Education

Pouvoirs publics et société civile : construire ensemble un avenir numérique pour l’éducation

 

Conférence inaugurale de la Semaine de l’éducation à Paris

Allocution de clôture de M. Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE

Paris, le 14 novembre 2016

(Discours préparé pour allocution)

 

 

Madame la Ministre, Madame Bellaoui, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs :

 

L’OCDE est très heureuse d’avoir accueilli ce jour la conférence inaugurale de la Semaine de l’éducation à Paris. Je tiens à remercier la Ligue de l’Enseignement d’avoir réuni un ensemble d’intervenants aussi passionnés que visionnaires, et vous tous pour avoir mené des débats aussi animés que pragmatiques.

 

Les technologies numériques sont en train de transformer nos sociétés et nos économies

 

Mesdames et Messieurs, il faut agir maintenant dans les systèmes d’éducation. La mondialisation des téléphones cellulaires numériques ; la télévision numérique qui permet de connecter les populations même les plus isolées ; le début des voitures sans conducteur ; les 1.7 milliard d’utilisateurs actifs de Facebook; l’analyse des données massives dans la distribution ;  les applications à venir dans les marchés de capitaux de technologie Blockchain ; etc,  sont autant de témoins de la transformation de nos vies et de nos sociétés créée par la révolution numérique.

 

Et les élèves d’aujourd’hui sont des enfants du numérique ! Lors de la dernière enquête PISA, 96 % des élèves de 15 ans ont déclaré avoir un ordinateur à la maison, et passer environ 3 heures par jour sur l’internet en semaine.

 

Mais l’économie numérique engendre aussi des défis, modifiant la nature et la structure des organisations et des marchés, et soulevant d’importantes questions touchant à l’emploi et aux compétences, à la protection de la vie privée et à la sécurité.

 

Et l'OCDE s’emploie à y répondre. Nous avons notamment récemment lancé un projet horizontal ─ Le numérique au service de la croissance et du bien-être afin d’étudier comment les systèmes éducatifs, les individus et le secteur privé peuvent unir leurs efforts pour permettre aux jeunes d’acquérir les compétences qui leur permettront de s’épanouir dans un monde dominé par le numérique.  

 

Nous avons aussi travaillé avec le gouvernement chinois lors de sa présidence du G20 sur l’économie digitale, la révolution des modes de production, et sur leur plan d’action sur l’innovation qui vise à soutenir l’investissement dans les sciences et les technologies, à améliorer les compétences, et à encourager l’échange des connaissances. Enfin, nous avons tout un programme de travail sur l’évolution plus générale des compétences et l’avenir des emplois.

 

Les systèmes éducatifs accusent des retards

 

Trop souvent, les systèmes éducatifs accusent des retards par rapport à ces évolutions et ne procurent pas aux jeunes les outils nécessaires pour réussir au XXIe siècle. Les jeunes ont d’abord besoin de compétences fondamentales solides : savoir traiter l’information, faire preuve d’autonomie et de souplesse, et savoir résoudre les problèmes. Ils ont aussi besoin de compétences spécifiques, directement liées au numérique. Or, selon l’enquête PISA de l'OCDE, près de 20 % des élèves de 15 ans ne possèdent pas un niveau de compréhension de l’écrit numérique suffisant pour jouer un rôle actif dans le monde dominé par la technologie qui est aujourd’hui le nôtre.

 

Cependant, on sait que l’accès à la technologie seul ne permettra pas de renforcer nos systèmes éducatifs, ni d’améliorer les apprentissages.  Selon le rapport de l'OCDE Students, Computers and Learning: Making the Connection, aucune amélioration perceptible des résultats des élèves en lecture, en mathématiques et en sciences n’a été observée dans les pays ayant investi massivement dans les ordinateurs pour l’éducation.

 

Pour l’OCDE, les politiques de l’éducation doivent mettre à profit les retombées bénéfiques du numérique

 

Face à ce paradoxe apparent, il nous faut redoubler d’efforts pour faire en sorte que l’éducation exploite au mieux les possibilités offertes par les progrès du numérique. Le numérique est à la fois un enjeu pour l’adaptation des systèmes d’éducation et une opportunité, pour accélérer l’intégration de ceux actuellement exclus, et ainsi diminuer les inégalités.

