Indicateurs, modélisation et perspectives sur l'environnement

Lancement officiel de l'édition 2008 des Perspectives de l'environnement de l'OCDE

 

Allocution prononcée par Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE

Oslo, Norvège, 5 mars 2008

Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs,

C'est pour moi un honneur d'assurer aujourd'hui à Oslo le lancement des Perspectives de l'environnement de l'OCDE à l'horizon 2030. Je tiens à remercier M. le Premier Ministre Jens Stoltenberg pour cette excellente initiative, qui cadre avec l'engagement de la Norvège à contribuer aux efforts menés à l'échelle internationale dans le domaine de l'environnement.

Pour l'OCDE, il s'agit d'une occasion très importante. Ces dernières années, les questions d'environnement sont venues se placer au premier rang des préoccupations des responsables politiques. Plusieurs évaluations récemment publiées ont mis en lumière les progrès des connaissances et nous ont fait prendre conscience des tendances alarmantes dans ce domaine. Elles nous ont aidés à saisir l'urgence de l'action. Les Perspectives de l'environnement de l'OCDE nous montrent maintenant comment agir. Elles nous montrent aussi que les solutions à mettre en œuvre pour s'attaquer aux grands problèmes d'environnement auxquels nous sommes aujourd'hui confrontés sont à la fois réalisables et abordables.

Les Perspectives de l'environnement à l'horizon 2030 sont l'aboutissement d'un projet de quatre années reposant sur les travaux de l'OCDE en matière de modélisation économique et environnementale et sur une analyse rigoureuse de l'action des pouvoirs publics. Associant projections économiques et projections environnementales pour les décennies à venir, ce rapport sans précédent analyse différentes politiques envisageables, en tenant compte à la fois des avantages qu'elles présentent pour l'environnement et des coûts qu'elles entraînent. Pour ce faire, il décrit des scénarios présentant l'impact des évolutions économiques et sociales sur l'environnement au cours des décennies à venir, et examine les mesures nécessaires pour relever les principaux défis. Il montre aussi comment les différents pays devront unir leurs efforts pour s'attaquer à un programme d'action complexe.

L'édition 2008 des Perspectives de l'environnement de l'OCDE traite des enjeux environnementaux et des pressions sur l'environnement qui découlent de différents secteurs (agriculture, pêche, transports, énergie) et de certaines branches d'activité.

Il me faut néanmoins vous prévenir : la lecture des Perspectives de l'environnement de l'OCDE n'a rien de réjouissant. Le tableau qui y est brossé de notre planète en 2030 si aucune réforme n'est mise en place est sinistre. L'OCDE a identifié quatre domaines prioritaires dans lesquels il est urgent d'agir : le changement climatique, l'appauvrissement de la biodiversité, la pénurie d'eau et l'impact de la pollution et des produits chimiques toxiques sur la santé humaine. Dans tous ces domaines, les conséquences de l'inaction des pouvoirs publics sont considérables. Je souhaiterais vous donner simplement quelques exemples dans ces quatre domaines :

  • Faute de nouvelles politiques, les émissions de gaz à effet de serre à l'échelle mondiale devraient, selon les projections, augmenter de plus de 50 % d'ici à 2050. Il pourrait en résulter une hausse de la température mondiale qui atteindrait de 1.7 à 2.4 degrés Celsius en 2050 (par rapport aux niveaux préindustriels), et de 4 à 6 degrés Celsius à très long terme, d'où une augmentation des vagues de chaleur, des sécheresses, des tempêtes et des inondations, qui porterait gravement atteinte aux infrastructures essentielles et aux cultures.
  • Faute de nouvelles politiques, les espèces animales et végétales continueront de disparaître sous l'effet des pressions dues au développement de l'agriculture, de l'urbanisation et du changement climatique. Si l'on ne parvient pas à enrayer la perte de biodiversité, la détérioration d'écosystèmes essentiels se poursuivra, ainsi que celle de la base de ressources naturelles indispensable aux industries agro-alimentaire et pharmaceutique, entre autres.
  • Faute de nouvelles politiques, plus de 3.9 milliards de personnes - soit 1 milliard de plus qu'aujourd'hui - vivront dans des régions touchées par le stress hydrique en 2030. La pénurie d'eau sera exacerbée par la pollution des ressources en eau, l'agriculture étant le premier utilisateur et le principal pollueur de ces ressources.
  • Faute de nouvelles politiques, l'impact de la pollution de l'air et de l'eau sur la santé humaine devrait s'aggraver. En 2030, il y aura probablement quatre fois plus de décès prématurés liés à l'ozone troposphérique, et l'inhalation de particules fines précipitera le décès de plus de 3.1 millions de personnes. Sans parler des risques pour la santé qui résultent de l'exposition aux produits chimiques dans l'environnement et les produits, et pour lesquels on ne dispose pas encore d'informations suffisantes pour se faire une idée précise de la situation.

