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Environnement

Une planète à neuf milliards d'habitants

 

Est-il possible que neuf milliards d’habitants vivent sur cette planète et bénéficient d’une qualité de vie satisfaisante ? Et, dans ces conditions, les économies peuvent-elles croître, les entreprises faire des profits et les collectivités s’épanouir, sans porter préjudice aux systèmes naturels indispensables à la vie ? Cela sans détruire les dernières régions sauvages ?

Au WWF, nous pensons que la réponse à ces questions est simple : oui.

Pourtant, notre Rapport Planète vivante montre très clairement à quel point l’utilisation humaine des ressources affecte notre planète. Sa lecture n’est pas réjouissante. Depuis 1970, les populations des espèces ont diminué de moitié environ. Chaque année, nous consommons moitié plus de ressources que la planète n’en recrée. Nous ne nous contentons plus de puiser dans les intérêts : nous avons entamé le capital. Ce faisant, nous pillons non seulement nos propres réserves vitales, mais nous détruisons des habitats, érodons la biodiversité et portons atteinte aux services essentiels que la nature nous offre, jour après jour, gratuitement.

Notre croissance démographique, qui doit nous amener à neuf milliards en 2050, met à rude épreuve notre capacité à satisfaire nos besoins élémentaires : air et eau purs, alimentation, énergie et logement. Pendant les 40 prochaines années, l’humanité va devoir produire plus de nourriture que pendant les 8 000 ans écoulés. D’où viendra-t-elle ? Et l’eau et l’énergie nécessaires pour la produire ? Répondre aux besoins et aux aspirations des prochaines générations sera de plus en plus difficile. En outre, la moitié de la population actuelle vivant avec moins de 2,50 USD par jour, beaucoup de pays doivent également réduire la pauvreté et améliorer le niveau de vie de leurs habitants.

Obéir à ces impératifs exercera sans doute aussi une pression croissante sur certains des espaces naturels les plus riches et précieux de la planète – les dernières frontières écologiques. Prenons l’Afrique. Elle possède environ 60 % des terres arables non mises en valeur dans le monde et, selon les estimations basses, plus de 30 % des ressources minérales mondiales. Mais cette richesse potentielle se situe en grande partie dans des zones qui présentent une forte diversité biologique et produisent beaucoup de services écosystémiques. C’est aussi en Afrique que plus de la moitié des nouveaux gisements pétroliers et gaziers sont découverts, souvent dans des zones d’une valeur écologique très importante. Comment satisfaire notre appétit de ressources, favoriser un développement équitable et durable pour tous, et continuer à protéger ces derniers espaces vierges, leur vitalité, leur productivité et leur connectivité ?

De nombreux outils nécessaires pour repenser le développement au XXIe siècle sont déjà à notre disposition. Il faut peut-être les perfectionner ou mieux les utiliser, mais ils existent. Alors, que faire ?

D’abord, dans l’optique d’une prospérité durable, les gouvernements et les instances régionales doivent améliorer l’intégration de la planification et la transparence des décisions. Pour agir rationnellement, ils ont besoin de soutien dans l’évaluation de toutes les options potentielles de développement. Il faut aussi que les décideurs sachent mieux apprécier la valeur non financière des sites écologiquement importants. Ainsi, le WWF et le Natural Capital Project ont collaboré avec l’Autorité et l’Institut de gestion de la zone côtière de Belize pour concevoir plusieurs scénarios de mise en valeur des milieux côtiers et marins du pays.

Ensuite, les institutions et le cadre juridique doivent permettre à la société civile de participer pleinement aux décisions qui concernent l’environnement local et l’y encourager. Comme l’ont montré les campagnes menées pour protéger le parc national des Virunga, en République démocratique du Congo, de l’exploitation pétrolière, la société civile internationale peut amplifier la voix des militants locaux, leur faciliter l’accès aux informations et de transmettre leurs revendications aux acteurs internationaux.

Enfin, en tant que dépositaires responsables des capitaux, les investisseurs et les institutions financières ont un rôle à jouer. Les investisseurs et les entreprises auxquelles ils confient leurs fonds définissent le cadre dans lequel les décisions de développement sont prises. C’est pourquoi il est crucial que les investissements soient responsables et que les investisseurs utilisent leur influence pour exiger des entreprises qu’elles respectent les traités et engagements internationaux tels que les Principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises multinationales et la Convention du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le WWF est convaincu qu’il est possible de créer un monde propice à l’épanouissement de neuf milliards d’habitants, sans mettre en péril les systèmes naturels ni les services vitaux qu’ils assurent, et en protégeant les espèces et les sites les plus précieux. Mais pour y parvenir, nous devons défendre ensemble nos dernières frontières écologiques. L’OCDE et ses membres ont un rôle central à jouer à cet égard. Le WWF se tiendra à leurs côtés.

Réferences

WWF (2014), Rapport planète vivante 2014 – Des hommes, des espèces, des espaces et des écosystèmes, WWF France

Voir wwf.fr

Principes directeurs de l'OCDE à l'intention des entreprises multinationales, voir www.oecd.org/fr/gouvernementdentreprise/mne

Travaux de l'OCDE sur la croissance verte et le développement
durable

Travaux de l'OCDE sur l'investissement 


Thématiques du Forum de l'OCDE 2015

L'Observateur de l'OCDE

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Marco Lambertini 
Directeur général
WWF International

© L'Annuel de l'OCDE
2015

 

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