Politiques et données sur l'emploi

Stimuler l'emploi et les revenus - les enseignements tirés de la réévaluation de la Stratégie de l'OCDE pour l'emploi

 

Par Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE
Allocution prononcée lors de la réunion des Ministres de l'emploi et du travail du G8
Moscou, 9-10 octobre 2006

En 1994, les pays de l'OCDE ont approuvé la Stratégie pour l'emploi qui consistait en un ensemble de dix recommandations à l'intention des pouvoirs publics pour faire reculer le chômage qui était alors élevé. Il s'est avéré que la Stratégie a joué un grand rôle dans le débat sur les politiques à mener et a exercé une très grande influence sur le processus de réforme. Elle a aussi donné des résultats concrets : depuis 1994, le chômage a régressé et l'emploi a augmenté dans la plupart des pays de l'OCDE (voir graphiques 1 et 2).

Suivant en cela une demande des Ministres, nous avons procédé récemment à une réévaluation de la Stratégie pour l'emploi, à la lumière de ce que nous avons appris et en tenant compte des nouveaux défis qui se dessinent :

  • D'abord, alors que le chômage de masse était le problème majeur il y a dix ans, l'enjeu aujourd'hui est d'augmenter l'emploi et d'améliorer les revenus. Naturellement, la lutte contre la persistance d'un haut niveau de chômage représente, aujourd'hui encore, une tâche importante inachevée, surtout dans les grands pays européens. Mais le vieillissement de la population fait que l'augmentation de l'emploi est désormais une priorité clé pour tous les pays du G8. Permettez-moi de vous donner simplement ces chiffres : aujourd'hui, dans la zone de l'OCDE,  on compte quatre actifs pour une personne retraitée ; la proportion tombera, d'après les projections, à environ deux actifs pour un retraité en 2050.
  • Dans le même temps, quelque 35% de la population d'âge actif dans les pays de l'OCDE (soit 265 millions de personnes en 2005) n'ont pas d'emploi. Et la plupart de ces personnes (près de 230 millions) ne sont pas au chômage. Pour la plupart, ce sont des étudiants, des femmes, des pré retraités ou des personnes handicapées.
  • Promouvoir l'emploi est une tâche plus urgente encore du fait de la mondialisation et des progrès technologiques rapides. L'enjeu, dans ce contexte, est de veiller à ce que les individus et les entreprises soient capables de s'adapter rapidement au changement, cela d'autant plus que les pressions à l'ajustement s'intensifieront, à l'avenir, lorsque les pays dotés d'une main-d'œuvre abondante, comme la Chine et l'Inde, seront davantage intégrés à l'économie mondiale.
  • En un mot, ce dont nous avons besoin aujourd'hui c'est de davantage d'emplois et d'emplois mieux rémunérés.

La Stratégie de l'OCDE pour l'emploi, dans sa nouvelle formulation, répond directement à cet impératif. Elle a été communiquée à la presse à la mi-juin et présentée aux Ministres, lors d'un Forum à haut niveau qui s'est tenu à Toronto, à l'invitation du Ministre Diane Finlay, que je tiens d'ailleurs à remercier pour son hospitalité.

La Stratégie pour l'emploi, dans sa nouvelle formulation, s'articule autour de quatre grands axes qui traitent à la fois de la création d'emplois et de la demande de main-d'œuvre :

  • Mener les politiques macroéconomiques appropriées ;
  • Lever les éléments qui font obstacle à la participation au marché du travail et à la recherche d'emploi ;
  • S'attaquer aux éléments qui font obstacle à la demande de main-d'œuvre sur le marché du travail et sur les marchés de produits ;
  • Faciliter la mise en valeur des qualifications et des compétences de la main-d'œuvre.

Ces quatre grandes orientations sont analysées en détail dans notre Rapport de base et je n'y reviendrai pas ici en détail. Mais si vous avez des questions à poser, mon collègue, John Martin se fera un plaisir d'y répondre.

