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L'emploi, enjeu capital d'une croissance inclusive

 

Malgré la multiplication des signes de reprise, le chômage et le sous-emploi restent obstinément élevés dans de nombreux pays. Favoriser la création d’emplois est aujourd’hui le défi majeur de nombreux gouvernements à travers le monde.

 

Perdre son emploi lorsque les offres sont rares et la concurrence féroce serait une épreuve pour quiconque. Mais rester sans travail pendant une longue période peut laisser des cicatrices à long terme. Malheureusement, six ans après le début de la crise, ces effets sont patents et exigent l’attention des pouvoirs publics.

 

À la fin de 2013, un chômeur sur deux était sans emploi depuis 12 mois ou plus dans la zone euro, soit au total 17 millions de personnes. C’est pratiquement deux fois plus qu’en 2007, et le chômage de longue durée a explosé parmi les travailleurs peu qualifiés.

 

Une longue période de chômage peut entraîner une érosion des qualifications, une dégradation de l’état de santé et une perte de motivation. Elle accroît le risque de sortie pure et simple du marché du travail, ou tout au moins celui d’avoir à accepter un emploi médiocre. Cela se traduit souvent par un phénomène d’exclusion et une plus grande démotivation, qui peuvent retentir sur le climat social tout en faisant pression sur les finances publiques et la productivité à long terme.

 

La crise a particulièrement touché les jeunes. En Europe, près d’un jeune sur quatre est sans emploi, et le taux de chômage des jeunes dépasse largement 30 % au Portugal et en République slovaque, 42 % en Italie, 55 % en Espagne et 58 % en Grèce. Il est également très élevé dans certaines économies émergentes, à 52 % en Afrique du Sud, par exemple. Dans d’autres pays, de nombreux jeunes doivent se contenter d’emplois précaires, mal payés et sans couverture sociale dans le secteur informel.

 

Le taux de chômage n’est qu’un aspect de la situation. Si le chômage a conduit certains jeunes à poursuivre leurs études et à différer leur recherche d’emploi afin d’améliorer leurs qualifications, d’autres ne se donnent même plus la peine de chercher du travail. Dans la zone OCDE, près d’un jeune sur six (entre 15 et 24 ans) est au chômage ou, pire, ni étudiant, ni employé, ni stagiaire.

 

Pour ne rien arranger, nombre de gouvernements sont encore confrontés à la tâche extrêmement difficile d’avoir à « faire plus avec moins » puisqu’ils doivent venir en aide, socialement et professionnellement, à des millions de personnes, tout en s’efforçant de réduire des déficits publics sans précédent.

 

Le chômage ne reculera pas sans un retour à une croissance soutenue. Mais la croissance à elle seule ne peut garantir la création d’emplois, comme en témoignent les épisodes récents de « croissance sans emploi ». Il faut des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, offrant des perspectives décentes, pour enclencher un cercle vertueux entre confiance dans l’avenir et croissance durable. Un large éventail de réformes structurelles sont également nécessaires pour accroître la concurrence et la productivité, ainsi que des politiques qui orientent les travailleurs vers des emplois plus productifs, accompagnent les demandeurs d’emploi et protègent les plus vulnérables.

 

Aider les jeunes à prendre un bon départ dans leur carrière est une priorité absolue. C’est pourquoi nous avons élaboré le Plan d’action pour les jeunes, lancé lors de la Réunion ministérielle du Conseil de l’OCDE de mai 2013. Il associe des mesures à court terme pour stimuler la création d’emplois à des réformes plus profondes pour améliorer l’accès à l’emploi, la formation et l’adéquation des compétences.

 

Une croissance inclusive suppose à la fois un plus fort taux d’activité et des emplois plus productifs, mieux rémunérés, et donc plus attractifs. Il faudrait accroître le taux d’activité des femmes, par exemple, et veiller à ce qu’elles ne soient pas contraintes d’exercer des emplois peu productifs et mal payés, sans perspectives d’avancement. Il n’est pas normal que les femmes se sentent obligées de travailler dans le secteur informel, sans bénéficier d’aucune protection, comme c’est souvent le cas dans les pays émergents. Sachant que la population active va diminuer dans de nombreux pays membres et partenaires de l’OCDE au cours des 20 prochaines années, et que les femmes obtiennent de plus en plus souvent de meilleurs résultats que les hommes sur le plan scolaire, des politiques qui encouragent leur activité et lèvent les obstacles structurels à leur l’accès à l’emploi seraient sans doute très bénéfiques et rendraient nos sociétés plus résilientes et plus inclusives. Cela vaut aussi pour d’autres groupes sous-représentés sur le marché du travail : jeunes, handicapés, travailleurs peu qualifiés et travailleurs âgés.

 

Notre chemin est semé d’embûches, mais avec les bons outils et une coopération efficace, notamment entre les partenaires sociaux, les gouvernements pourront non seulement aider des millions de personnes à retrouver un emploi, mais aussi faire en sorte que le travail soit plus inclusif et plus rémunérateur pour chacun.

 

Voir www.oecd.org/fr/emploi

L'édition 2014 du Forum de l'OCDE

 

Stefano Scarpetta

Stefano Scarpetta,
Directeur, Direction de l'emploi, du travail et des affaires sociales de l'OCDE

© OCDE

© L'Annuel de l'OCDE 2014

 

 

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