Finances

L'économie mondiale et l'OCDE: tirer les leçons de la crise financière

 

Discours de M. Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE, devant l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe

Strasbourg, 1er octobre 2008

C’est, comme toujours, un grand honneur pour moi que de prendre la parole devant cette Assemblée parlementaire. C’est ma troisième visite au Conseil de l’Europe et je peux vous dire que c’est avec un plaisir sans cesse grandissant que j’apprécie cette occasion qui m’est offerte ainsi que votre accueil chaleureux.

Avant de plonger dans les eaux turbulentes de l’économie mondiale, je souhaiterais féliciter Lluís Maria de Puig pour sa nomination à la présidence de cette Assemblée parlementaire. J’ai eu un réel plaisir à le rencontrer et à échanger avec lui des idées et des points de vue.


M. Gurría s'adressant à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Je remercie par ailleurs la Commission des questions économiques et du développement de cette Assemblée parlementaire pour son travail sur le rapport « L’OCDE et l’économie mondiale », et en particulier son rapporteur de cette année, Mme Anna Lilliehöök, pour la qualité de son travail de préparation.

Oser rédiger un rapport sur l'économie mondiale dans ces circonstances est un acte de bravoure. Chapeau à Mme Lilliehöök et son équipe!

Je voudrais à présent vous décrire à grands traits la vision qu’a l’OCDE de l’économie mondiale dans le contexte de la crise financière actuelle, l’enjeu central du moment.

Tout d’abord, il faut l’admettre, la situation est réellement critique. Nous sommes présentement confrontés à la crise financière la plus grave depuis la Grande Dépression, crise dont les conséquences se font déjà sentir au delà de la sphère financière et dans le monde entier.

Le système financier est en quelque sorte le circuit d’alimentation de l’activité économique. Et s’il est partiellement bloqué ou paralysé, comme c’est le cas actuellement, l’économie ne peut alors plus fonctionner normalement.

Nous avons déjà vu le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne se porter au secours des premières banques européennes mises en difficulté par la crise. Et les experts de l’OCDE estiment que, compte tenu des risques auxquels sont exposées les institutions financières européennes, nous devrions peut-être commencer à réfléchir à un plan systémique pour l’Europe si la situation ne s’améliore pas de l’autre côté de l’Atlantique. Une méthode au coup par coup risque de ne pas porter ses fruits non plus en Europe.

L’OCDE, dès l’annonce du plan de sauvetage du système financier présenté par le gouvernement des États-Unis, a exprimé son soutien. Je suis convaincu que les législateurs américains parviendront dans les prochains jours à un accord sur cet instrument absolument indispensable.

Au delà des mesures d’urgence, il sera également capital de traiter le problème à la racine, de tirer les enseignements de la crise et d’engager un vrai débat sur la nécessaire remise à plat du système financier international.

Nous continuerons de voir éclater des bulles et des crises tant que nous ne nous attaquerons pas directement aux causes des déséquilibres sous-jacents. Comprendre les liens de causalité est donc un préalable à la réorientation de l’action publique.

La crise financière actuelle trouve son origine dans des facteurs classiques, ceux-là mêmes qui ont déjà déclenché dans le passé des crises du système bancaire aux États-Unis et dans d’autres pays, mais aussi dans des facteurs moins classiques qui sont véritablement spécifiques à la situation actuelle.

Pour ce qui est des caractéristiques classiques, rappelons que nous avons traversé une période de forte expansion du crédit et de hausse soutenue des prix des actifs, en particulier sur les marchés du logement, et assisté à une explosion des prêts consentis à des agents économiques peu solvables (en l’espèce, des prêts hypothécaires à haut risque ou subprimes).

Il convient également d’évoquer les caractéristiques moins connues ou totalement inédites qui ont contribué à donner à la crise des subprimes autant d’ampleur et de profondeur, à savoir :
1. Le développement du modèle « originate-and-distribute » (octroi et cession) de transfert des risques ;
2. Une course effrénée à la rentabilité qui a nourri un essor de la demande d’actifs à haut risque ;
3. L’ignorance a priori des risques des valeurs hypothécaires, des produits dérivés et des CDS (contrats d’échange de risque de défaut) et l’incertitude a posteriori sur ces risques ;
4. Des incitations inadaptées dans les institutions financières sur le plan du gouvernement d’entreprise et de la gestion ;
5. Le rôle des autorités de réglementation et des agences de notation.

Nous devons tirer les leçons de ces dysfonctionnements. L’OCDE est une enceinte parfaitement adaptée pour procéder à des échanges de vues sur ces questions et proposer de nouvelles stratégies face aux nouveaux défis à relever.