J'aimerais évoquer maintenant quatre messages politiques importants qui émergent de la réévaluation de la Stratégie pour l'emploi :

Premier message : Nous avons beaucoup appris sur la façon d'augmenter le taux d'emploi

Nos travaux ont montré que les pays peuvent sensiblement réduire le chômage et le nombre des bénéficiaires de prestations sociales en mettant en œuvre des stratégies efficaces de retour à l'emploi. Ces stratégies doivent reposer sur un principe d'activation et d'obligation mutuelles entre les organismes publics et les demandeurs d'emploi, et supposent aussi que l'on veille à ce qu'il soit clairement intéressant, sur un plan financier, pour le demandeur d'emploi et pour sa famille, d'accepter un emploi plutôt que de continuer à percevoir des prestations.

Les travailleurs âgés

Là encore, notre examen de la situation dans plus de 20 pays de l'OCDE nous a permis de disposer d'éléments probants sur ce qui marche. Mais il y a encore beaucoup à faire pour éliminer les dispositifs qui poussent aux cessations anticipées d'activité, dans les systèmes de pension tant publics que privés. Il faut aussi convaincre les seniors et les travailleurs à mi-carrière, ainsi que les employeurs, de l'avantage qu'il y a, sur le plan économique et social, mais aussi sur le plan de la santé, à travailler plus longtemps.

Les femmes

Le taux d'emploi des femmes a augmenté dans de nombreux pays, mais on peut faire mieux. Nous savons que les réformes fiscales, conjuguées à des systèmes de gardes d'enfants de qualité et d'un coût abordable, peuvent jouer un grand rôle à cet égard. Cela suppose toutefois que les pouvoirs publics comme le secteur privé investissent davantage dans les politiques favorables aux familles et encouragent un partage plus équitable des responsabilités parentales entre hommes et femmes.

Les jeunes

Nous savons qu'il est fondamental d'éviter aux jeunes le stigmate de l'échec scolaire. Les interventions précoces, dès avant la période scolaire, puis, durant la période de la scolarité obligatoire, sont efficaces. De même, les systèmes de formation en alternance, qui permettent aux jeunes à la fois de suivre des études et d'acquérir une formation dans le milieu de travail, ont fait la preuve de leur efficacité comme moyen de promouvoir l'emploi des jeunes. Et un nouvel examen de l'OCDE consacré à la transition de l'école au travail, examen auquel cinq des pays du G8 participent, nous permettra d'améliorer encore notre connaissance des pratiques optimales.

Mais il y a une autre menace qui se dessine alors que nous essayons d'aider d'autres catégories d'inactifs à trouver du travail. Par exemple, il est très préoccupant de constater qu'en 2005, dans les pays de l'OCDE, il y avait environ 42 millions de personnes d'âge actif qui dépendaient des prestations d'assurance maladie/invalidité à long terme, alors qu'il y avait à peine plus de 36 millions de chômeurs.

L'enjeu pour nous - l'enjeu pour vous est de savoir comment adapter la stratégie d'activation/d'obligation mutuelles de manière à aider un grand nombre de ces personnes à accéder à l'emploi. L'OCDE vient de lancer une étude portant sur 12 pays qui cherche à mettre en évidence comment on peut conjuguer les actions préventives, la logique d'obligation mutuelle, la rééducation et l'adaptation des pratiques au travail pour aider les personnes handicapées qui souhaitent travailler. Nous savons que beaucoup de personnes handicapées souhaiteraient travailler si on leur en donnait la possibilité.

Deuxième message : Veiller à ce que les travailleurs aient les compétences adéquates

Je ne saurais trop souligner l'importance de la contribution  que la formation tout au long de la vie peut apporter à la croissance économique, tout en réduisant, par ailleurs, la pauvreté et en atténuant les inégalités. A l'évidence, les bases de la formation tout au long de la vie résident dans des systèmes d'enseignement efficaces, et notre fameuse enquête PISA apporte des éclairages très intéressants sur les bonnes pratiques et, à l'inverse, les mauvaises pratiques dans nos établissements scolaires. Mais il faut continuer d'apprendre tout au long de la vie active. L'accès à la formation est très inégalement réparti dans la main-d'œuvre adulte, dans tous les pays : les personnes qui ont le moins bon niveau de formation et de compétences sont celles qui participent le moins à des actions de formation.

