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Des emplois meilleurs et plus nombreux pour une reprise inclusive

 

Le monde répare encore les dégâts que la crise a occasionnés aux perspectives de l’emploi et à l’égalité sociale. Les gouvernements s’efforcent de créer non seulement plus d’emplois,  mais aussi des emplois de meilleure qualité. Un nouveau cadre de l’OCDE les aide à définir la « qualité de l’emploi » et à évaluer l’efficacité de leurs politiques.

La reprise est là, mais les marques de la crise demeurent bien visibles sur le marché du travail. Les chômeurs, surtout ceux de longue durée, et les jeunes n’ayant pu décrocher un premier emploi ont payé un lourd tribut aux plans personnel, économique et social. Et un nombre de plus en plus important de personnes qui ont réussi à garder leur emploi ou à en retrouver un connaissent également des difficultés matérielles dues à la stagnation, voire à la diminution des revenus, aux contraintes professionnelles accrues et à une précarité croissante.

La crise a également creusé les inégalités sur le marché du travail. Dans de nombreuses économies avancées, les emplois créés ont trop souvent été des emplois de durée déterminée ou temporaires, tandis que, dans les pays émergents, ils tendent à se concentrer dans l’économie informelle, non régulée. Cela accentue les tendances d’avant-crise au développement de l’emploi atypique, souvent précaire, et grossit le nombre de personnes qui ne bénéficient ni de protection sociale, ni de la législation du travail.

À l’évidence, il est non seulement nécessaire de créer des emplois, mais aussi des emplois de meilleure qualité. C’est aujourd’hui le grand défi de nombreux gouvernements, clairement énoncé dans la déclaration des dirigeants du G20 adoptée au Sommet de Brisbane, en novembre 2014.

Cette importance croissante de la qualité des emplois dans le débat politique ne s’est pas encore traduite en mesures concrètes, en partie parce qu’il est difficile de définir et de quantifier une telle notion. Quels aspects qualitatifs sont les plus déterminants pour le bien-être des travailleurs ? Comment les mesurer ? Comment varie la qualité des emplois entre pays et catégories socioéconomiques ? Que peuvent les décideurs pour la favoriser et pour soutenir la création d’emplois quand la reprise sur le marché du travail est encore timide ?

Le cadre de qualité des emplois

Pour répondre à ces questions, l’OCDE a élaboré un nouveau cadre de mesure et d’évaluation de la qualité des emplois. Dans le prolongement de l’influent rapport de la Commission Stiglitz sur la mesure des performances économiques et du progrès social, et en lien avec l’Initiative du vivre mieux de l’OCDE, ce cadre porte sur des résultats individuels, leur répartition parmi les travailleurs et certains aspects qualitatifs, essentiellement objectifs. Trois dimensions complémentaires y sont retenues comme étant les plus déterminantes pour le bien-être des travailleurs et se prêtant le mieux à une action des pouvoirs publics.

La première dimension est la qualité des revenus, soit la contribution de l’emploi au niveau de vie matériel des travailleurs. Elle couvre à la fois le niveau des revenus et leur répartition parmi la population active. Le revenu moyen offre une excellente base pour déterminer si le fait d’avoir un emploi garantit de bonnes conditions de vie ; la répartition des revenus a une incidence sur le bien-être et les résultats économiques.

Vient ensuite la sécurité sur le marché du travail. Pour les économies avancées, il s’agit du risque de chômage et, le cas échéant, de l’aide au revenu octroyée aux travailleurs. Pour les économies émergentes, où l’économie informelle est omniprésente et la protection sociale déficiente, le chômage déguisé et le sous-emploi assorti de salaires dérisoires sont pris en compte.

Troisième dimension, la qualité de l’environnement de travail rend compte d’aspects non économiques et reflète l’incidence des tensions susceptibles de nuire à la santé ou au bien-être des travailleurs. Ces tensions apparaissent lorsque les travailleurs sont soumis à de fortes contraintes (manque de temps ou conditions de travail préjudiciables à la santé) que les faibles ressources disponibles ne permettent pas de lever (manque d’autonomie, de formation, etc.).