 

Le temps est révolu où l’éducation visait uniquement à transmettre des connaissances. À l’heure de la mondialisation et des mutations technologiques rapides, l’éducation doit amener à exploiter au mieux ses connaissances, à faire preuve de créativité et d’esprit critique, et à savoir résoudre les problèmes et communiquer. Il s’agit aussi d’acquérir des compétences sociales et émotionnelles ─ notamment compassion, ouverture d’esprit, respect des autres, responsabilité, maîtrise de soi et persévérance ; ce que nous appelons collectivement la compétence globale, et que l’enquête PISA 2018 permettra de mesurer. L’enquête PISA 2015 avait déjà élargi l’évaluation des compétences aux sphères cognitive, sociale et émotionnelle, et avait notamment évalué comment les élèves résolvaient les problèmes en collaboration avec les autres. Toutes ces compétences sont cruciales pour l’avenir. 

 

Il est d’autant plus essentiel d’acquérir ces compétences que les emplois les plus menacés par l’automatisation sont ceux qui impliquent des tâches routinières, et qui sont traditionnellement occupés par des personnes peu qualifiées. À l’inverse, les emplois qui résistent sont ceux qui impliquent des services interpersonnels et nécessitent des capacités linguistiques de haut niveau, une grande faculté d’adaptation et de la créativité. Dans notre projet intitulé Le futur de l’éducation et des compétences: Education 2030, nous avançons pour mieux comprendre et analyser les différentes dimensions du savoir, des compétences, des attitudes et des valeurs dont les enfants auront besoin pour s’épanouir dans le monde de 2030.

 

Et il est clair qu’ils auront besoin de façon croissante de capacités d’adaptation, et de capacités à développer des solutions innovantes et à collaborer avec les autres pour trouver des solutions à des problèmes auxquels ils n’ont pas été confrontés auparavant. Nos systèmes d’éducation doivent s’adapter pour répondre à ces enjeux.

 

L’étude des disciplines relevant de la science, de la technologie, de l'ingénierie et des mathématiques (STIM) offre des perspectives d’emploi prometteuses. Nous devons toutefois veiller à ce que chacun puisse y avoir accès. À l’heure actuelle dans les pays de l'OCDE, 76 % en moyenne des diplômés  en ingénierie, techniques manufacturières ou construction, par exemple, sont des hommes. C’est pourquoi nous devons lutter contre les stéréotypes de genre dans ces domaines, promouvoir des exemples à suivre, et s’assurer que les filles aient l’occasion d’être confrontées à des expériences pratiques quant à leurs études futures et leurs opportunités de carrières.

 

L’OCDE s’emploie aussi à soutenir les efforts des chefs d’établissement, des parents et des enseignants pour mieux intégrer les technologies de l’information et des communications dans les écoles. Pour cela, les systèmes éducatifs doivent investir dans le renforcement des capacités et dans les compétences de gestion des changements, tout en maintenant et renforçant la qualité des interactions humaines. Les enseignants doivent devenir des agents actifs du changement. Les systèmes d’éducation doivent autonomiser et outiller les enseignants dans ce sens et reconnaitre et encourager les pratiques pédagogiques innovantes. 

 

Mesdames, Messieurs,

 

Aujourd’hui, au cours des débats, nous avons réfléchi aux dimensions nombreuses et très diverses que revêtent la numérisation et l’éducation.

 

Vous avez tous apporté des éclairages originaux sur les moyens nous permettant de garantir que les avancées de la technologie numérique se traduiront par une amélioration de l’apprentissage. Nos échanges ont montré la nécessité de modifier aujourd’hui les perceptions que nous avons des compétences dont les jeunes auront besoin demain.

 

Steve Jobs a dit un jour « la technologie seule ne suffit pas ─ c’est quand la technologie épouse les sciences humaines, les humanités qu’elle fait chanter nos cœurs ». Je crois que ces mots résument bien l’essence du défi que nous devons tous relever pour doter les jeunes des capacités qui leur permettront tout à la fois, dans un juste équilibre, de maîtriser le codage et de s’intéresser au sort des autres, de jongler avec les chiffres et de communiquer.

 

Je vous remercie.


 

 

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