Emploi

Oeuvrer à la reprise

 

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Après la crise financière, la reprise cahotante remet en question un certain nombre d'hypothèses économiques. John Martin, Directeur de la Direction de l'Emploi, du Travail et des Affaires sociales à l'OCDE, explique l'impact de la crise sur l'emploi, ainsi que les enjeux pour le marché du travail dans les années et décennies à venir.

 

Quel a été l'impact de la crise sur le chômage ?

 

John Martin : Cette crise ne ressemble à rien de ce que nous avons connu auparavant. La crise pétrolière du début des années 70 avait entraîné des hausses massives du chômage dans presque tous les pays de l'OCDE. Cette fois-ci, l'impact a été très différent selon les pays. À une extrémité du tableau, le chômage n'a pratiquement pas augmenté aux Pays-Bas, en Norvège, en Autriche, en Suisse ou en Corée, où il se maintient aux alentours de 3 à 4 %. En Allemagne, le taux de chômage a même baissé. À l'autre extrémité, plus d'un actif sur cinq est sans travail en Espagne. Les pays ont aussi réagi de façon très différente. En Irlande, en Espagne et aux États-Unis, les entreprises ont procédé à des licenciements massifs. Dans d'autres, les entreprises ont conservé leurs effectifs mais on t réduit le temps de travail, comme en Belgique, en Allemagne, en France et en Italie, et aussi, en dehors de l'Europe, au Japon et en Corée.

 

 

Les législations du travail ont-t-elles été défaillantes d'une manière ou d'une autre ?

 

La crise a assurément soulevé un débat sur le droit du travail, qui protège les travailleurs plutôt que les emplois. L'Espagne en offre la meilleure illustration. Dans ce pays, la législation du travail était traditionnellement très protectrice pour les travailleurs titulaires de contrats permanents, et beaucoup moins pour les titulaires de contrats temporaires. Cela a entraîné un dualisme croissant du marché du travail, qu'on a pu observer aussi dans d'autres pays européens comme l'Italie, la France et la Grèce.

 

L'OCDE préconise un rééquilibrage depuis de nombreuses années : il faudrait moins de protection pour les travailleurs permanents mais plus pour les travailleurs temporaires et, dans le même temps, il faudrait une stratégie d'activation beaucoup plus efficace. Le gouvernement espagnol ne s'était pas attaqué au problème avant la crise, mais ses réformes les plus récentes vont maintenant clairement dans ce sens. La crise a souligné ce besoin, et la pression des marchés et de l'opinion publique a suscité des réponses.

 

Certains estiment que des pays européens comme l'Allemagne, où le marché du travail est comparativement peu flexible, s'en sortent mieux que d'autres pays comme les États-Unis, où le marché du travail est plus flexible. Partagez-vous cet avis ?

 

Cette comparaison est exagérée. Il ne fait aucun doute que la façon dont les négociations collectives, les syndicats et les employeurs ont réagi à la crise, en Allemagne, est très différente de ce qui s'est passé aux États-Unis. Cela tient pour beaucoup à l'histoire et à la puissance des syndicats et des organisations professionnelles, et à leur capacité à travailler ensemble. Mais, par ailleurs, le marché du travail allemand était devenu beaucoup plus flexible dans les années précédant la crise et, en particulier, les réformes entreprises par le gouvernement Schröder - les réformes Hartz - avaient véritablement contribué à rendre le marché du travail plus flexible, et à encourager les syndicats et employeurs à rechercher le consensus dans leurs négociations lorsque la crise a frappé, en 2008.

 

Aux États-Unis, les systèmes d'indemnisation du chômage partiel sont très rares. Il n'est donc pas étonnant que, lorsque la crise a éclaté, les entreprises aient licencié les travailleurs en grand nombre. Toute la question est de savoir quand elles recommenceront à embaucher. L'économie est en phase de reprise depuis plus d'un an, mais le secteur privé n'a pas encore recommencé à embaucher suffisamment pour faire reculer le chômage, qui se maintient aux alentours de 9,5 %.

