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Emploi

La nouvelle révolution de la production passe par le respect des travailleurs

 

Tout le monde parle en ce moment de la quatrième révolution industrielle – et à juste titre. Le numérique relie toujours plus étroitement les gens, la production et les processus. Conjugué au développement rapide de l’intelligence artificielle, des machines autodidactes et de la robotique, il annonce une nouvelle ère de progrès technologiques révolutionnaires.

 

Soyons clairs. Les nouvelles technologies ne sont pas les ennemies des travailleurs. Mais leur développement, leur diffusion et leur utilisation doivent déboucher sur des emplois de qualité, assortis de conditions de travail décentes et d’un niveau approprié de protection sociale. Autrement, le progrès à court terme pourrait infliger des dommages durables à l’économie et à la société.

 

Il faut prendre ces défis à bras-le-corps et parler franchement de la peur compréhensible que beaucoup peuvent éprouver pour la sécurité et l’avenir de leur emploi. Nous devons débattre des moyens d’accueillir les avancées technologiques et de créer de nouveaux emplois tout en évitant une détérioration des conditions de travail et une aggravation des clivages socio-économiques.

 

Selon moi, le bon fonctionnement futur du marché du travail suppose un solide dialogue social, un filet de sécurité sociale à mailles serrées et un système éducatif de premier ordre qui donne à chacun la possibilité de se former tout au long de sa vie active.

 

Les robots arrivent

Les défis ne manquent pas. Le progrès technologique favorise l’automatisation des tâches routinières dans le secteur manufacturier, qui se traduit par la suppression de nombreux emplois. Ce n’est pas nouveau. On a déjà vu ça dans le secteur agricole et dans l’industrie. La différence, toutefois, c’est que l’intelligence artificielle et les machines autodidactes pourraient induire une automatisation sans précédent de tâches qui ont jusqu’à présent nécessité l’intervention humaine.

 

S’il est vrai que la transformation numérique est porteuse d’innovation et de croissance, elle risque également de fracturer le marché du travail et d’y bouleverser les relations. La quatrième révolution industrielle, comme il est convenu de l’appeler, ne touchera pas seulement les travailleurs de l’industrie, mais l’ensemble du marché du travail, privé comme public. Pas seulement la main-d’œuvre peu qualifiée, mais aussi les médecins, les juristes et les autres professionnels très instruits.

 

 

Il est en tout cas indéniable que les premières vagues de la transformation numérique et l’automatisation qui les accompagnera affecteront tous les travailleurs, qualifiés et non qualifiés. Au Danemark, une étude de McKinsey-Denmark indique notamment que les technologies actuelles permettraient d’automatiser jusqu’à 40 % de l’ensemble des tâches/heures de travail. Selon un think tank danois, Cevea, il est très probable que près de 800 000 emplois soient automatisés d’ici une vingtaine d’années. Cela représente presque le tiers du nombre total d’emplois dans le pays. Il n’y a pas besoin d’être syndicaliste pour mesurer l’ampleur de ce défi, qui est bien réel et inéluctable.

 

Beaucoup craignent qu’à l’avenir, les robots et l’intelligence artificielle n’aggravent le chômage, tandis que l’automatisation ne profiterait qu’à quelques-uns. À cette crainte fait écho l’opinion de l’OCDE, selon laquelle les inégalités nuisent à la croissance économique, laquelle doit être au contraire plus équilibrée et inclusive. L'« économie des plateformes » qui se fait jour pourrait faciliter la recherche d’emploi pour ceux qui en ont besoin, mais ne devrait pas être un moyen, pour les employeurs et les contribuables, d’échapper à leurs obligations. Elle constitue donc une sérieuse menace pour nos systèmes sociaux et publics.

 

Technologie et compétences, dans un climat de sérénité

Cette quatrième révolution industrielle provoquera probablement des perturbations plus brutales et de plus grande ampleur que ce que nous avons connu jusqu’à présent. La question qui se pose est donc la suivante : comment faire en sorte que le marché du travail puisse faire face aux défis à venir et renforcer nos sociétés en assurant à tous prospérité, égalité et sécurité ?

 

D’abord, si la technologie doit créer de nouveaux produits et des emplois de qualité, nous devons veiller à ce que la population active possède les compétences voulues. C’est un impératif absolu qui exige des investissements massifs dans des systèmes d’éducation et de formation novateurs, et la formation continue au travail. Mais cela suppose aussi que les travailleurs assument leur part de responsabilité dans la mise à niveau de leurs compétences. Pour cela, il faut qu’ils bénéficient d’une protection sociale adéquate, et que les employeurs soient disposés à investir dans leur personnel, à accorder des congés pour formation et à contribuer à la qualité de l’apprentissage des jeunes.

 

Ensuite, les perturbations de l’emploi sont lourdes de conséquences pour les travailleurs, qui sont nombreux à craindre d’être les prochains à perdre leur travail. Un filet de sécurité sociale fiable et universel est un facteur de sérénité et de dynamisme du marché du travail. C’est un impératif absolu pour que les travailleurs prennent des risques et se réorientent en acquérant de nouvelles compétences.

 

Enfin, nous devons veiller à ce que les avancées technologiques ne soient pas utilisées pour contourner les normes du travail et les droits des travailleurs. Les travailleurs à la tâche et participatifs devraient avoir les mêmes droits que les autres travailleurs, y compris la protection sociale, les régimes de retraite et les autres prestations. Conformément aux recommandations de la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (TUAC) sur la transformation et l’économie numériques, un dialogue social plus étroit et des systèmes fondés sur des accords doivent constituer la pierre angulaire du marché du travail.