Nous devons commencer à réfléchir à des solutions à long terme et les comités de l’OCDE joueront un rôle de premier plan dans cette réflexion. Il nous faut tout d’abord étudier les principales défaillances de la réglementation et des marchés qui ont été révélées par la crise.

L’effondrement des marchés de capitaux, même si le mouvement s’inverse dans une large mesure dans les jours qui viennent, aura des effets sur les perspectives d’activité et d’inflation à court et moyen terme de tous les pays du monde.

La plupart des économies de l’OCDE doivent s’attendre à une atonie de la croissance pendant plusieurs trimestres au moins. Dans les pays du G7, la croissance ne devrait pas dépasser 1.4 % en 2008. Les pays en développement subiront eux aussi les effets de la secousse. Les perspectives de croissance pour 2009 sont désormais plus incertaines et l’inflation sous-jacente pourrait rester élevée pendant quelque temps encore.

La crise financière a assombri l’avenir de l’économie mondiale, mais certaines évolutions positives méritent également d’être prises en compte.

Par delà les nuages sombres qui accompagnent la tempête financière, on décèle une contraction des déséquilibres des comptes courants à l’échelle mondiale, les entrées d’IDE ont atteint au total le chiffre sans précédent de 1 800 milliards USD en 2007, les prix du pétrole et des denrées alimentaires ont amorcé un mouvement de repli et les économies émergentes, en dépit d’un certain essoufflement, continuent de faire preuve d’une stabilité et d’une capacité de résistance remarquables.

L’OCDE n’a cessé de s’adapter à ces circonstances nouvelles en œuvrant sans relâche à l’avènement d’une mondialisation n’excluant personne.

L’an dernier, nous avons mis à la disposition des pays membres et d’un nombre croissant de pays non membres des instruments novateurs pour améliorer le dialogue et la formulation de l’action gouvernementale à l’échelle planétaire dans des domaines essentiels tels que le changement climatique, le développement de l’agriculture et les prix des denrées alimentaires, l’éducation, les fonds souverains, l’innovation, la réforme structurelle, l’économie de l’Internet et l’efficacité de l’aide au développement.

Pour contribuer au renforcement des marchés de capitaux, nous allons intensifier notre collaboration avec les gouvernements nationaux, les banques centrales et les institutions internationales en proposant et en appuyant la mise en œuvre de réformes de la réglementation et de la surveillance destinées à remédier aux principales défaillances des marchés et de la réglementation mises au jour par la crise financière.

Nous allons travailler, dans le cadre du Projet de l’OCDE sur l’éducation financière, à la publication, début 2009, d’un ensemble de principes de bonnes pratiques pour le crédit.

Pour réagir plus efficacement face aux défis qui nous sont lancés dans une économie mondiale toujours plus complexe et multiple, nous maintiendrons la cadence à laquelle nous avançons dans le cadre des processus d’élargissement et d’engagement renforcé. L’OCDE s’internationalise et s’ouvre toujours plus.

Nous resserrerons les relations déjà nombreuses que nous avons nouées avec les pays en développement grâce à des initiatives telles que le Processus de dialogue de Heiligendamm, le Partenariat pour la gouvernance démocratique, les activités du Centre de développement avec l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine, et à l’intensification de la participation de ces pays aux travaux des comités et organes de l’OCDE.

En outre, nous nous efforcerons en priorité d’aider les décideurs comme vous à concevoir, promouvoir et mettre en œuvre des réformes plus abouties. L’économie politique de la réforme prend une importance grandissante. Le crise financière que nous traversons a projeté une lumière éclatante sur les multiples risques auxquels nous nous exposons en reportant à plus tard les réformes économiques. Les complications qui retardent l’adoption du plan de sauvetage témoignent de l’importance que revêt l’obtention de l’adhésion des parties prenantes à des réformes capitales.

Ma venue ici devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe est d’autant plus pertinente que nous voulons mieux réussir sur tous ces fronts. Vos idées nous ouvrent des horizons. Votre expérience en tant que porteurs d’idées, que responsables de l’action publique issus d’une large palette de pays et de cultures est à nos yeux une contribution extrêmement précieuse en même temps qu’une occasion appréciable de comprendre et d’œuvrer ensemble à l’avènement de l’économie mondiale stable, pérenne et fédératrice que nous devons léguer à nos enfants.

L’époque est incertaine, mais nos engagements eux sont clairs et précis.

Je vous remercie de votre attention.

 

 

 

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