 

Ce qui est préoccupant, c'est que beaucoup de ces chômeurs sont sans emploi depuis longtemps : actuellement, plus de 40 % des chômeurs sont au chômage depuis plus de six mois, ce qui est pratiquement un record depuis l'après-guerre. Il y a deux façons de voir les choses : il y a d'une part ceux qui pensent, comme Narayana Kocherlakota, le président de la Fed de Minneapolis, que le principal problème tient au décalage, dans l'économie américaine, entre les compétences que les entreprises recherchent et celles que les chômeurs possèdent. Et il y a, d'autre part, des économistes comme Paul Krugman qui estiment qu'il y a toujours eu une certaine inadéquation des compétences mais que, dans les circonstances actuelles, c'est la chute de la demande qui a été la principale cause du haut niveau de chômage. Je suis plus proche de la façon de penser de M. Krugman, du moins s'agissant du court terme. Mais plus le haut niveau de chômage perdure, plus les compétences des chômeurs s'amenuisent et plus il leur est difficile d'être compétitifs sur le marché du travail lorsque les entreprises recommencent à embaucher. Et le haut niveau de chômage évolue en chômage structurel, ce qui fait que même une reprise ne permet pas un recul rapide du chômage, et c'est là le vrai risque pour les États-Unis aujourd'hui.

 

Quand pensez-vous que la situation de l'emploi commencera à s'améliorer ?

 

Toute la question est de savoir quand la reprise, comme nous l'espérons tous, se confirmera. Cela dépendra en partie des solutions apportées à plusieurs problèmes concernant les marchés financiers, les budgets publics, les échanges mondiaux, etc. Mais faisons l'hypothèse que l'économie mondiale se redressera avec plus de vigueur qu'actuellement. Les pays qui ont enregistré les plus fortes augmentations du chômage devront alors essayer de le ramener à des niveaux plus acceptables. L'expérience nous enseigne que lorsqu'il y a une augmentation forte et soudaine du chômage, il faut généralement de 5 à 10 ans pour en effacer l'essentiel. Dans certains cas, on ne retrouve même jamais les niveaux de chômage d'avant la crise. De fait, un pays sort généralement d'une crise avec un taux de chômage sous-jacent plus élevé et c'est le grand risque, aujourd'hui, pour des pays comme les États-Unis, l'Irlande, l'Espagne et l'Islande. Aux États-Unis, même les commentateurs les plus optimistes disent qu'il faudra environ 5 ans, voire plus, pour retrouver un taux de chômage de 5 %. Beaucoup de chômeurs retrouveront un emploi, mais certains pourraient rester au chômage pendant encore plusieurs années.

 

À plus long terme, quels sont les autres problèmes à résoudre sur le marché du travail ?

 

Les compétences. À moyen terme, c'est une question très importante. On s'est davantage concentré sur les effets immédiats de la crise mais, à plus long terme, surtout dans un contexte de vieillissement de la population et de la main-d'oeuvre, et d'essor des économies émergentes, les pays de l'OCDE devront continuer d'investir dans le développement des compétences. Il faudra qu'ils se préoccupent du décalage entre les compétences des travailleurs et celles que recherchent les entreprises. Il faudra donc mettre davantage l'accent sur la formation et faire de l'apprentissage tout au long de la vie un véritable objectif de l'action publique.

 

Malheureusement, la plupart des investissements dans les compétences s'arrêtent lorsque les gens atteignent la quarantaine. À l'avenir, les pays de l'OCDE devront beaucoup plus investir dans les milieux de carrière, dans la tranche d'âge des 40-55 ans. Il s'agit d'un véritable défi pour les pays de l'OCDE pour les 10 ou 20 ans à venir, et les gouvernements vont devoir sensibiliser les travailleurs à la nécessité d'améliorer en permanence la valeur de leurs compétences.

 

Références et liens recommandés

 

www.oecd.org/emploi/perspectives

 

Forum politique de l'OCDE sur l'éducation - Investir dans les compétences pour le XXIème siècle, 4-5 novembre 2010 www.oecd.org/education/ministerielle/forum

 

 

 

 

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