 

Nous devons faire en sorte que tous soient prêts pour l’avenir. À l’évidence, il s’agit d’une tâche herculéenne qui doit mobiliser les efforts à la fois des pouvoirs publics, des employeurs et des travailleurs. C’est seulement ensemble que nous pourrons mettre en place les conditions-cadres nécessaires pour que le progrès technologique profite à tous.

 

Voir www.lo.dk/English

 

Références

 

McKinsey (2016), « A future that works : The impact of automation in Denmark », voir http://www.mckinsey.com/denmark/our-insights/a-future-that-works-the-impact-of-automation-in-denmark

Tænketanken Cevea et HK Danmark (2015), « Digitale trends og det danske arbejdsmarked », voir https://cevea.dk/analyse/10-arbejdsmarked/1749-digitale-trends-og-det-danske-arbejdsmarked

 

TUAC (2017), « Key Recommendations & Outcomes of the Trade Union Forum on Digitalisation and the Future of Work », voir http://www.tuac.org/en/public/e-docs/00/00/13/2A/document_news.phtml

 

© L'Annuel de l'OCDE 2017

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Lizette Risgaard
Présidente, Confédération des syndicats danois

© L'Annuel de l'OCDE 2017

 

 

Il est en tout cas indéniable que les premières vagues de la transformation numérique et l’automatisation qui les accompagnera affecteront tous les travailleurs, qualifiés et non qualifiés. Au Danemark, une étude de McKinsey-Denmark indique notamment que les technologies actuelles permettraient d’automatiser jusqu’à 40 % de l’ensemble des tâches/heures de travail. Selon un think tank danois, Cevea, il est très probable que près de 800 000 emplois soient automatisés d’ici une vingtaine d’années. Cela représente presque le tiers du nombre total d’emplois dans le pays. Il n’y a pas besoin d’être syndicaliste pour mesurer l’ampleur de ce défi, qui est bien réel et inéluctable.

 

Beaucoup craignent qu’à l’avenir, les robots et l’intelligence artificielle n’aggravent le chômage, tandis que l’automatisation ne profiterait qu’à quelques-uns. À cette crainte fait écho l’opinion de l’OCDE, selon laquelle les inégalités nuisent à la croissance économique, laquelle doit être au contraire plus équilibrée et inclusive. L'« économie des plateformes » qui se fait jour pourrait faciliter la recherche d’emploi pour ceux qui en ont besoin, mais ne devrait pas être un moyen, pour les employeurs et les contribuables, d’échapper à leurs obligations. Elle constitue donc une sérieuse menace pour nos systèmes sociaux et publics.

 

Technologie et compétences, dans un climat de sérénité

Cette quatrième révolution industrielle provoquera probablement des perturbations plus brutales et de plus grande ampleur que ce que nous avons connu jusqu’à présent. La question qui se pose est donc la suivante : comment faire en sorte que le marché du travail puisse faire face aux défis à venir et renforcer nos sociétés en assurant à tous prospérité, égalité et sécurité ?

 

D’abord, si la technologie doit créer de nouveaux produits et des emplois de qualité, nous devons veiller à ce que la population active possède les compétences voulues. C’est un impératif absolu qui exige des investissements massifs dans des systèmes d’éducation et de formation novateurs, et la formation continue au travail. Mais cela suppose aussi que les travailleurs assument leur part de responsabilité dans la mise à niveau de leurs compétences. Pour cela, il faut qu’ils bénéficient d’une protection sociale adéquate, et que les employeurs soient disposés à investir dans leur personnel, à accorder des congés pour formation et à contribuer à la qualité de l’apprentissage des jeunes.

 

Ensuite, les perturbations de l’emploi sont lourdes de conséquences pour les travailleurs, qui sont nombreux à craindre d’être les prochains à perdre leur travail. Un filet de sécurité sociale fiable et universel est un facteur de sérénité et de dynamisme du marché du travail. C’est un impératif absolu pour que les travailleurs prennent des risques et se réorientent en acquérant de nouvelles compétences.

 

Enfin, nous devons veiller à ce que les avancées technologiques ne soient pas utilisées pour contourner les normes du travail et les droits des travailleurs. Les travailleurs à la tâche et participatifs devraient avoir les mêmes droits que les autres travailleurs, y compris la protection sociale, les régimes de retraite et les autres prestations. Conformément aux recommandations de la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (TUAC) sur la transformation et l’économie numériques, un dialogue social plus étroit et des systèmes fondés sur des accords doivent constituer la pierre angulaire du marché du travail.

 

Nous devons faire en sorte que tous soient prêts pour l’avenir. À l’évidence, il s’agit d’une tâche herculéenne qui doit mobiliser les efforts à la fois des pouvoirs publics, des employeurs et des travailleurs. C’est seulement ensemble que nous pourrons mettre en place les conditions-cadres nécessaires pour que le progrès technologique profite à tous.

 

Voir www.lo.dk/English

 

Références

 

McKinsey (2016), « A future that works : The impact of automation in Denmark », voir http://www.mckinsey.com/denmark/our-insights/a-future-that-works-the-impact-of-automation-in-denmark

 

Tænketanken Cevea et HK Danmark (2015), « Digitale trends og det danske arbejdsmarked », voir https://cevea.dk/analyse/10-arbejdsmarked/1749-digitale-trends-og-det-danske-arbejdsmarked

 

TUAC (2017), « Key Recommendations & Outcomes of the Trade Union Forum on Digitalisation and the Future of Work », voir http://www.tuac.org/en/public/e-docs/00/00/13/2A/document_news.phtml

 

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