Compétences au-delà de la scolarité

La rentabilité de l’investissement dans l’éducation

 

Remarques de Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE, lors du lancement de l’édition 2009 de Regards sur l’éducation

 

Paris, Centre de conférences de l’OCDE, 8 septembre 2009
 
Chaque année, Regards sur l’éducation fait le point de la situation des systèmes éducatifs et des progrès accomplis par les pays en vue d’améliorer les performances de ces systèmes.


L’édition 2009 de cet ouvrage paraît à un moment où la crise financière et les moyens de remédier à ses conséquences humaines et sociales mobilisent l’attention de tout un chacun. Cette parution intervient aussi  à une période où les pays s’emploient à stimuler leur capacité d’innovation, et où nous sommes confrontés au défi mondial le plus important de notre existence : la lutte contre le changement climatique.
Or, l’éducation est l’un des éléments de la réponse à apporter à tous ces enjeux. Le présent ouvrage confirme d’ailleurs combien il est important d’investir dans le capital humain tant pour les individus que pour la société dans son ensemble.


Permettez-moi de vous faire part brièvement de quelques-unes des réflexions et conclusions intéressantes de ce rapport avant de passer la parole à Bernard et Eric, qui vous livreront une analyse plus détaillée. Le premier résultat de cette étude concerne le lien  entre niveau d’études et niveau de salaire. Au cours de leur vie active, les titulaires d’une licence de sexe masculin gagneront, en moyenne, 186 000 USD de plus que s’ils n’en possédaient pas. Cette « prime à l’éducation » dépasse même 300 000 USD dans des pays comme l’Italie ou les États-Unis.

Naturellement, il convient de rapporter ces gains supplémentaires au coût de l’éducation pour la société d’une part et pour les individus d’autre part, y compris le « coût d’opportunité », ou le manque à gagner pendant la période où les gens font leurs études. Mais même en prenant en compte ces éléments, le rendement net public de l’investissement dans les études supérieures s’établit, en moyenne, à 52 000 USD pour les hommes et 27 000 USD pour les femmes.

Vu la conjoncture économique, les facteurs incitant les gens à poursuivre leurs études vont vraisemblablement se renforcer dans les toutes prochaines années. Cela s’explique par le fait que les coûts d’opportunité de l’éducation diminuent à mesure que les difficultés pour trouver un emploi augmentent. C’est  le manque à gagner pendant les études, et non les frais d’inscription, qui constitue généralement, pour les étudiants, l’élément de coût le plus important de tous. De surcroît, il leur est plus difficile d’entrer dans la vie active après l’obtention de leur diplôme dans un contexte de crise économique  parce que les employeurs suppriment des emplois, et que les jeunes diplômés se trouvent en concurrence avec des travailleurs plus expérimentés.

En fait, la plupart des pays de l’OCDE ont enregistré une hausse brutale du chômage des jeunes. Dans certains d’entre eux, le taux de chômage des jeunes travailleurs est de 3 à 4 fois supérieur à la moyenne. Les jeunes entrant dans la vie active ont des difficultés croissantes à trouver un emploi, même lorsqu’ils ont  atteint un niveau d’études élevé.

Sous les effets conjugués de ce phénomène et  de la restriction des budgets, l’investissement public et privé dans l’éducation fait désormais l’objet d’un examen de plus en plus attentif. Cette attitude est à la fois  inéluctable et saine. En effet, les pays de l’OCDE consacrent plus de 6 % de leur PIB à l’éducation. Environ un septième de l’ensemble des dépenses publiques est affecté à ce secteur. Le maintien d’un tel niveau de dépenses passera nécessairement par la démonstration de l’efficacité de l’utilisation des  fonds affectés aux systèmes éducatifs. Il conviendra également de démontrer que les coûts de l’éducation sont à la hauteur de ses avantages tant pour l’État que pour les individus.

