Politiques et données des migrations internationales

Les migrations et l’État-providence en temps de crise

 

Discours d’Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE, prononcé lors du Lancement de l’édition 2013 des Perspectives des migrations internationales


13 juin 2013, Bruxelles, Belgique

Madame la Commissaire Malmström, Monsieur le Commissaire Andor, Mesdames, Messieurs :

C’est un grand plaisir de vous présenter l’édition 2013 des Perspectives des migrations internationales en compagnie des deux Commissaires européens en charge des questions de migration. Il s’agit du quatrième lancement conjoint consécutif de la publication-phare annuelle de l’OCDE sur les migrations internationales, à Bruxelles. Cet engagement prolongé témoigne de l’excellente coopération entre la Commission européenne et l’OCDE dans ce domaine.

L’année dernière, nos Perspectives des migrations portaient sur quelques-uns des défis majeurs des politiques migratoires dans un contexte de crise. Eh bien la crise n’est pas encore derrière nous. Nombre de pays de l’OCDE, en particulier en Europe, sont toujours confrontés à un chômage tenace et élevé, et à des déséquilibres budgétaires marqués. Deux éléments qui peuvent faire apparaître des pressions politiques concernant les migrations. C’est pourquoi la présente édition des Perspectives tente d’apporter un éclairage sur les liens qui unissent ces défis et les migrations internationales. Si vous me le permettez, je souhaiterais vous faire partager nos principales conclusions.

Les flux migratoires reprennent

Après 3 années de baisse consécutive, les flux migratoires sont repartis à la hausse, mais de façon modérée. Les flux vers les pays de l’OCDE ont augmenté d’environ 2 % en 2011, et atteignent presque 4 millions de personnes. Les données disponibles pour 2012 font apparaître une tendance semblable pour 2012. Les migrations à l’intérieur de l’Europe, qui ont augmenté de 15 % en 2011 après une baisse de près de 40 % durant la crise, sont à l’origine de ces chiffres.  

La faiblesse persistante de la croissance économique et le niveau élevé du chômage, en constante augmentation, en Espagne, en Grèce, en Irlande, en Italie et au Portugal ont conduit des migrants vers d’autres pays européens, tels que l’Allemagne, où la conjoncture économique est plus favorable. Ceci est frappant. Il n’y a pas si longtemps, une augmentation des flux migratoires nous faisait penser à des migrants pauvres venant de pays en voie de développement pour chercher du travail. Aujourd’hui nous parlons de migrants d’autres pays de l’OCDE qui sont amenés à quitter leur pays en quête de meilleures conditions de vie.

Ces tendances sont accompagnées par des changements de politiques significatifs. L’attention est portée pour une large part sur les migrants hautement qualifiés. La Directive « Carte Bleue » de l’Union européenne, par exemple, a donné l’occasion à de nombreux pays de revoir leurs systèmes de gestion des migrations. Par ailleurs, on observe une augmentation continue de l’importance des migrations d’étudiants internationaux, tant en termes de contingents qu’en termes d’objectifs politiques. En effet, sept pays de l’OCDE ont modifié leur système en 2011 et 2012 afin d’attirer un plus grand nombre de ces étudiants.

Cependant, les réformes ne sont pas concentrées que sur les hautement qualifiés. Par exemple, dans notre récente étude sur la gestion des migrations de travail en Allemagne, nous rapportons que les employeurs s’attendent également à des pénuries dans les professions intermédiaires. Une meilleure adaptation des systèmes migratoires à la variété des besoins du marché du travail est aussi au cœur des discussions actuelles autour de la réforme de la politique migratoire aux États-Unis. Cette réforme devrait proposer des possibilités de régularisation aux quelques 11 millions de migrants en séjour irrégulier dans le pays et renforcer le rôle central des États-Unis dans la compétition mondiale pour attirer les talents.


Les immigrés sont confrontés à d’importants problèmes

Malgré les progrès réalisés en matière de réformes et de politiques migratoires, les immigrés sont toujours confrontés à des obstacles majeurs. La situation du marché du travail pour les immigrés s’est détériorée ces cinq dernières années dans de nombreux pays. Le chômage parmi les immigrés a augmenté de 5 points de pourcentage entre 2008 et 2012, comparativement à une hausse de 3 points de pourcentage pour les autochtones[i]. Le niveau de chômage de longue durée est également alarmant parmi les immigrés. En Europe, par exemple, près de la moitié des immigrés au chômage sont à la recherche d’un emploi depuis plus d’un an et sont ainsi exposés à un sérieux risque de marginalisation.