Le principal message de l'édition 2008 des Perspectives de l'environnement de l'OCDE est le suivant : les solutions aux grands problèmes d'environnement existent, elles sont applicables et elles sont abordables, notamment si on les met en regard de la croissance économique prévue et des coûts et conséquences de l'inaction. Cela ne signifie pas qu'elles seront bon marché ou faciles à mettre en œuvre, mais elles sont à notre portée.

En 2030, le PIB mondial devrait avoir doublé par rapport à son niveau actuel. Notre analyse montre que la mise en œuvre d'une panoplie de mesures visant à faire face simultanément à plusieurs problèmes d'environnement - par exemple, réduire d'un tiers les émissions des principaux polluants atmosphériques, et ne pas laisser les émissions de gaz à effet de serre augmenter de plus de 12 % par rapport aux niveaux actuels, contre 37 % selon le Scénario de référence - amputerait cette croissance cumulée de 1 % environ en 2030.

Or, même si cette panoplie de mesures permet de réduire sensiblement les émissions de GES par rapport au Scénario de référence, elle ne sera pas suffisante pour atteindre les objectifs plus ambitieux actuellement négociés au niveau international pour faire face au changement climatique. Aussi les Perspectives s'appuient-elles sur un certain nombre de simulations, dont une notamment vise à stabiliser les émissions de gaz à effet de serre à 450 parties par million (ppm) dans l'atmosphère.

Les résultats obtenus montrent que l'introduction progressive d'une taxe sur le carbone à l'échelle mondiale permettrait d'atteindre cet objectif plus ambitieux à un coût représentant 0.5 % environ du PIB en 2030 et 2.5 % en 2050. Cette taxe mondiale sur les émissions de gaz à effet de serre représenterait l'équivalent de 0.5 centime de dollar des États-Unis supplémentaire par litre d'essence en 2010, puis 1.5 centime en 2020, 12 centimes en 2030 et environ 37 centimes en 2050.

Le facteur temps est essentiel. Nous devons agir maintenant, avant que soient franchis les seuils critiques au-delà desquels les dommages seront irréversibles, ou les coûts de l'inaction des pouvoirs publics bien plus importants.

L'occasion nous est - aujourd'hui - offerte de mettre en place des stratégies efficaces par rapport aux coûts, grâce auxquelles nous pourrons nous acheminer vers un avenir propre et vert. En effet, les économies émergentes, dont la croissance est rapide, vont engager au cours des années à venir de lourds investissements en infrastructures énergétiques et en constructions. Ces investissements détermineront les combustibles qui seront utilisés et l'efficience des bâtiments pour les décennies à venir. Faisons donc en sorte que ces carburants et ces bâtiments de l'avenir soient aussi respectueux de l'environnement que possible pour les générations futures.

Pour maintenir les coûts de l'action à un faible niveau, il faut s'appuyer en grande partie sur les instruments de marché - comme la tarification de l'eau, les échanges de permis d'émission, les taxes sur les polluants, les redevances sur les déchets, etc. La suppression des subventions dommageables pour l'environnement, notamment en faveur des combustibles fossiles et de la production agricole, serait un bon début. Elle réduirait la place que les activités polluantes et excessivement gourmandes en ressources naturelles occupent dans l'économie. Elle permettrait aussi aux contribuables et aux consommateurs d'économiser beaucoup d'argent.

