Donner leur chance aux jeunes

 

Les jeunes sont exclus de la vie économique à cause du chômage et des obstacles à la création d’entreprise. Libérer l’énergie, l’esprit d’entreprise et le génie technologique des jeunes n’est pas qu’un impératif moral, c’est une nécessité économique.

Nous vivons un temps de crise pour la jeunesse du monde entier. Selon l’Organisation internationale du travail, le chômage mondial des jeunes s’établit à 12,9 %. D’après l’OCDE, il dépasserait les 16 % en moyenne dans les plus grandes économies mondiales, l’emploi des jeunes ayant chuté de 7 points par rapport à son niveau d’avant la crise. Il faut y voir l’un de nos plus cuisants échecs depuis le début du ralentissement de l’activité économique : nous sommes incapables ou politiquement peu désireux de faire significativement participer les jeunes à l’économie. Cette défaillance ne menace pas seulement le système économique mondial, mais aussi la cohésion de nos sociétés.

Pour les jeunes, le marché du travail n’a pas été aussi difficile depuis des décennies, engendrant des conséquences potentiellement dramatiques sur leur vie et leur avenir. Non seulement ils tardent à trouver un emploi sérieux, mais certains ne parviendront jamais à se construire une carrière professionnelle. Ceux qui trouvent un emploi après une période de chômage gagneront environ 8 % de moins et connaîtront une progression de carrière plus lente que celle de leurs pairs entrés directement dans la vie active. Là encore, il s’agit d’une défaillance de nos sociétés : quand un fossé apparaît, il a tendance à perdurer, alimentant ainsi un cycle persistant de pauvreté et d’inégalité.

En outre, s’ils ont besoin de travailler, les jeunes aspirent également à occuper des emplois de qualité répondant à leurs besoins. Or, cet aspect est négligé. Créer des conditions favorisant l’emploi de personnels surqualifiés à des postes sans qualification et peu payés n’a pas de sens. Et un nombre scandaleux de jeunes qui trouvent un emploi sont des travailleurs pauvres ─ ceux-ci seraient peut-être même plus nombreux que les jeunes chômeurs. Gagner trop peu pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, moins qu’un salaire de subsistance, nous rappellent un passé révolu. Sans surprise, c’est une immense source de frustration et de ressentiment.

À court terme, l’exclusion des jeunes du marché du travail affecte autant les individus que les sociétés. Mais surtout, elle retarde les étapes clés du passage à la vie adulte : l’indépendance, le mariage ou l’installation avec un(e) partenaire, enfin la fondation d’une famille. Il ne s’agit pas de repères sociaux flous ; ils s’avèrent indispensables à la santé et au bien-être, concourant pour beaucoup à préserver la santé mentale et à prévenir l’exclusion. Au niveau sociétal, les jeunes marginalisés, exclus et privés d’espoir contribuent à l’agitation sociale, à la délinquance, à l’instabilité et à une perte de confiance en la capacité des pouvoirs à reconnaître les besoins de tous et à y pourvoir.

À long terme, cette exclusion précoce de l’activité professionnelle devient endémique et structurelle. Le faible niveau de revenu et la situation professionnelle précaire augmentent la probabilité de modes de vie et de maladies associés à la pauvreté, notamment le diabète ou les troubles cardiaques. Des facteurs socioéconomiques plus larges entrent également en ligne de compte, réduisant les perspectives de santé et la productivité de la génération actuelle de jeunes et, à terme, de la suivante.

C’est un désastre qui est en train de se produire, non seulement pour les individus concernés mais pour la société en général.

Voilà à quoi ressemble l’avenir des jeunes d’aujourd’hui. Cette réalité est encore plus dure si on la compare aux opportunités dont ont bénéficié les générations précédentes. Les baby boomers sont nés dans une période de paix sans précédent, où l’éducation était gratuite et généralisée. Le marché du travail offrait de nombreux débouchés professionnels ; un seul revenu suffisait à combler les besoins de toute une famille ; l’achat d’un logement permettait de s’enrichir. Ils ont en outre bénéficié d’un accès presque gratuit à des soins de santé qui se sont rapidement améliorés ; enfin, ils peuvent désormais prétendre à une longue retraite assortie de pensions généreuses.

©Mario Tama/Getty Images/AFP

Aux yeux des plus jeunes, il semble extraordinaire que cette génération aux acquis multiples laisse si peu derrière elle. Cette même génération a supervisé la plus forte exploitation des ressources naturelles de l’histoire moderne, mais n’a jamais pris les décisions politiques et économiques indispensables à la préservation de la planète, afin que celle-ci puisse subvenir aux besoins des générations futures. En définitive, ceux qui cessent de travailler aujourd’hui vont vivre plus vieux et le plus souvent dans le confort, alors que les générations suivantes auront à gérer une multiplicité de catastrophes environnementales, une dette sans précédent et non viable, une population vieillissante et de maigres perspectives économiques. Quelle façon de sortir de scène !

Dans ce contexte, ne pas lutter immédiatement et efficacement contre le chômage des jeunes serait non seulement une folie économique mais aussi une faillite morale. La solidarité intergénérationnelle doit inclure des actions visant à redonner espoir en l’avenir et à combler les attentes des jeunes. De fait, les pouvoirs publics de nombreux pays commencent à reconnaître l’ampleur du problème et l’importance qu’il revêt pour leur électorat.

Les recommandations de l’OCDE et d’autres organisations internationales sont simples : s’assurer  que la demande soit suffisante, et déployer des mesures ciblant spécifiquement les moins de 25 ans. Les entreprises se plaignent que leurs écosystèmes de réglementation et de fiscalité soient hostiles et étouffent leur capacité à investir dans de jeunes salariés. Certaines entreprises projettent toutefois de mettre en place des dispositifs d’apprentissage ; l’Allemagne, qui a su maintenir les jeunes dans l’emploi, fait figure de modèle pour certains.

Plus encore, la réglementation applicable aux start-ups et l’accès restreint des jeunes au crédit constituent des obstacles déterminants à l’innovation et à l’entrepreneuriat. Le potentiel économique et sociétal de cette génération de jeunes bien formés est immense. Ils sont idéalement placés pour capitaliser sur l’explosion des nouvelles technologies et sur une plus grande interconnectivité mondiale, et emploient déjà ces technologies pour remodeler nos sociétés et nos démocraties.

Nous devons nous assurer que les ressources, le financement et la réglementation sont de nature à permettre à cette génération de s’en sortir. Malheureusement, et en dépit de bonnes intentions, une grande partie de ce qui pourrait rendre les jeunes entrepreneurs plus performants (crédits, financements de la recherche, dispositifs à destination des start-ups, achats publics et suppression des obstacles systémiques budgétaires et réglementaires, etc.) favorise plutôt les grandes entreprises et les institutions en place, au détriment des nouveaux arrivants. Nous étouffons les forces vitales de nos économies. Il faut donc revoir notre copie d’urgence.

Ce qui est un problème économique pourrait devenir une tragédie humaine. On ne peut pas se permettre d’abandonner une génération dont le seul tort est d’être née au mauvais moment. Simplifier l’accès aux débouchés créés par les start-ups et favoriser l’entrepreneuriat est essentiel et rentable. Il est grand temps que la génération arrivée au sommet transforme sa rhétorique et ses aspirations politiques en énergie et en mesures actives pour créer les conditions d’un changement qui fera d’une génération « perdue » une génération « retrouvée ».

 

Références et liens recommandés

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Par Monika Kosinka, Secrétaire générale, Alliance européenne de Santé publique
 

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