C’est d’ailleurs une préoccupation plus importante dans certains pays, notamment en Europe du sud où le taux de chômage peut atteindre 50% pour certains groupes d’immigrés, que dans d’autres pays. En Australie, au Canada et en Allemagne, par exemple, les immigrés réussissent relativement bien dans l’ensemble.

La discrimination est un autre problème auquel les immigrés doivent faire face. Notre publication s’intéresse particulièrement à cette question et montre que la discrimination se révèle plus fréquente que ce qui peut être communément attendu. Par exemple, il n’est pas rare que, pour obtenir un entretien, des candidats ayant un nom à consonance étrangère doivent effectuer deux fois plus de candidatures que ceux dotés des mêmes qualifications mais ne portant pas un nom étranger.

La discrimination freine l’intégration sur le marché du travail et limite, pour les immigrés, les opportunités de contribuer pleinement au progrès économique et social du pays d’accueil. Ce phénomène ne touche donc pas seulement les immigrés mais l’économie et la société dans leur ensemble. La discrimination repose souvent sur des stéréotypes infondés portant sur les immigrés si bien qu’il est de la responsabilité des gouvernements de lutter contre ces stéréotypes en mettant en avant des faits et en maintenant un discours équilibré sur les sujets de migration.


L'impact fiscal de l'immigration est neutre (voire légèrement positif)

Dans la plupart des pays, les immigrés contribuent davantage en termes d'impôt et de contributions sociales qu'ils ne perçoivent de prestations individuelles. En tenant compte de l'ensemble des dépenses publiques, l'impact fiscal des migrations devient globalement neutre. Ces résultats sont les principaux messages du chapitre des Perspectives de cette année qui présente une première approche comparative de l'impact fiscal des migrations au niveau des pays de l'OCDE. Selon notre étude, l’impact fiscal actuel des vagues successives d’immigration des 50 dernières années est quasi nul en moyenne dans la zone OCDE. En particulier, les immigrés contribuent moins aux recettes publiques que les natifs en raison de leur niveau de revenus plus faible, mais ils perçoivent également moins de prestations. Ceci va à l'encontre de quelques idées reçues.


Tandis que ces résultats portent sur l'ensemble des immigrés, y compris les membres des familles et les migrants humanitaires, les jeunes, ayant un bon niveau de qualification et entrés au titre du travail constituent un groupe dont l'impact fiscal net est toujours important et positif. Mais pour tirer le meilleur parti de ces bénéfices, il est essentiel de promouvoir l'accès à l'emploi des immigrés. Pour s'assurer que les immigrés contribuent positivement aux finances publiques, un objectif prioritaire est de favoriser leur accès à l'emploi.

Globalement, nous pouvons être sûrs que l'immigration est fiscalement neutre et qu'elle peut, du moins partiellement, pallier les pénuries de main-d'œuvre engendrées par le vieillissement des populations. Dans les pays où les finances publiques sont mises à mal, il est par conséquent impératif d'éviter de réduire de façon disproportionnée les ressources allouées aux programmes d'intégration. Au contraire, les efforts devraient se concentrer sur la mise en place des mesures les plus efficaces, en particulier les cours de langue et la formation professionnelle, et de cibler les groupes les plus vulnérables, comme les jeunes immigrés.

Mesdames et messieurs:

Les flux migratoires internationaux sont essentiels au bon fonctionnement de nos économies. Même en période de crise et de restrictions budgétaires, une approche globale est nécessaire pour produire les meilleurs effets. J'espère que cette édition des Perspectives des migrations internationales de l'OCDE aidera les pays à concevoir, promouvoir et mettre en œuvre de meilleures politiques en matière de migration.

Permettez-moi de remercier une nouvelle fois les Commissaires Madame Malmström et Monsieur Andor pour leur contribution et aussi pour leur volonté de continuer à partager leurs points de vue sur ces questions et sur d'autres questions importantes liées à la migration.

Je suis heureux de leur passer la parole.

Merci

 

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