La mission n’a rien d’impossible

La qualité des emplois selon les trois dimensions de notre cadre peut être évaluée en parallèle à un indicateur quantitatif classique, le taux d’emploi – soit la proportion d’actifs occupés parmi la population en âge de travailler – dans 35 économies de l’OCDE et pays émergents.

Les différences entre pays en termes de qualité du revenu tiennent essentiellement aux écarts de revenu moyen, mais l’ampleur des inégalités de revenu joue aussi un rôle significatif. C’est au Danemark et en Norvège que la qualité du revenu est la meilleure, en Afrique du Sud et au Mexique qu’elle est la plus médiocre, le niveau de revenu y étant faible et les inégalités prononcées. S’agissant de la sécurité sur le marché du travail, les pays les plus sûrs sont ceux où le risque de chômage est bas, comme la Norvège et la Suisse, et ceux où le système d’indemnisation est efficace pour limiter l’impact du chômage sur le revenu, comme l’Allemagne ou la France. D’autres pays, dont l’Afrique du Sud, l’Espagne et la Grèce, se voient au défi de réduire le risque de chômage, ce qui tient de la gageure.

Concernant la qualité de l’environnement de travail, les pays les mieux notés sont ceux qui conjuguent ressources abondantes et faible proportion d’emplois excessivement pénibles. On remarquera que les résultats de certains pays, tels l’Italie, la France ou l’Espagne, sont grevés par le manque de ressources malgré une pénibilité extrême relativement contenue.

Jeunes et travailleurs peu qualifiés forment le groupe sociodémographique le plus susceptible de cumuler risque élevé de chômage et emplois de mauvaise qualité. Les travailleurs très qualifiés, eux, ont généralement plus de chances d’avoir un emploi, qui plus est d’excellente qualité. Les femmes aussi sont nettement désavantagées : un large fossé les sépare des hommes sur les plans de l’emploi, de la qualité des revenus et de la sécurité sur le marché du travail.

Il est important de noter que, pour les pays avancés, la quantité et la qualité des emplois ne semblent pas s’exclure. Au contraire, la quantité d’emplois et les différentes dimensions de la qualité des emplois tendent à entretenir une corrélation positive au niveau des pays, des groupes de population et des individus. Avec les bonnes mesures et les bonnes institutions, les marchés du travail doivent donc pouvoir fonctionner correctement à tous égards. Pour réduire les inégalités sur le plan quantitatif comme sur le plan qualitatif, les politiques devraient viser les travailleurs qui ont tendance à connaître des difficultés – à commencer par les jeunes et les travailleurs peu qualifiés.

À l’inverse, dans les pays émergents, quantité et qualité ne vont pas toujours de pair. Le principal problème de ces pays n’est généralement pas le chômage mais l’absence d’emplois correctement rémunérés et protégés. Il convient donc d’agir sur la qualité des emplois, à travers ce qui pourrait – et devrait – être une stratégie gagnante à tous les égards : croissance économique, stabilité sociale et inclusivité.

Voir www.oecd.org/fr/emploi/emp/perspectives-de-l-emploi-de-l-ocde-19991274.htm  
et www.oecd.org/fr/statistiques/comment-va-la-vie-23089695.htm 

Durand, Martine (2012), « Mesurer le progrès : de la boussole au GPS », L’Annuel de l’OCDE 2012, Éditions OCDE

Scarpetta, Stefano (2014), « L’emploi, enjeu capital d’une croissance inclusive », L’Annuel de l’OCDE 2014, Éditions OCDE

OCDE (à paraître), Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2015, Éditions OCDE

OCDE (2014), Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2014, Éditions OCDE

OCDE (2013), Comment va la vie ? Mesurer le bien-être, Éditions OCDE

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