Environnement

Pour une [r]évolution énergétique

 

Cessons d’abriter derrière des termes comme « inclusive » et « verte » une économie dont la croissance est la seule finalité. Nous devons radicalement changer notre manière de réfléchir à la croissance – et ne pas laisser des intérêts particuliers entraver la création d’une économie juste, équitable et durable où l’énergie propre soit accessible à tous.

Nous avons sans aucun doute progressé depuis les jours sombres du consensus de Washington. Aujourd’hui, la Banque mondiale nous alerte sur la difficulté d’éradiquer la pauvreté dans un monde dont la température pourrait être de 4 °C supérieure à celle de l’ère préindustrielle. L’OCDE appelle désormais à une croissance verte et inclusive – reconnaissant ainsi la nécessité d’œuvrer pour tous et non pour quelques-uns, dans le respect des limites de la planète.

Malheureusement, nous sommes en train de perdre le combat pour la planète. Les banques privées et les banques multilatérales de développement continuent à investir dans des centrales à charbon, exacerbant les problèmes si vivement dénoncés par ailleurs, et la Stratégie de l’OCDE pour une croissance verte tarde à porter ses fruits. En 2011, les émissions nocives pour le climat ont atteint un nouveau record. Assujetti à une consommation toujours plus élevée de matières et d’énergie, notre modèle de croissance économique est tout simplement non viable dans un monde aux ressources limitées. L’empreinte écologique de l’humanité dépasse actuellement de 44 % la capacité de la planète à reconstituer les ressources renouvelables et à absorber la pollution et les déchets. Ce déséquilibre a de profondes répercussions sociales et environnementales sur l’existence de millions de personnes, et menace notre sécurité et notre survie.

Greenpeace s’enthousiasme quand prospérité économique rime avec protection de la planète. Nous savons qu’il est possible de produire une part importante de la croissance économique, notamment au profit des communautés les plus pauvres, « tout en veillant à ce que les actifs naturels continuent à fournir les ressources et les services environnementaux sur lesquels repose notre bien-être », comme le dit la Stratégie de l’OCDE pour une croissance verte. C’est pourquoi Greenpeace a élaboré, avec ses partenaires, le scénario de la [R]évolution énergétique, fondé sur l’idée d’investir dans l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, et non dans les combustibles fossiles et le nucléaire. Engagée à l’échelle mondiale, la [R]évolution énergétique assurerait à tous un accès aux énergies renouvelables, réduirait les émissions de 80 % d’ici 2050, et créerait des emplois. Par exemple, selon nos estimations, les pouvoirs publics pourraient aider les entreprises à créer 3,2 millions d’emplois supplémentaires d’ici 2030 dans le seul secteur de l’électricité. De plus, sevrés du pétrole, nous percevrions toute l’absurdité d’une ruée vers l’or noir dans des régions comme l’Arctique.

Contrairement à l’OCDE, Greenpeace ne prétend pas que tout peut profiter à tout le monde. Par exemple, nous sommes conscients que les économies d’efficacité énergétique ont été absorbées par une augmentation de la consommation. Si la Stratégie de l’OCDE pour une croissance verte est une avancée par rapport aux précédentes stratégies, elle ne permet pas, pour l’essentiel, de s’attaquer aux problèmes avec l’ampleur et la vitesse nécessaires. À notre avis, l’OCDE envisage encore la croissance comme une fin en soi, alors que ce modèle nous a conduit dans l’impasse.

Nous devons penser autrement, et convenir ensemble de frontières écologiques fixes dans lesquelles inscrire l’économie et garantir la distribution équitable des ressources disponibles. L’économie doit devenir un outil. Dans une économie « verte » et équitable digne de ce nom, l’économie serait le mécanisme nous permettant d’atteindre nos objectifs sociétaux ; la croissance économique cesserait alors d’être une fin en soi.

