Finances

Réforme financière : ce n’est qu’un début

 

Amy Domini , fondatrice et PDG de Domini Social Investments

 

La spéculation et l'avidité, qui ont été au cœur de l'effondrement financier mondial, ont été quelque peu tempérées. Les réformes de la réglementation financière ont pu en limiter l'impact jusqu'à un certain point, mais beaucoup reste à faire.

 

La faillite de certains établissements financiers mondiaux déclenchée par la dévalorisation des crédits hypothécaires spéculatifs ( subprimes ) aux États-Unis s'est rapidement propagée, dévastant la vie de millions de personnes. Au plus fort de la crise, la majorité des pays économiquement développés se sont sentis obligés de renflouer les grandes banques afin de sauver ce qui restait de leur propre système financier national. Souvent, ce renflouement n'a été assorti que de peu de conditions.

 

De façon ironique, lorsque les pouvoirs publics ont finalement essayé d'imposer une réglementation, ils se sont heurtés à une farouche opposition de la part des établissements qu'ils avaient sauvés. On est aujourd'hui face à une variété de plans de redressement qui, pris ensemble, représentent davantage des vœux pieux que des actions concrètes.

 

Que reste-t-il à faire ? Pour répondre à cette question, il faut s'interroger sur les causes de l'effondrement : tout d'abord la spéculation, puis l'avidité. Ce sont deux aspects contre lesquels il est difficile, mais pas impossible, de lutter. Mieux comprendre ces phénomènes permet de les combattre.

 

Le développement de la spéculation est le résultat inattendu de la théorie dominante de gestion des actifs financiers, la théorie moderne du portefeuille (TMP). D'après celle-ci, la réduction des risques équivaut fondamentalement à une amélioration de la performance. En présentant la diversification comme un aspect indispensable de la réduction des risques, la TMP popularise la notion d'atténuation du risque autrement que par un contrôle rigoureux et de la prudence. Souscrivant au principe de la réduction du risque par l'achat d'« actifs », comme les indices de matières premières ou les obligations adossées à des actifs (CDO), les gestionnaires d'actifs ont retiré des fonds placés en actions et obligations pour les investir dans des produits économiquement inutiles, et dangereusement spéculatifs.

 

Ces transferts ont été massifs. L'un des exemples les plus connus est celui des CDO synthétiques, qui contiennent des produits dérivés, eux-mêmes liés à des titres de la dette. Autrement dit, le support est théorique à l'extrême. En 2001, ces instruments représentaient un marché de 80 milliards de dollars. Cette même année, American Express a enregistré une perte de 826 millions de dollars sur des opérations de CDO (soit plus de 10 % du marché mondial). Moody's a annoncé que 58 % des pools de CDO synthétiques notés étaient exposés à WorldCom, Enron et Global Crossing, trois sociétés alors au centre d'un scandale pour n'avoir pas informé adéquatement leurs actionnaires. Pourtant, la ferveur spéculative n'a pas fléchi. En 2007, ces investissements représentaient 500 000 milliards de dollars. La TMP a eu facilement l'ascendant, même sur les avertissements de Moody's.

 

Les structures de rémunération encourageant l'avidité ont été la cause secondaire de la crise. Le fait que les fondateurs des fonds spéculatifs puissent engranger des profits sur des investissements réalisés par d'autres a encouragé une éthique corrompant l'individu et détruisant le capitalisme. Et ce n'est pas fini. Malgré toutes les informations divulguées ces deux dernières années, les gestionnaires connaissant bien les différents nouveaux véhicules continuent d'être recherchés et largement rémunérés, ce qui alimente encore davantage l'appât du gain - et la spéculation. En outre, les plans de rémunération des PDG n'ont pas eu l'effet escompté. Alors qu'ils étaient destinés à encourager les dirigeants à travailler pour accroître la valeur d'une entreprise, avec des retombées positives pour la société et les actionnaires, ils se sont transformés en instruments d'enrichissement personnel.

 

Qu'est-ce qui a changé, jusqu'ici, dans la réglementation financière ? Aux États-Unis, la loi Dodd-Frank de réforme de Wall Street et de protection du consommateur couvre un large éventail de problèmes structurels et établit le cadre de réformes constructives. Elle crée un Bureau fédéral des assurances au sein du ministère des Finances, un groupe de travail représentant les divers organismes de contrôle (afin de réaliser des études), un Comité consultatif des marchés de l'environnement et de l'énergie, un Bureau de défense des investisseurs au sein de l'Autorité de contrôle des marchés ( Securities Exchange Commission  - SEC) et une Agence de protection financière des consommateurs. Plusieurs nouvelles entités capables d'établir des réglementations ont donc été créées ; c'est un chemin, pas une destination.

