Croissance inclusive, emploi et confiance

 

La reprise économique pourrait se confirmer dans la zone euro, mais l’économie mondiale tourne toujours au ralenti. Le fort chômage et le sous-emploi freinent la demande, l’investissement et les échanges internationaux manquent de dynamisme, et le crédit au secteur privé reste tendu dans plusieurs pays. Si, en Chine, la croissance résiste, elle est inférieure à la tendance dans de grandes économies émergentes comme le Brésil ou l’Inde.


En résumé, la plus longue crise de notre époque n’est pas encore achevée. Il faut savoir tirer parti des crises, et depuis maintenant plus de six ans, l’OCDE travaille aux côtés de ses pays membres et partenaires, d’organisations internationales, du G20 et du public afin de dégager des enseignements et de concevoir des politiques pour un monde plus inclusif et plus résilient.


Dans cette quatrième édition de L’Annuel de l’OCDE, des experts de l’OCDE et des personnalités éminentes étudient les leçons à tirer sous trois angles : croissance inclusive, emploi et confiance.


D’abord, la croissance inclusive. La crise a montré combien les inégalités sèment l’exclusion, affaiblissent nos structures et nuisent à l’activité économique. Ces inégalités s’étaient d’ailleurs déjà aggravées avant la crise.


Dans les pays de l’OCDE, le revenu moyen du décile le plus riche est aujourd’hui plus de neuf fois et demie supérieur à celui du décile le plus pauvre, alors que le rapport était de 1 à 7 il y a 25 ans. Même dans les pays nordiques, traditionnellement égalitaires, l’écart de revenus s’est creusé.


Mais les inégalités vont au-delà du seul revenu. Elles compromettent les opportunités et la mobilité sociale, et sont discriminantes en termes de santé et d’éducation. En outre, elles sapent la confiance des citoyens dans les institutions et la démocratie.


Les pays de l’OCDE doivent non seulement rechercher la croissance, mais une croissance « inclusive » qui puisse transformer ce cercle vicieux en cercle vertueux. L’Initiative de l’OCDE pour une croissance inclusive trace une voie pour l’avenir. Elle reflète notre conception des politiques gagnantes pour tous, alliant une forte croissance économique à une amélioration du bien-être et de la santé, des emplois et des compétences, et à un environnement sain. Initiative multidimensionnelle, elle débouche sur des actions concrètes et implique tous les pays, régions et citoyens, unissant leurs efforts pour obtenir de meilleurs résultats.

 
La croissance inclusive, c’est être utile à la société et en partager les bienfaits. Être sans emploi, c’est se voir refuser cette possibilité, c’est pourquoi il est crucial de réduire le chômage. Cet Annuel examine la dimension de la reprise relative à l’emploi, soulignant la nécessité de créer davantage d’emplois, et de meilleure qualité.

 
Le chômage dans la zone OCDE devrait légèrement fléchir cette année, mais il y a 13 millions de chômeurs de plus que fin 2007. C’est une tragédie sociale, qui touche particulièrement les jeunes : le chômage des moins de 25 ans est d’une ampleur inacceptable, à plus de 16 % au sein de la zone OCDE, et à plus de 55 % en Grèce et en Espagne. Il est donc essentiel d’apporter un soutien, une formation et des opportunités aux jeunes.


Il ne faut pas oublier les travailleurs âgés : le taux d’emploi des 55-64 ans dans la zone OCDE s’établissait à 56,5 % au troisième trimestre 2013, contre 76 % pour la tranche des 25-54 ans. Ces travailleurs ont également souffert de la crise, et nombre d’entre eux ont quitté le marché du travail, poussés (souvent contre leur gré) vers une retraite précoce.


La société ne peut se permettre pareil gaspillage de capital humain et d’expérience, sans parler du coût supplémentaire des retraites. L’Annuel montre que de plus en plus de personnes âgées sont en bonne santé, et désireuses et capables d’apporter leur contribution à la société par leur travail. Pour ce faire, il faut introduire de la flexibilité dans le travail et les systèmes salariaux, assouplir (ou supprimer) l’âge légal de la retraite, et modifier les comportements et la culture. Intégrer les seniors dans nos stratégies rendra nos économies plus productives et plus intelligentes, et accroîtra également le bien-être.


Les politiques de croissance inclusive peuvent aider à restaurer la confiance mise à mal par la crise. C’est le troisième point évoqué dans L’Annuel de l’OCDE. Selon le rapport de l’OCDE Comment va la vie ?, seulement 40 % des citoyens de la zone OCDE font confiance à leurs gouvernements, le chiffre le plus bas depuis 2006 : banques, entreprises, parlements et organisations internationales souffrent de la défiance du public. Et les citoyens eux-mêmes ne se font plus confiance entre eux.

