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Environnement

Une Grande Charte pour la Terre?

 

Les discussions internationales en cours en 2015 – dans le cadre notamment de la réunion d’Addis-Abeba sur le Financement du développement en juillet, de l’adoption d’un nouvel ensemble d’Objectifs universels de développement durable aux Nations Unies en septembre, et du sommet sur le changement climatique de Paris à la fin de cette année cruciale – nous donnent une occasion unique et exceptionnelle de rédiger une « Grande Charte pour la Terre ».

Dans une époque de fragilité et d’incertitude extrêmes, amplifiées par des conflits et des tragédies humanitaires toujours plus effroyables, je crains plus que jamais que nous ne demandions à la Terre plus que ce qu’elle peut produire de manière durable. Nous devons modifier radicalement notre approche de la croissance et du développement afin de mettre fin aux conséquences dévastatrices sur l’environnement.

La Grande Charte - dont nous célébrons cette année en Angleterre le 800e anniversaire de la signature – a établi certains des principes fondamentaux, toujours en vigueur aujourd’hui, des droits de l’homme et de la liberté individuelle. La pertinence de ce document emblématique ne s’est jamais démentie au fil des siècles et j’aime à croire que les Objectifs de développement durable et l’accord sur le climat de 2015 pourraient constituer le socle d’un contrat similaire qui régirait, sur un aussi long terme, les relations entre la Terre et l’être humain.

Les enjeux sont colossaux, c’est pourquoi la place centrale accordée à ces thèmes lors du Forum de l’OCDE cette année ne pourrait être plus opportune. Si cette problématique très complexe peut être abordée sous des angles multiples, quatre domaines me semblent particulièrement aptes à susciter des transformations.

Le premier a trait à la nécessité impérieuse de diminuer et de réorienter les subventions aux combustibles fossiles. Je suis frappé par l’importance qu’attache l’OCDE à cette question, et par l’élan mondial croissant en faveur d’une transition de régimes « pervers » de subventions à des dispositifs plus utiles à l’environnement, la société et l’économie.

Il ne fait aucun doute qu’une réforme pertinente et systématique des subventions aux combustibles fossiles contribuerait grandement à la diminution des émissions et aurait d’autres retombées positives, notamment au niveau de la qualité de l’air et de l’état de santé et du bien-être des individus. Associée à des mesures sur la tarification du carbone, elle pourrait avoir des effets positifs profonds.

Deuxièmement, nous devons immédiatement mettre au point de nouveaux outils économiques et développer une compréhension plus globale de l’économie afin de pérenniser les écosystèmes et la biodiversité dont notre bien-être dépend en très grande partie. Un certain nombre d’études, notamment celle d’une initiative mondiale intitulée The Economics of Ecosystems and Biodiversity, ou TEEB, ont calculé de manière irréfutable la véritable valeur économique de la biodiversité et des écosystèmes, et ont prouvé, de façon tout aussi convaincante, qu’en intégrant dûment cette valeur dans nos décisions, nous modifierions radicalement le calcul économique de nos activités en faveur de la protection, la conservation et l’utilisation durable du capital naturel garant de notre pérennité et dont nous dépendons.

Les réunions internationales de 2015, et notamment la conférence sur le Financement du développement qui aura lieu à Addis-Abeba en juillet, nous offrent une occasion unique d’accomplir des progrès décisifs. Je souhaite ardemment que les initiatives en cours dans de nombreux pays et entreprises pour mieux prendre en compte et intégrer le « capital naturel » continuent de porter leurs fruits et soient reproduites à grande échelle.

Troisièmement, il me semble qu’une attention croissante devrait être accordée à ce que l’on qualifie de plus en plus d’économie circulaire. Ce système économique, qui repose sur la restauration et l’utilisation intelligente des ressources, peut être source de transformations susceptibles d’ouvrir la voie à une économie mondiale plus sûre, durable et résiliente. Il mérite d’être soutenu aux plus hauts niveaux. Qu’il s’agisse de lutter contre la prolifération des débris plastiques dans les océans, d’extraire les substances nutritives ou d’empêcher le gaspillage des ressources minérales rares contenues dans les biens de consommation hors d’usage, les retombées seraient vastes et s’exerceraient aux niveaux local, national et international. J’espère sincèrement que les pays membres de l’OCDE et leurs entreprises s’empareront de ce concept et se l’approprieront de façon innovante afin d’en faire une réalité, notamment en développant des indicateurs de l’économie circulaire dans le cadre de l’Indicateur du vivre mieux de l’OCDE.

Mon quatrième point porte sur la question des infrastructures urbaines. Il me semble fondamental de reconnaître la charge que fera peser la croissance phénoménale de l’environnement bâti prévue pour les dix prochaines années sur nos écosystèmes naturels, en particulier sur les ressources en eau, mais également sur les systèmes humains et sociaux, si nous ne parvenons pas à revoir notre planification et notre conception du développement urbain et à nous affranchir d’habitudes anciennes. Compte tenu des ressources colossales, chiffrées à plusieurs milliers de milliards de dollars, qui seront dépensées, nous devrons impérativement veiller à ce que les investissements, en plus de porter sur les relations systémiques fondamentales entre les villes et l’environnement naturel, soient également destinés à améliorer le bien-être des individus et les communautés humaines.

En conclusion, nous ne pourrons effectuer à temps la transition vers une véritable durabilité, et éviter ainsi les dommages les plus graves sur l’environnement dus à une croissance économique traditionnelle, que si nous décidons d’agir sans tarder afin de remettre l’économie mondiale, en expansion continue, sur la voie de la durabilité, de la pérennité et de la résilience. Aucun groupe et aucun secteur ne parviendra à accomplir cette transition seul. Tous, gouvernements, fonds souverains, universitaires, journalistes, investisseurs institutionnels, autorités de réglementation du secteur financier, banques, entreprises, maires, société civile ou citoyens, ont un rôle essentiel à jouer.

Avons-nous la volonté d’agir ? Allons-nous continuer à mettre en péril l’avenir de nos enfants et petits-enfants afin de préserver le statu quo, ou allons-nous enfin prendre conscience que 2015 nous offre une occasion exceptionnelle – peut-être la dernière de ce type – de changer de paradigme ? Tous mes vœux vous accompagnent lors du Forum de l’OCDE. Je ne peux qu’espérer que vous progresserez dans les réponses à apporter à ces questions, qui resteront sans nul doute dans l’histoire comme les plus importantes de notre époque.

 

Voir le site internet du Prince Charles : www.princeofwales.gov.uk

Pour plus d’informations sur la Grande Charte, voir le site de la British Library : www.bl.uk/magna-carta

 

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