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Finances

Nouvelle institution financière internationale : le pari de la Chine

 

En octobre 2014, la Chine attirait l’attention de la communauté internationale en inaugurant la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB). Si certains pays s’en tiennent encore prudemment à l’écart, près de 60 pays, dont plusieurs membres et partenaires de l’OCDE, ont rejoint cette nouvelle institution financière internationale. Quel est son objectif, et quel sera son impact ? Nous avons recueilli l’analyse de Yide Qiao.

Cette nouvelle banque a été lancée pour plusieurs raisons. Premièrement, en trois décennies de croissance économique, la Chine a accumulé une expérience et un savoir-faire précieux en matière de construction et d’investissement dans les infrastructures. Elle souhaite aujourd’hui faire profiter systématiquement de ses connaissances d’autres pays en développement. Deuxièmement, l’économie chinoise aborde une phase plus mature, dans laquelle il lui faudra inévitablement exporter des capitaux. En créant de nouvelles institutions financières, la Chine montre sa volonté de voir ces exportations se dérouler dans les meilleures conditions. Parallèlement, elle pourra mieux mobiliser ses énormes capacités, notamment en matière de construction d’infrastructures, et utiliser ses quelque 4 000 milliards USD de réserves de change de manière aussi utile que variée. Enfin, le manque d’avancement, pour des raisons bien connues, de la réforme des quotas et de la gouvernance du FMI a mécontenté les pays en développement, dont la Chine. Il était dès lors naturel pour elle de puiser dans ses conséquentes réserves pour créer cette nouvelle banque.

Les pays d’Asie ont besoin d’investissements massifs dans les infrastructures afin de rattraper les retards existants dans ce domaine, et certains pays avancés désireux de mettre à disposition leur technologie ont rejoint l’AIIB. L’agacement qu’ils ont ainsi suscité chez d’autres pays avancés a attiré encore davantage l’attention sur leur ralliement.

Durant les mois à venir, des discussions capitales vont porter sur le financement du développement, les objectifs de développement durable ou encore le changement climatique. En quoi l’AIIB va-t-elle modifier le paysage financier mondial ?

Je ne crois pas que de nouvelles institutions comme l’AIIB puissent bouleverser le paysage financier mondial en seulement quelques mois, voire quelques années. Elles ne sont pas très fortement capitalisées et il leur faudra du temps pour trouver leur place, une fois achevées les procédures de constitution, sans parler de la difficile courbe d’apprentissage que toute nouvelle institution financière doit affronter. Cela dit, je crois qu’elles sont appelées à jouer un rôle clé dans l’amélioration de ce qui est en train de devenir une architecture financière exaltante, à en juger par leur volonté d’être plus efficaces, plus propres et plus vertes. Elle vont apprendre de, et coopérer avec, des institutions comme la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement (BAsD), mais elles ne les imiteront pas en tout. 

Quelle sera selon vous l’efficacité de l’AIIB ?

L’AIIB est la première institution financière internationale à confier un rôle moteur à la Chine. Pour autant que je sache, les dirigeants chinois qui la gèrent saisissent parfaitement l’importance de leurs responsabilités et mettront tout en œuvre pour sa réussite. J’ai pu relever des signaux encourageants de la part des banques multilatérales de développement traditionnelles. Lors de la création de l’AIIB en octobre, le Groupe de la Banque mondiale a instauré le Mécanisme mondial de financement des infrastructures, plateforme ouverte à l’échelle mondiale, qui facilitera la préparation et la structuration de partenariats public-privé complexes pour mobiliser à la fois le secteur privé et les investisseurs institutionnels, notamment pour l’infrastructure. Lors d’une récente réunion à Bakou (Azerbaïdjan), la BAsD a annoncé qu’elle allait relancer un ancien fonds de développement, créé il y a 40 ans, en augmentant de 50 % les autorisations annuelles de prêts et de subventions pour les porter à 20 milliards USD. Elle va également affecter des fonds au soutien de partenariats public-privé et collaborer avec l’AIIB en Asie.

Il sera très enrichissant d’observer ces interactions et de suivre la coopération entre banques de développement. Si tout se passe bien, le résultat profitera non seulement aux pays en développement, mais à la communauté internationale tout entière. Tel est certainement l’objectif fondamental de l’AIIB et de toutes les autres nouvelles institutions financières, et c’est à cette aune qu’elles seront jugées.

 

Voir www.aiibank.org

Pour plus d’informations sur la Fondation de Shanghai pour le développement et la recherche, voir www.sdrf.org.cn


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Thématiques du Forum de l'OCDE 2015

L'Observateur de l'OCDE

‌‌‌‌Yide Qiao

Entretien avec
Yide Qiao
Secrétaire général
Fondation de Shanghai
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© L'Annuel de l'OCDE
2015

 

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