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L’entrepreneuriat citoyen : créer un espace pour une économie plus collaborative

 

Les entrepreneurs sociaux et les pouvoirs publics ne parlent pas la même langue. Leur compréhension mutuelle est pourtant essentielle pour que les entreprises que nous faisons naître et prospérer permettent de mener une vie de qualité.

Bien que les nouveaux entrepreneurs et les gouvernements partagent l’objectif d’une société en meilleure santé, leur collaboration demeure un défi, qu’il s’agisse d’intégrer les ambitions, les valeurs et les cultures différentes des entrepreneurs (sociaux), des fonctionnaires et des politiciens, ou d’être en phase pour accepter, planifier et appliquer des solutions sociétales portées par des citoyens entrepreneurs.

Quel rôle les entreprises jouent-elles dans la création d’espaces pour l’entrepreneuriat social et une économie plus collaborative ? Et en quoi les pouvoirs publics favorisent-ils ou non cet entrepreneuriat d’inspiration citoyenne ?

Alors que les entrepreneurs sociaux cherchent d’abord à exercer une influence, ils consacrent une grande partie de leur temps et de leur énergie à évoluer dans un paysage où « faire des affaires » et « faire du bien » ne sont pas suffisamment complémentaires.  

La réglementation applicable est parfois nébuleuse pour les innovateurs, et le transfert de la charge du service public aux entreprises sociales – dans les domaines par exemple de la santé, de l’emploi ou de l’écologie – obéit à un protocole relativement tacite qui n’a que peu, voire pas donné lieu à des négociations sur la transition et les ressources. De ces ambiguïtés découlent des attentes divergentes. La relative nouveauté des entreprises sociales pour certains acteurs du secteur public impose de définir et de délimiter ce secteur naissant. Parfois même, la réaction qui mène à réglementer, légiférer, taxer ou contenir des idées émergentes est en soi une limitation du potentiel d’innovations susceptibles d’améliorer l’existence.

Dans une société avide de résultats rapides et rationnels, nous échouons souvent à laisser un espace suffisant pour tester des initiatives. L’échec même peut être instructif : « Autorisez les expériences, peut-être seront-elles source de surprises », a déclaré un participant à un récent atelier d’innovation sur le renouveau sociétal, qui a réuni aux Pays-Bas des entrepreneurs sociaux et des fonctionnaires. Plus spécifiquement, nous devons expérimenter de nouveaux outils de collaboration et tester de nouveaux mécanismes de financement de cette innovation sociétale. C’est dans cet espace que les pouvoirs publics, à tous les niveaux, ont la responsabilité de faire un choix intéressant : aider ou entraver l’émergence de la nouveauté.

Compte tenu du caractère systémique de nombre de nos défis socio-économiques et environnementaux, notre première tâche d’entrepreneurs (et de responsables de l’action publique) est d’admettre que la complexité des enjeux impose une multiplicité de perspectives. Dans une société fondée sur des valeurs, il est impossible de tout quantifier. Comment, dès lors, évaluer et faire connaître les progrès accomplis si le changement sociétal n’est pas linéaire ? La pensée systémique impose d’étudier les répercussions de toute action sur d’autres pans du système concerné. Un système est un tout dynamique et complexe, qui nous force à examiner comment le chaos apparent aboutit en temps utile à un ordre naturel, ce délai nous aidant à comprendre l’évolution systémique. Les acteurs publics qui ont cette approche clairvoyante sont idéalement placés pour être les instigateurs de perspectives multiples, d’expériences nouvelles et d’outils à tester. Pour beaucoup, en particulier ceux qui ont à cœur de rendre des comptes à leur public, l’ambiguïté qui accompagne l’innovation et la nouveauté est inconfortable.

C’est pourquoi les communautés d’entrepreneurs sociaux, qui créent des espaces sanctuarisés pour transformer leurs idées en modèles économiques viables et leurs échecs en leçons, sont confrontés au défi supplémentaire de former leurs interlocuteurs au paradigme même qui sous-tend leur idéalisme et leurs expérimentations. Alors que les pouvoirs publics applaudissent souvent les idées nouvelles, leur incapacité à apprendre en même temps que leurs citoyens peut les éloigner de contextes qui leur permettraient de comprendre quelles politiques sont utiles en pratique.

C’est peut-être dans cet espace un peu inconfortable – où la réponse n’est pas encore connue – qu’on peut trouver une place pour commencer à poser de nouvelles questions sur les systèmes et les structures que nous créons en interagissant. C’est dans cet espace que les véritables innovations peuvent naître, ouvrir de nouvelles voies pour résoudre certains défis sociaux qui nous semblent insolubles et nous permettre de passer à une économie plus créatrice. De manière collaborative.

 

Voir www.impacthubamsterdam.nl

http://amsterdam.impacthub.net

 

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‌‌‌‌Tatiana Glad

Tatiana Glad
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