 
Il est nécessaire de rétablir la confiance pour assurer la croissance à long terme et la résilience. Rien ne détruit plus la confiance que la corruption, qui porte atteinte aux services publics, sape l’investissement et installe l’inégalité. L’OCDE a développé un arsenal d’instruments à l’intention des gouvernements, comme les Principes de l’OCDE pour renforcer l’intégrité dans les marchés publics. Nous contribuons aussi à réduire les risques de noyautage politique par des groupes d’intérêt en examinant des règles de financement des campagnes politiques plus strictes et plus transparentes. Notre initiative CleanGovBiz rassemble les outils anti-corruption de l’OCDE, renforce leur mise en œuvre et en suit les progrès. Elle inclut notamment la Convention anti-corruption de l’OCDE, décrite par Transparency International comme « l’étalon or » de la lutte contre la corruption.


La confiance se construit aussi grâce à une fiscalité juste et à la lutte contre la fraude fiscale. L’initiative de l’OCDE sur l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS), ainsi que l’Échange automatique de renseignements, aident les pouvoirs publics et les entreprises à travailler ensemble dans un cadre plus sain et plus transparent.


Enfin, il faut aussi des politiques environnementales efficaces pour bâtir un avenir plus inclusif et résilient. Pour progresser vers l’inclusivité, créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, et rétablir la confiance, nous devons pouvoir compter sur un environnement sain et sans danger. Le changement climatique affecte tous les pays, riches ou pauvres, mais les populations des pays pauvres paient le plus lourd tribut. Au début de la crise économique, les pouvoirs publics ont apporté un soutien de façade à la croissance verte au service d’un monde plus propre et de nouvelles sources de croissance. Nous pouvons et devons aller plus loin sur ce plan. Le coût de l’inaction ne cesse d’augmenter : les pertes économiques dues à des événements météorologiques extrêmes sont estimées à 43 milliards de dollars pour la seule année 2013.


L’OCDE appelle à ramener à zéro les émissions nettes durant la deuxième moitié du siècle, afin de pouvoir limiter à 2 °C l’élévation de la température mondiale due à l’activité humaine. Il ne sera pas facile de combattre le changement climatique, mais comme l’a rappelé en avril le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations Unies, cela peut être fait sans sacrifier le niveau de vie. Les gouvernements savent ce qu’ils doivent faire pour éviter la catastrophe : supprimer les subventions aux combustibles fossiles et s’assurer que des signaux-prix encouragent les entreprises, partout où elles opèrent, à « investir vert ».


La crise a constitué un signal d’alarme, nous rappelant à tous que les enjeux du développement sont aujourd’hui mondiaux. L’OCDE a repensé ses grilles d’analyse et ses hypothèses de travail.


La réflexion en cours, incarnée par l’initiative NAEC (Nouvelles approches face aux défis économiques), pose les jalons d’un avenir plus résilient. Avec l’Indicateur du vivre mieux, l’Organisation cherche à aller au-delà de la croissance pour aider les décideurs et l’opinion à mieux cerner les composantes du bien-être.

 
Cette année, nous célébrons le cinquantenaire de l’adhésion du Japon à l’OCDE. Le cheminement du Japon, devenu l’une des premières économies mondiales, est riche d’enseignements qui nourriront le débat lors de la Semaine de l’OCDE, du 5 au 7 mai. Celle-ci débute avec le Forum de l’OCDE et se poursuit avec la Réunion annuelle du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres. Je suis heureux que le Japon préside cette réunion ministérielle en 2014, ajoutant ainsi un nouveau chapitre à notre longue histoire commune.

 
Nous sommes à un tournant sur la voie de la reprise. Les défis qui nous attendent sont clairs, tout comme certaines des solutions. Une coopération sera nécessaire, mais pas seulement au niveau des décideurs. L’édification d’un monde inclusif et résilient dépend avant tout de la participation des citoyens.

 

Voir www.oecd.org/fr/apropos/secretairegeneral

 

Voir aussi :

www.oecd.org/fr/economie

Le défi climatique : réduire les émissions à zéro

Erosion de la base d'imposition et transfert de bénéfices

Recommandations de l'OCDE sur le renforcement de l'intégrité dans les marchés publics

Croissance inclusive

Nouvelles Approches face aux Défis Economiques

CleanGovBiz

Votre indicateur du Vivre Mieux

L'initiative du vivre mieux : Mesurer le bien-être et le progrès

Semaine de l'OCDE 2014

Thématiques du Forum de l'OCDE 2014

Réunion ministérielle 2014

 

SG

Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE 

© OCDE


© L'Annuel de l'OCDE 2014

 

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