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Environnement

Discours prononcé à l'occasion du lancement de l'Examen environnemental de la Corée

 

Par Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE
Séoul, 21 septembre 2006

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs,

C'est avec grand plaisir que je viens, au nom de l'OCDE, présenter à Séoul le deuxième Examen des performances environnementales de la République de Corée.

Notre premier Examen environnemental de la Corée, publié peu après que la Corée est devenue membre de l'OCDE, évaluait les progrès réalisés entre 1990 et 1997. C'est donc en toute logique que nous faisons paraître ce deuxième examen des performances environnementales de la Corée, qui couvre la période postérieure à 1997, la même semaine où nous célébrons le 10ème anniversaire de l'adhésion de la Corée à l'OCDE.

Après la crise financière de 1997, la Corée a enregistré l'un des plus forts taux de croissance économique des pays de l'OCDE - 6 % par an en moyenne - et connu d'importantes mutations structurelles. En quoi cette croissance rapide a-t-elle influé sur les efforts déployés par la Corée pour parvenir à un développement économique, environnemental et social équilibré ? Peut-on réellement parler d'une "croissance verte" ?

L'Examen de la Corée

Ce rapport examine les performances environnementales de la Corée, en tenant compte des efforts conjugués du gouvernement et de la société civile. Il énonce 54 recommandations. Celles-ci ont été approuvées par tous les pays de l'OCDE, y compris la Corée, à l'issue d'une procédure formelle d'examen qui s'est déroulée cette année.

L'examen des politiques et des performances des pays constitue l'une des missions essentielles de l'OCDE. Nous réalisons ces études dans plusieurs domaines (comme la situation économique en général ou les politiques de l'éducation), et tous les pays de l'OCDE font l'objet d'un examen de leurs performances environnementales. Notre but est d'aider les pays membres à améliorer leurs performances individuelles et collectives en matière de gestion de l'environnement et de développement durable. Nous examinons également les performances environnementales de certains pays non membres. De fait, nous préparons actuellement un examen de la Chine, qui devrait intéresser la Corée en raison des nombreux problèmes environnementaux transfrontières qui se posent dans la région.

Résultats

Depuis 1997, la Corée a obtenu sur plusieurs fronts d'importants résultats dans le domaine de l'environnement. Je me contenterai d'en citer quelques uns :

  • La Corée a réduit ses émissions des principaux polluants atmosphériques, notamment les oxydes de soufre (SOx), en recourant à des carburants et combustibles moins polluants (pour les véhicules et les centrales électriques) et à des procédés industriels plus propres. Mesurées par unité de PIB, les émissions de SOx de la Corée sont actuellement inférieures de moitié à la moyenne de l'OCDE.
  • La qualité de l'eau s'est améliorée, grâce à l'adoption d'une méthode de gestion par bassin versant et à des investissements massifs dans les infrastructures de traitement des eaux usées, à raison de 20 milliards USD environ en moins de dix ans. Ces efforts ont permis de porter la part de la population bénéficiant de services d'assainissement de 45 % en 1995 au chiffre impressionnant de 84% en 2005.
  • Dans le domaine de la gestion des déchets, l'effort particulier consacré par la Corée aux "3R" (réduire, recycler, réutiliser) a porté ses fruits. Malgré une croissance économique rapide, l'augmentation de la production de déchets municipaux a été limitée grâce à un nouveau système de redevances d'élimination des déchets en fonction du volume et à une politique de recyclage dynamique. En 2003, près de trois quarts de tous les déchets ont été recyclés ; c'est là un des meilleurs résultats enregistrés dans les pays de l'OCDE.
  • La Corée a aussi renforcé sa législation environnementale et introduit un certain nombre d'instruments économiques. Ses dépenses environnementales ont atteint plus de 2 % du PIB, niveau relativement élevé par rapport aux autres pays de l'OCDE. Les solides partenariats public-privé instaurés avec des entreprises et des ONG environnementales ont contribué à la prise en charge de nombreux problèmes d'environnement.
  • La Corée a su jouer sur la scène internationale un rôle moteur dans le domaine de l'environnement, en coopérant sur les questions régionales (comme les pluies acides, les pêcheries marines, ou les espèces sauvages migratrices), et en proposant la protection écologique de la zone démilitarisée.