©Alain Jocard/AFP

De plus, il est urgent de mettre un terme aux subventions préjudiciables. Quand on creuse sa propre tombe, mieux vaut commencer par arrêter de creuser. Cela fait longtemps que l’OCDE attire l’attention sur des dépenses publiques trop souvent orientées vers des secteurs ou des modes de transport contribuant au dérèglement climatique ou à la surexploitation des mers, et qui sont donc préjudiciables à la collectivité. Cependant, malgré ces appels, les pays membres de l’OCDE ont été incapables de montrer l’exemple en éliminant les subventions préjudiciables et en cessant de distribuer aux acteurs de l’industrie des combustibles fossiles – qui touchent des bénéfices sans précédent – des sommes plusieurs fois supérieures à celles promises aux pays pauvres pour les aider à faire face au changement climatique. Le Canada, par exemple, dépense huit fois plus en subventions aux énergies fossiles qu’en mesures dédiées au financement climatique. Pire qu’une hypocrisie, c’est un sabotage de notre avenir. La suppression des subventions préjudiciables est un excellent indicateur de l’importance que les États accordent au développement durable.

Nous sommes déçus de constater que les indicateurs de l’OCDE sur la croissance verte ne fournissent pas les orientations politiques attendues, alors que les pays ont demandé que des mesures de la richesse plus efficaces et plus précises soient conçues, lors du sommet de Rio de 1992 puis du sommet Rio+20 de 2012. Selon nous, le modèle statistique de l’OCDE ne tient pas suffisamment compte de la totalité des coûts économiques et environnementaux générés par l’inaction. Certes, il est difficile de construire un indicateur unique qui, s’il est trop abstrait, risque d’être inutile. Néanmoins, le catalogue actuel des 20 indicateurs « phares » de l’OCDE est clairement insuffisant puisqu’il n’écarte même pas ce qui est désormais inacceptable, notamment les programmes nucléaires ou l’investissement dans le charbon. Que des pays comme la Corée puissent appliquer ces outils de mesure tout en élargissant leur parc nucléaire d’une façon coûteuse, dangereuse et non durable, révèle toute la partialité de ces indicateurs.

Le développement durable inclut tout autant l’identification de ce qui n’est plus acceptable que l’identification des technologies « vertes » dans lesquelles investir. Une économie fondée sur l’énergie nucléaire, le pétrole, le charbon et le gaz, le génie génétique, les produits chimiques toxiques ou la surexploitation des forêts et des mers ne sera jamais durable ni verte. Il ne suffit pas de vérifier que les pays font mieux qu’avant. Il faut aussi voir si le changement est assez rapide et peut nous ramener à bon port avant qu’il ne soit trop tard. Des indicateurs qui ne reflètent pas la réalité ne peuvent pas nous aider à déterminer comment nous développer économiquement sans détruire la planète, et comment assurer la justice et des moyens d’existence suffisants pour tous.

Il est temps que nous dépassions les débats manichéens sur la croissance et donnions un sens véritable à des mots comme « inclusive » ou « verte ». Nous ne pouvons plus nous abriter derrière ces termes et, simultanément, condamner notre avenir. Autrement, ces notions seront aussi détestées et combattues que l’a été le consensus de Washington – à juste titre.

Certains secteurs, comme celui des énergies renouvelables, devront poursuivre leur croissance, déjà engagée aujourd’hui. C’est le cas aux États-Unis où la nouvelle capacité de production installée en septembre 2012 était intégralement renouvelable. Parallèlement, les personnes et les communautés auront besoin d’un accès plus large aux ressources, aux terres et à l’argent, en particulier dans les pays en développement.

Mais la croissance globale du PIB ne doit pas être une obsession, en particulier dans les pays industrialisés. Des solutions existent. Notre [R]évolution énergétique ne doit pas être crainte par les gouvernements. Elle doit être mise en œuvre en urgence. Nous ne pouvons pas laisser des discours obsolètes ou des intérêts particuliers, comme ceux du secteur des énergies fossiles, entraver le processus d’inclusion, de justice et de création d’emplois verts dont nous avons besoin.

 

Références et liens recommandés

[R]évolution énergétique de Greenpeace

Page web de l’OCDE/AIE sur les subventions et autres aides aux combustibles fossiles

Travaux de l'OCDE sur l'environnement

Travaux de l'OCDE sur la croissance verte et le développement durable

Problématiques du Forum de l'OCDE 2013

Articles de l'Observateur de l'OCDE sur l'énergie

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©Eric Piermont/AFP

Par Kumi Naidoo, Directeur exécutif, Greenpeace International


©L'Annuel de l'OCDE 2013

 

 

 

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