 

Quelques aspects de la loi semblent s'attaquer aux causes profondes de la crise financière mondiale - la spéculation et l'avidité. La SEC peut désormais autoriser les investisseurs à proposer des candidats aux conseils d'administration . Si cette réglementation est utilisée, elle pourrait donner aux actionnaires l'occasion de remédier à une cause secondaire de la crise, l'avidité et la rémunération des dirigeants. En outre, le Comité de conseils aux investisseurs ( Investor Advisory Committee ) de la SEC est désormais un organe permanent ; il peut donc intervenir plus activement pour imposer des obligations étendues de divulgation d'informations (outil important pour les organes de surveillance). Là encore, il s'agit de chemins et non de destinations.

 

Les Accords de Bâle III, qui ont une portée plus mondiale, semblent tendre à une plus grande spécificité et une plus grande efficacité que l'approche américaine. Jusqu'ici, le Comité de Bâle a relevé le niveau minimal des fonds propres des banques et a institué un volant de sécurité (à imposer par les régulateurs au gré des besoins), constitué d'actifs pondérés des risques. Le véritable travail devrait commencer d'ici à la fin de l'année et permettre de cibler assez directement le caractère spéculatif des placements.

 

En supposant que ces accords soient effectivement mis en œuvre, on peut s'attendre à ce que les ratios de levier soient diminués et normalisés, ce qui réduirait directement la possibilité pour les banques de gonfler excessivement leurs bilans. Les États-Unis sont représentés au Comité de Bâle, qui est composé de membres de 27 pays économiquement développés. Étant donné que l'un de ses objectifs centraux est d'harmoniser les réglementations bancaires, il y a là une excellente occasion de s'attaquer à la spéculation. Mais le dispositif Bâle III concerne les banques et, malheureusement, nombre de fonds spéculatifs ou autres gestionnaires d'actifs indépendants n'entrent pas dans son champ d'application.

 

Les économies développées ont ouvert la voie à l'établissement de protections contre une autre crise financière. Mais le chemin à parcourir est encore long, et il faudra faire preuve de détermination. Des actions plus fermes que celles déjà entreprises sont possibles. Des appels commencent à être lancés en faveur d'une nouvelle théorie de gestion des actifs financiers. Cela sort du cadre de la réglementation, mais les régulateurs peuvent commencer à s'attaquer aux normes fiduciaires qui contribuent au développement de la TMP. Pourquoi ne pas légiférer sur un devoir explicite de loyauté envers la société dans laquelle le bénéficiaire vit physiquement ? Après tout, l'intérêt financier du bénéficiaire ne serait pas bien servi par des investissements entraînant la faillite de ses concitoyens.

 

En attendant, les régulateurs peuvent essayer de réduire la spéculation. Dès 1972, l'économiste James Tobin, lauréat du prix Nobel, a suggéré que même une faible taxe sur les transactions de change au comptant ralentirait la spéculation. Le moment est peut-être venu de remettre cette idée au goût du jour et de la développer. Appliquer des commissions sur les gains tirés de la détention d'actifs pendant moins de 60 secondes réduirait la vélocité du marché. Il est facile de prétendre que ces idées sont absurdes, mais les conséquences de l'absence de mesures audacieuses se chiffrent aujourd'hui en milliers de milliards de dollars, si l'on prend en compte les pertes dues à la crise.

 

La réponse apportée jusqu'ici à l'effondrement financier a été d'établir de nouveaux cadres, et ceux-ci peuvent revêtir une énorme importance. Ceux qui détiennent le pouvoir doivent maintenant saisir l'occasion pour renforcer les structures de protection indispensables mises en place tout récemment, mais aussi éliminer les causes profondes de la crise : les dispositifs qui encouragent la spéculation rampante et l'avidité sans limites.

 

Références et liens recommandés

 

Parnow, Frank, « Do CEOs have social value », New York Times , 27 avril 2010.

 

The Roosevelt Institute (2009), « Make Markets be Markets » ; disponible sur www.makemarketsbemarkets.org/report/MakeMarketsBeMarkets.pdf

 

Voir l'Investor Network on Climate Risk, un projet du Ceres : http://www.ceres.org/Page.aspx?pid=1281&frcrld=1

 

Banque des règlements internationaux (2009), « Strengthening the resilience of the banking sector-a consultative document », disponible sur http://www.bis.org/publ/bcbs164.htm

 

Loser, Claudio M. (2009), « Emerging Market Economies: Major contagion and a shocking loss of wealth ? », Banque asiatique de développement, disponible sur www.adb.org/Documents/Books/Global-Financial-Turmoil/Major-Contagion-shocking-loss-wealth.Pdf

 

Domini Social Investments: www.domini.com

 

 

 

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