Que peut-on faire ?

  • Veiller au bon fonctionnement du marché de la formation en améliorant la transparence et la transférabilité des qualifications formelles et informelles, et en intensifiant les pressions concurrentielles sur les prestataires de formation. Dans l'esprit du Programme PISA qui concerne les élèves, l'OCDE travaille à la mise au point d'un programme pour l'évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) qui devrait beaucoup aider dans cette tâche.
  • On a pu constater que les aides publiques sont plus efficientes lorsqu'elles vont de pair avec une contribution émanant de l'individu ou de l'entreprise bénéficiaire, autrement dit lorsqu'il y a cofinancement de la formation.
  • Les données d'observation montrent que le manque de temps empêche de nombreux travailleurs de suivre toutes les formations qui leur seraient nécessaires. En ce cas, des congés formation bien conçus pourraient être utiles, surtout pour les catégories défavorisées.
  • L'implication active des partenaires sociaux dans la conception et la mise en œuvre des politiques de formation tout au long de la vie peut contribuer à la réussite des programmes.

Troisième message : Des combinaisons de mesures différentes peuvent conduire à une bonne performance du marché du travail : il n'y a qu'une seule route qui conduise à Rome ou à Moscou ! (voir graphique 5)

Les recommandations à l'intention des pouvoirs publics de la Stratégie pour l'emploi, dans sa nouvelle formulation, doivent s'adapter aux circonstances nationales et aux préférences collectives :

  • Plusieurs pays qui obtiennent de bons résultats conjuguent de faibles niveaux de prestations sociales, un faible niveau d'imposition et des réglementations légères en matière d'emploi. Les Etats-Unis en sont un exemple.
  • D'autres pays qui, eux aussi, obtiennent de bons résultats, comme le Danemark et les Pays Bas, accordent de généreuses prestations sociales mais mènent, de diverses façons, une politique d'" activation " en direction des demandeurs d'emploi. Ces pays mettent souvent fortement l'accent sur la coordination des négociations collectives et le dialogue social. Ils enregistrent un haut niveau d'emploi et de faibles inégalités de revenus, quoi qu'à un coût budgétaire élevé.

Mais cela ne veut pas dire que tout marche ! Les deux exemples de réussite évoqués plus haut ont ceci en commun qu'ils mettent l'accent sur une forte concurrence et des marchés de produits très ouverts et libres, ainsi que sur la stabilité macroéconomique. Pour réussir, tout ensemble de mesures doit toutefois être cohérent et intégrer une structure d'incitation globale judicieuse. La mise en œuvre, également, est déterminante.

Quatrième message : La volonté politique est indispensable pour garder le cap

Peut-être, hochant la tête, me direz-vous : tout ceci est bel et bon mais comment puis-je introduire ce type de réforme et être réélu ? L'introduction de certaines des mesures préconisées se heurtera, souvent, à une vive résistance. Mais les problèmes de mise en œuvre ne doivent pas être une excuse pour ne rien faire. Les réussites obtenues par certains pays, au cours de la décennie écoulée, montrent ce à quoi on peut aboutir s'il y a une volonté politique de réforme suffisante. Prenons l'exemple de l'Espagne, qui a mené d'ambitieuses réformes de marchés de produits. Il y a 12 ans, le taux de chômage y était de plus de 20%. Il est aujourd'hui de moins de 8%, soit, pour la première fois dans l'histoire, un taux inférieur à celui observé en France et en Allemagne !

Je suis convaincu que les pays qui engageront des actions inspirées des recommandations de la Stratégie de l'OCDE pour l'emploi, dans sa nouvelle formulation, seront récompensés par un marché du travail plus dynamique et, plus encore, par une amélioration de leur niveau de vie.

 

 

 

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