Le combat climatique de la Chine

 

La Chine est parmi les près de 200 pays qui ont adopté le 12 décembre 2015 l’Accord de Paris sur les changements climatiques lors de la conférence historique des Nations Unies. La manière dont la Chine, économie émergente et l’un des premiers émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre, mettra en œuvre cet accord sera importante. Nous avons demandé son avis à Xuedu Lu, de la Banque asiatique de développement.

L’Annuel de l’OCDE : Quelle contribution la Chine est-elle convenue d’apporter à la mise en œuvre de l’Accord de Paris ?

Xuedu Lu : La Chine a indubitablement apporté des contributions importantes à l’Accord de Paris, comme l’ont reconnu le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, et le Président français, François Hollande, dont le pays a accueilli la conférence. Dans la contribution prévue déterminée au niveau national (CPDN) qu’elle a soumise à la CCNUCC* dans le cadre de l’Accord de Paris, elle a montré sa détermination à participer pleinement aux efforts mondiaux de protection du climat.

La Chine s’est fixé plusieurs objectif pour 2030 : parvenir au plafonnement des émissions de dioxyde de carbone (CO2), si possible même avant 2030 ; abaisser les émissions de CO2 par unité de PIB de 60-65 % par rapport à 2005 ; porter la part des sources non fossiles dans la consommation d’énergie primaire à environ 20 % ; et augmenter les volumes de stocks forestiers de quelque 4,5 milliards de mètres cubes par rapport à 2005.

La Chine ambitionne également d’accélérer la transformation de la production et de la consommation d’énergie, d’optimiser son mix énergétique, d’améliorer l’efficacité énergétique et de renforcera ses puits de carbone forestiers pour contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

A-t-elle déjà pris ou élaboré des mesures ?

À l’évidence, la Chine doit maintenant officialiser l’accord climatique. Le haut dirigeant chargé du dossier climatique au sein du gouvernement, le Vice-premier ministre Zhang Gaoli, a annoncé lors de la cérémonie de signature de l’Accord de Paris, le 22 avril à New York, que son pays approuverait celui-ci avant le Sommet 2016 du G20, les 4 et 5 septembre à Hangzhou.

Par ailleurs, la Chine a publié le 1er mars 2016 ses perspectives énergétiques à l’horizon 2030, selon lesquelles le plafonnement des émissions de GES pourrait intervenir avant 2030 en cas de hausse de la part des énergies bas carbone. Ce point fait l’objet d’une attention accrue. En outre, l’un des chapitres du 13e Plan national de développement économique et social (2016-2020) est consacré aux réponses face au changement climatique et appelle à privilégier des mesures de maîtrise des émissions de GES dans le secteur énergétique et l’industrie, à créer des villes pilotes pour hâter le plafonnement et à faire la démonstration de projets techniques à émissions quasi nulles. Il préconise également la mise en place d’un système d’échange de droits d’émission national et l’application effective des mesures concernant la comptabilisation des émissions et les normes d’émission. La Chine compte aujourd’hui 42 villes bas carbone pilotes, et le gouvernement projette de porter leur nombre à 100 avant la fin 2016. Toutes sont tenues de fixer des objectifs dans l’optique d’un plafonnement des émissions avant 2030.

De plus, le 17 février 2016, la Commission nationale du développement et de la réforme et le ministère du Logement et du Développement urbain et rural ont publié un Plan d’action pour l’adaptation des villes, afin d’orienter les politiques et les actions destinées à renforcer la résilience des villes au changement climatique. 

Êtes-vous optimiste quant à la faisabilité des objectifs, et que conseilleriez-vous ?

D’après ma propre expérience à l’intérieur de l’administration chinoise, je suis optimiste quant au fait que tous les efforts seront faits pour atteindre les objectifs fixés. Chacun sait qu’il est dans l’intérêt du pays de juguler le changement climatique. Les documents officiels et les déclarations du Président Xi Jinping, du Premier ministre Li Keqiang et du Vice-premier ministre Zhang Gaoli ne laissent pas place au doute à cet égard. En Chine, lorsque les hauts dirigeants mettent l’accent sur un dossier, les institutions suivent. Je suis donc convaincu que la Chine agira.

Il est cependant évident que le pays devra relever d’énormes défis pour réussir, en particulier le plafonnement des émissions avant 2030. Il lui sera difficile d’accroître la part des énergies décarbonées et bas carbone, ces ressources étant limitées, tout en répondant aux besoins de la société. Et n’oublions pas les régions en plein essor du centre et de l’ouest du pays, où la demande de produits à forte intensité énergétique – acier, fer, ciment, verre – augmentera vraisemblablement dans les années à venir. Une autre difficulté consistera à collecter des données précises sur les émissions de GES.

La Chine devra relever ces défis pour atteindre ses objectifs. D’où l’importance de la coopération internationale, et notamment du soutien multilatéral et de l’accès aux bases de connaissances mondiales. Face au changement climatique, aucun pays ne peut réussir seul. 

* Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques : http://newsroom.unfccc.int/fr

Pour en savoir plus sur la CPDN de la Chine

13e Plan national de développement économique et social de la Chine (2016-2020)

Plan d’action de la Chine pour l’adaptation des villes

Pour en savoir plus sur les perspectives énergétiques à l’horizon 2030 de la Chine

 

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‌‌‌‌Xuedu Lu

Entretien avec Xuedu Lu, Conseiller, Département du développement durable et du changement climatique, Banque asiatique de développement

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