plus si nous voyons l’action climatique comme une contrainte économique. Les travaux de l’OCDE sur la productivité et la réglementation environnementale montrent que les politiques strictes, qui se sont multipliées ces dernières années, incitent à innover davantage et à améliorer l’efficience, et favorisent les entreprises de pointe.

Ce sont les politiques et non les techniques qui retardent aujourd’hui le progrès. Le message de l’OCDE est simple : la tarification du carbone est essentielle, mais pas suffisante. Les gouvernements doivent aller plus loin et s’attaquer aux verrous institutionnels, contractuels et réglementaires qui favorisent des acteurs établis de longue date et leurs techniques polluantes, car ce sont ces mesures qui détruisent notre planète. S’ils y parviennent, la transition bas carbone sera réalisable.



 

Références

Voir www.oecd.org/fr/environnement/cc et www.observateurocde.org/Changement_climatique

 

Pour plus d’informations sur la 21e Conférence des parties (COP21) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), voir www.cop21.gouv.fr/fr

 

 

 

OCDE-AIE-FIT-AEN (2015), Aligning Policies for a Low-Carbon Economy, Éditions OCDE

 

OCDE (2015), Mobilising private investment in clean energy infrastructure – What’s happening?, Synthèse OCDE, Éditions OCDE

 

OCDE (2014), Green growth: Environmental policies and productivity can work together, Synthèse OCDE, Éditions OCDE

 

OCDE (2013), Inventory of Estimated Budgetary Support and Tax Expenditures for Fossil Fuels 2013, Éditions OCDE

 

OCDE (2013), Prix effectifs du carbone, Éditions OCDE, Paris

 

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