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Faire de la croissance inclusive une réalité

 

Les inégalités se sont creusées, nuisant aux économies et aux sociétés. Une croissance inclusive peut-elle fonctionner ? Oui, mais nous devons pour cela renouveler notre réflexion et nos approches : de ce constat sont nées d’importantes initiatives de l’OCDE.

 

Les bienfaits de la croissance économique ne ruissellent pas automatiquement. Cette assertion contredit peut-être l’orthodoxie économique, mais elle a été confirmée par la crise. La longue période de croissance qui a précédé la crise financière s’est caractérisée par une montée des inégalités de revenus, mais aussi des chances. Nos systèmes économiques, malgré leurs atouts, ont généré et perpétué des décennies durant des disparités sociales qui ont empiré depuis 2008. Nous devons inverser cette tendance et faire en sorte que la prochaine phase d’expansion économique profite au plus grand nombre. Nous avons appris de la crise et, maintenant que la reprise s’installe, nous avons l’opportunité d’instaurer une croissance plus inclusive. L’OCDE est prête à apporter sa contribution à la réalisation de cet objectif.

 

Les inégalités ont atteint des proportions inacceptables dans de nombreux pays. En 2010, dans les pays de l’OCDE, le revenu moyen du décile le plus riche était de 9,5 fois supérieur à celui du décile le plus pauvre, soit l’écart le plus marqué des 30 dernières années. Dans d’autres parties du monde, notamment en Afrique du Sud, en Inde ou en Indonésie, les inégalités se sont aussi sensiblement creusées. Elles n’ont régressé que dans de rares pays, d’Amérique latine notamment, qui partaient d’un niveau d’inégalité très élevé. Ainsi au Brésil, l’écart entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres s’est rétréci, pour s’établir néanmoins à 50 pour 1. Dans de nombreux pays, les travailleurs peu rémunérés travaillent de plus en plus dur, sans pour autant progresser dans l’échelle sociale. Aux États-Unis, tandis que le nombre moyen d’heures travaillées pour les bas salaires avait davantage augmenté que dans d’autres pays de l’OCDE avant la crise, le revenu des ménages au bas de l’échelle a en fait diminué. Les conséquences pernicieuses du creusement des inégalités, toutefois, vont au-delà du seul revenu : l’accès à l’emploi, à la santé et à l’éducation est conditionné par le statut socio-économique.

 

La crise a amplifié le phénomène. Dans la moitié au moins des pays de l’OCDE, les inégalités de revenus se sont davantage creusées au cours des trois premières années de la crise (2007- 2010) que dans les 12 années précédentes. Les retombées de la crise ont été inégalement réparties. Les groupes vulnérables ont payé l’ajustement au prix fort. Ainsi, le taux de chômage des jeunes pour l’ensemble de la zone OCDE était de 16 % en 2013, soit le double du taux global. Et les perspectives d’emploi demeurent décourageantes dans bien des pays : l’accès équitable à un emploi de qualité est aujourd’hui plus difficile à atteindre, les contrats atypiques représentant désormais 40 % de l’emploi total. Parallèlement, le phénomène des travailleurs pauvres s’accentue pour toucher maintenant 8 % de la population totale. En Espagne, aux États-Unis, en Grèce, en Israël et au Japon, le taux de travailleurs pauvres peut atteindre jusqu’à 12 %. Ce taux est bien supérieur dans les pays émergents et en développement, du fait de la taille du secteur informel.

 

Les inégalités visibles sur le marché du travail s’enracinent souvent dès la période scolaire, qui désavantage sérieusement les plus défavorisés. Les étudiants pauvres ont du mal à concurrencer leurs condisciples plus fortunés et leur niveau d’études, leur salaire, et même leur longévité sont plus faibles. Les données recueillies auprès de 15 pays de l’OCDE montrent qu’à l’âge de 30 ans, les plus diplômés peuvent espérer vivre en moyenne six ans de plus que leurs pairs moins instruits.

 

Les effets préjudiciables des inégalités se traduisent par une désaffection vis-à-vis de la politique et un rejet du marché. Les citoyens estiment qu’ils sont perdants et qu’une élite s’approprie tous les gains issus d’une prospérité grandissante. Des millions de personnes se déclarent peu satisfaits de leur vie et perdent confiance dans l’aptitude des responsables de l’action publique à répondre à leurs attentes. Dans la zone OCDE, la confiance accordée aux gouvernements, qui s’établit à 40 %, est au plus bas.

 

À l’OCDE, nous prenons ces problèmes au sérieux. Nous savons qu’il n’est pas viable de continuer d’appliquer les politiques qui ont suscité de telles disparités ou échoué à les résorber. Nous sommes conscients de la nécessité de revoir les idées, les théories et les concepts utilisés jusqu’ici pour mesurer, apprécier et formuler nos politiques. C’est pourquoi nous avons lancé l’initiative relative aux Nouvelles approches faces aux défis économiques (NAEC), qui vise à aider les gouvernements à surmonter la crise en adoptant des politiques intégrant la complexité et l’économie comportementale, et à étudier de nouvelles mesures du progrès. Le but ultime est de susciter une forme de croissance plus durable et inclusive. Notre priorité porte sur la croissance économique non comme une fin en soi, mais comme un moyen d’améliorer le bien-être, et place l’individu au coeur du débat.

 

L’OCDE est en première ligne pour combattre les inégalités de revenus en élaborant des outils de mesure, en analysant les faits et en développant des instruments d’action. Nous avons été les premiers à lancer des travaux sur la construction d’indicateurs du bien-être et des outils de mesure qui dépassent le PIB et la productivité pour prendre en considération ce qui compte le plus pour nos concitoyens. Vouloir une croissance inclusive, c’est s’intéresser à l’humain, et l’initiative NAEC recherche des moyens inédits de concilier une croissance vigoureuse et une meilleure distribution des revenus, et d’autres avancées telles que l’accès aux opportunités, à l’éducation ou à un environnement sain. Ces travaux permettront aux décideurs de mieux comprendre les effets néfastes du creusement des inégalités sur la croissance, l’objectif suprême étant de faire de l’inclusivité le moteur d’une solide performance économique.

 

Notre approche multidimensionnelle, en phase avec la réalité de l’action publique et débouchant sur des actions concrètes, permet aux décideurs d’identifier, d’analyser et d’exploiter les synergies entre des leviers d’action qui se renforcent mutuellement, et de faire ainsi des choix éclairés.

 

À l’heure où les budgets publics sont encore malmenés et où la reprise reste fragile, il importe plus que jamais d’enclencher un cercle vertueux de croissance et d’inclusivité. Notre prospérité et notre bien-être futurs en dépendent. Nous sommes déterminés, à l’OCDE, à aider nos membres et nos partenaires à concevoir, promouvoir et mettre en oeuvre des politiques meilleures pour une vie meilleure. En favorisant une croissance inclusive, nous pouvons apporter à la vie de chacun une amélioration sensible et mesurable.

 

Références

OCDE (2011), Toujours plus d’inégalité : pourquoi les écarts de revenus se creusent, Éditions OCDE.

OCDE (2013), « Crisis squeezes income and puts pressure on inequality and poverty », Paris.

 

Voir aussi :

Les travaux de l'OCDE sur les prestations et questions sociales

Les travaux de l'OCDE sur les inégalités de revenus et la pauvreté


L'édition 2014 du Forum de l'OCDE

 

Gabriela Ramos

Gabriela Ramos, Directrice de Cabinet de l'OCDE et Sherpa au G20

© OCDE


© L'Annuel de l'OCDE 2014

 

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