Défis

Toutefois, les émissions de dioxyde de carbone (CO2) de la Corée, ainsi que sa consommation d'énergie, de pesticides et d'engrais, sont parmi les plus élevées de la zone OCDE par unité de PIB ou de superficie. Pour l'avenir, la Corée a encore besoin de relever un certain nombre de défis dans le domaine de l'environnement, tout en poursuivant un développement durable conciliant ses objectifs économiques, environnementaux et sociaux. Le rapport formule de nombreuses recommandations, mais je n'en citerai que quelques unes :

  • La Corée doit continuer de renforcer sa coopération internationale dans le domaine de l'environnement, s'agissant de la protection de la couche d'ozone, de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et des aspects relatifs au milieu marin. Par exemple, les émissions de CO2 de la Corée par unité de PIB sont parmi les plus élevées des pays de l'OCDE ; elles représentent le double de celles de la France et une fois et demie celles du Japon. 
  • Nous recommandons que la Corée envisage d'entreprendre une réforme fiscale écologique, ainsi que d'examiner les effets environnementaux des instruments fiscaux, de recenser les subventions dommageables pour l'environnement et d'améliorer l'utilisation des instruments économiques.
  • La politique énergétique et la politique des transports de la Corée doivent mieux prendre en compte les préoccupations environnementales. Le pays doit continuer d'améliorer l'efficacité de son utilisation d'énergie et de matières. De fait, la Corée est l'un des rares pays de l'OCDE qui n'a pas réduit son intensité énergétique (consommation d'énergie par unité de PIB) par rapport à 1990. Le pays aurait beaucoup à gagner de telles améliorations.
  • La Corée devrait intégrer la gestion qualitative et quantitative des ressources en eau, et mettre pleinement en œuvre sa réforme de l'eau.
  • La Corée devrait intensifier ses efforts pour progresser sur la voie d'une économie plus "circulaire", en continuant de réduire, recycler et réutiliser les déchets.
  • Enfin, la Corée a besoin d'augmenter les financements et ressources humaines consacrés à la protection de la nature. Elle peut y parvenir en prenant conscience de la valeur que revêtent la nature, la biodiversité et les paysages pour les loisirs et le tourisme, et en les considérant comme une source de biens publics essentiels, comme la protection contre les inondations.

Conclusion

En conclusion, j'insisterai sur nos trois messages principaux :

  1. La Corée a poursuivi une grande partie des avancées environnementales constatées dans le premier examen en 1997, et accompli de nouveaux progrès exceptionnels qui sont présentés dans ce deuxième examen ; elle mérite à cet égard des félicitations.
  2. Le processus de convergence dans lequel est engagée la Corée vis-à-vis des autres pays de l'OCDE sur le plan économique doit aller de pair avec une convergence environnementale. Je suis convaincu qu'en progressant plus avant dans ce domaine, la Corée sera récompensée par les avantages économiques que représentent des travailleurs en meilleure santé, une productivité industrielle accrue, et des innovations dans le domaine des technologies environnementales susceptibles de stimuler les exportations.
  3. Enfin, la Corée doit continuer d'intensifier ses efforts internationaux dans le domaine de l'environnement, notamment en ce qui concerne le changement climatique, la protection de la couche d'ozone, l'aide au développement et les problèmes liés au milieu marin. 

Monsieur le Ministre, je tiens à vous remercier, et à travers vous les nombreux responsables et experts de votre pays qui, avec talent et enthousiasme, ont contribué à cet examen dans un esprit d'ouverture et de transparence. Nous nous réjouissons à la perspective de les associer à nos futurs efforts dans ce domaine.