Bienvenue aux candidats seniors

 

Les plus de 65 ans n’ont jamais été aussi nombreux sur le marché du travail britannique. De plus en plus, des raisons financières poussent les seniors à travailler, mais ils sont aussi nombreux à vouloir travailler. 


L’allongement de la vie professionnelle est une tendance sociale durable. L’âge moyen de la retraite augmente lentement depuis le début des années 1990. Aujourd’hui, plus d’un million de travailleurs sont âgés de 65 ou plus. La norme évolue vers le maintien d’une activité professionnelle, rendant anachronique l’idée d’un âge traditionnel de départ à la retraite. Les avantages sociaux apportés par le travail et le sentiment de contribuer aux communautés locales sont en outre très motivants.


Suppression de l’âge de départ à la retraite obligatoire et recul de l’âge de perception de la retraite d’État sont autant de mesures qui incitent, d’une manière ou d’une autre, à continuer de travailler. Étant donné par ailleurs le vieillissement de la main-d’œuvre, les politiques sociales doivent impérativement aider les travailleurs comme les employeurs à faire face aux difficultés susceptibles de se présenter.


À l’heure actuelle, l’action publique ne répond pas de manière suffisamment complète aux besoins pratiques de la plupart des travailleurs âgés. Quelques mesures simples ont été prises en faveur de l’ajustement des conditions de travail (élargissement des circonstances dans lesquelles le salarié peut faire une demande d’ajustement) et de la santé au travail (le nouveau Health and Work Advisory Service). Elles sont toutefois globalement fragmentaires et leur efficacité reste incertaine.


L’une des priorités est de lutter contre les stéréotypes à l’égard des travailleurs âgés. Bon nombre de ces clichés, par exemple leur moindre productivité présumée, sont ancrés dans les esprits, et il est difficile de faire évoluer les mentalités. L’an dernier, Age UK a demandé à l’université d’Essex de confronter ces stéréotypes aux travaux de recherche. Bilan : la majeure partie sont sans fondement ou presque.


Selon Age UK, il est indispensable d’agir davantage auprès des employeurs sur toutes ces questions. D’après le rapport Employing Older Workers, publié récemment par le gouvernement britannique, le Royaume-Uni devrait compter 13,5 millions d’emplois à pourvoir ces 10 prochaines années, pour seulement 7 millions de jeunes entrant sur le marché du travail – aider davantage de seniors à rester actifs comblerait une grande partie de l’écart.


Enfin, et surtout, parvenir à allonger la vie professionnelle suppose, pour les pouvoirs publics, de comprendre pourquoi certains seniors y réussissent par eux-mêmes, quand de nombreux autres se heurtent à des obstacles.


Depuis longtemps, les plus de 50 ans ont du mal à préserver et améliorer leurs compétences. L’État finance avant tout la formation des jeunes et, bien que ce soit indispensable, en pratique, cela se fait souvent au détriment des plus âgés. Ce n’est pourtant pas nécessaire : la formation des jeunes et celle des seniors ne s’excluent pas mutuellement. Les travailleurs âgés doivent avoir le même accès aux formations, et il faut veiller à ce que tous puissent se former aux nouvelles technologies à mesure qu’elles émergent.


Il est aussi essentiel d’aider davantage les travailleurs ayant des personnes à charge, qui sont souvent contraints, faute de flexibilité, d’abandonner leur emploi faute de pouvoir le concilier avec leurs responsabilités. Le coût annuel pour l’économie serait de 5,3 milliards GBP (6,4 milliards EUR) selon Age UK. À nos yeux, il faudrait que l’État et les employeurs œuvrent pour que l’emploi flexible soit la norme par défaut d’ici la fin de la décennie, ce qui pourrait changer radicalement notre manière de concevoir les emplois et d’envisager le travail.


Ce sont peut-être les chômeurs qui ont la tâche la plus ardue. Il est plus difficile de retrouver du travail passé 50 ans qu’à n’importe quel autre âge, et l’on risque est de passer plus de 10 ans à toucher des allocations chômage minorées avant d’atteindre l’âge de percevoir sa retraite d’État, d’où une pression accrue sur les services d’aide à l’emploi, qui échouent souvent dans leur mission aujourd’hui. Créer des débouchés pour ces demandeurs d’emploi âgés devrait être une priorité des pouvoirs publics.


Nous nous sommes penchés jusqu’ici sur l’emploi formel, mais la contribution des seniors à l’économie et à la société va bien au-delà. S’occuper des autres, s’engager comme bénévole, ces activités contribuent amplement à la prospérité du pays, même si l’on n’en fait pas grand cas.  


Ces contributions, bien qu’elles soient difficiles à quantifier, sont nécessaires au fonctionnement de l’économie. Avec la crise du financement et le désengagement de l’État dans l’aide sociale, les seniors sont de plus en plus nombreux à s’occuper d’adultes ou à alléger le coût élevé des gardes d’enfants, permettant ainsi aux jeunes générations de travailler. Selon Age UK, cette prise en charge informelle par les 50 ans et plus représente 28,6 milliards GBP.


Que ce soit dans l’emploi formel ou par les services qu’ils rendent bénévolement, les seniors sont une ressource précieuse, aujourd’hui sous-employée, qui pâtit de préjugés et d’un manque de débouchés. Les seniors pourraient pourtant stimuler l’économie et améliorer notre situation à tous, sans distinction d’âge.

 

Références

Département britannique du Travail et des Retraites (2013), Employing Older Workers Employing older workers:an employer’s guide to today’s multi-generational workforce

Voir www.ageuk.org.uk

 

Travaux de l'OCDE sur l'emploi

Thématique du Forum de l’OCDE 2014

Indicateur du vivre mieux de l’OCDE

 

Dianne Jeffrey

Dianne Jeffrey,
Présidente d’Age UK

© OCDE


©OECD Yearbook 2014

 

 

 

Also Available