Pour contenir les coûts et favoriser l'innovation, les politiques devraient avant tout faire payer ce qui est "mauvais" plutôt que de subventionner ce qui est "bon". Toutefois, les panoplies de mesures devront contenir d'autres instruments que les instruments de marché - comme les réglementations et les normes (normes d'efficacité énergétique applicables aux véhicules et aux bâtiments, par exemple), les investissements dans la R D, les approches sectorielles et volontaires mobilisant les initiatives de l'industrie, l'éco-étiquetage et les stratégies d'information permettant aux consommateurs d'utiliser leur pouvoir de pression sur le marché pour récompenser les producteurs "verts".

Sans aucun doute, les évolutions technologiques feront elles aussi partie de la solution. Nous ne devons toutefois pas oublier que la diffusion généralisée de technologies innovantes ne va pas sans soulever de gros problèmes du point de vue des droits de propriété intellectuelle, et qu'il faudra faire face à ces problèmes.

Les pays devront modifier la structure de leur économie de manière à s'assurer des lendemains plus écologiques et plus durables, et à émettre peu de carbone. Les coûts de cette restructuration sont abordables, mais la transition devra être conduite avec soin, en tenant compte des impacts sociaux et des répercussions sur la compétitivité, et en tirant parti de possibilités nouvelles comme l'éco-innovation.

Enfin et surtout, nous devons avoir à l'esprit que, pour bien faire dans le domaine de l'environnement, il ne suffit pas de savoir quoi faire et comment. Il faut aussi répondre à la question : qui va payer quoi ? Les effets redistributifs sont un aspect aussi important que le progrès technologique et le choix des instruments. C'est pourquoi la recherche des meilleures solutions nécessitera une volonté politique et une coopération internationale d'une échelle sans précédent.

Il faudra, par exemple, que des liens étroits de coopération soient établis entre les pays développés et les économies émergentes - en particulier le Brésil, la Russie, l'Inde, l'Indonésie, la Chine et l'Afrique du Sud - ainsi que les autres pays en développement. Le coût mondial de l'action sera beaucoup moins élevé si tous les pays œuvrent de concert pour atteindre leurs objectifs environnementaux communs.

Les ministres de l'environnement ne peuvent à eux seuls résoudre ces problèmes environnementaux. Ils ont besoin du soutien politique des Premiers Ministres et des ministres des Finances, afin de pouvoir disposer de moyens financiers suffisants et instaurer des instruments de marché comme les taxes environnementales. Ils ont aussi besoin du soutien des ministères de l'Énergie, de l'Agriculture, des Transports, de l'Industrie et d'autres encore, afin que soient mises en œuvre les réformes des politiques sectorielles nécessaires pour réduire l'impact environnemental de nos modes de production et de consommation. L'engagement d'autres acteurs concernés, dont les partenaires clés du secteur des entreprises, de la société civile et des syndicats, est tout aussi important. Les médias jouent également un très grand rôle, en appelant l'attention du public sur les problèmes liés à la dégradation de l'environnement et sur leurs solutions.

L'édition 2008 des Perspectives de l'environnement de l'OCDE s'inscrit dans un programme d'activité plus général de l'OCDE visant les problèmes d'ampleur mondiale. C'est ainsi que le Comité des politiques d'environnement organisera le mois prochain une réunion au niveau ministériel au cours de laquelle les ministres des pays de l'OCDE et des principales économies émergentes, ainsi que des pays candidats à l'adhésion, examineront les conclusions des Perspectives. En juin de cette année, nous tiendrons notre réunion annuelle du Conseil de l'OCDE au niveau des Ministres, où le principal thème de discussion sera celui des aspects économiques du changement climatique. Notre but est d'asseoir l'architecture de l'après-Kyoto sur des bases économiques solides.

A l'OCDE, nous savons maintenant que les politiques permettant de faire face aux principaux enjeux environnementaux sont applicables et abordables, et nous savons comment les mettre en œuvre. Nous savons aussi, et c'est tout aussi important, que pour éviter des dommages irréversibles à notre environnement et nous épargner les coûts élevés de l'inaction, nous devons agir dès aujourd'hui. Le lancement de l'édition 2008 des Perspectives de l'environnement de l'OCDE marque une nouvelle étape de notre engagement constant à contribuer à assurer la pérennité de notre environnement, et à relever ainsi le défi le plus important pour l'humanité.

 

 

 

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