En raison de la progression soutenue de ces dépenses, le volume des activités éducatives  a progressé à un rythme sans précédent. En moyenne, le taux d’obtention de diplômes universitaires a pratiquement doublé, passant de 20 % en 1995 à 39 % en 2007. Mais le rythme de cette évolution a varié considérablement d’un pays à l’autre, ce qui explique que la composition du vivier mondial de talents ait évolué elle aussi : à une extrémité de l’éventail, on trouve la Finlande, qui a amélioré ses performances relatives et est passée du dixième rang en 1995 au troisième en 2007. A l’inverse, les États-Unis ont reculé, tombant au quatorzième rang en 2007 alors qu’ils se classaient au deuxième en 1995, non parce que leur production de diplômés a baissé mais parce que les autres pays sont si nombreux à avoir enregistré une augmentation de cette production.

Longtemps nous nous sommes demandé combien de temps cette tendance pourrait se poursuivre sans créer une « inflation » des qualifications sur le marché du travail. Verra-t-on un jour chaque individu être titulaire d’un doctorat et percevoir le salaire minimum en contrepartie de son travail ? Eh bien, l’un des constats intéressants de cette étude est qu’en dépit de la hausse significative des niveaux d’éducation, la plupart des pays continuent de voir augmenter les avantages, en termes de rémunération, dont jouissent les titulaires d’un diplôme universitaire.  Nous pouvons probablement en déduire que le savoir demeure un atout important sur les marchés du travail.

En revanche, les personnes  les moins qualifiées voient leurs perspectives d’emploi se dégrader. Si l’on considère l’ensemble des pays de l’OCDE, on constate que 42 % des personnes ne possédant pas de diplôme du deuxième cycle de l’enseignement secondaire sont sans emploi. Les jeunes faiblement qualifiés qui se retrouvent au chômage ont aussi plus de risques de rester longtemps privés d’emploi : dans la plupart des pays, plus de la moitié des jeunes de 25 à 34 ans peu qualifiés qui sont sans emploi sont des chômeurs de longue durée.

De surcroît, si la demande d’éducation et de diplômes continue d’augmenter alors même que les perspectives d’emploi se réduisent, les travailleurs seniors, souvent peu qualifiés, risquent également d’être plus exposés à l’inactivité économique  de longue durée et chronique, une situation qui pourrait bien se pérenniser.

L’apprentissage tout au long de la vie n’ayant jamais été aussi indispensable, les décideurs doivent s’interroger sur les systèmes d’éducation et de formation pour déterminer aussi jusqu’à quel point ceux-ci répondent de façon adéquate aux besoins d’apprentissage non plus seulement des jeunes mais aussi des adultes nécessitant l’acquisition de nouvelles compétences.

Nos données montrent également que même si les dispositifs permettant de continuer des études ou une formation sont souvent conçus pour compenser des carences dans l’éducation initiale, en réalité les personnes possédant une formation initiale solide sont nettement plus nombreuses que les personnes les moins qualifiées à y participer. De ce fait, il est fréquent que ces dispositifs n’atteignent pas le public en ayant le plus besoin.

Enfin et surtout, aussi durables que soient ses répercussions sur le marché du travail, la crise pourrait avoir des conséquences à bien plus long terme sur le plan social. Pour la première fois, nous nous sommes penchés sur les retombées sociales de l’éducation en nous concentrant sur trois dimensions reflétant la santé et la cohésion des sociétés : évaluation personnelle de  son état de santé, intérêt pour la  politique et confiance interpersonnelle. D’après les données, ces retombées sociales ont toutes un rapport étroit, et positif, avec le niveau d’études atteint. Les personnes qui terminent leurs études secondaires du deuxième cycle ont beaucoup plus de chances de se déclarer en bonne santé que celles qui n’atteignent pas ce niveau. A contrario, la manifestation d’un plus grand intérêt pour la politique et la conviction que la plupart des gens s’efforcent d’être justes sont davantage la marque d’individus diplômés de l’enseignement supérieur.

Les enseignements à tirer de tout ceci sont évidents. Les pouvoirs publics ne relèveront pas  ces défis en continuant de proposer le même type d’éducation.  Les systèmes éducatifs seront mieux inspirés en assurant plus d’égalité des chances devant l’enseignement.

Bien entendu, Regards sur l’éducation ne se contente pas d’examiner les retombées de l’enseignement. L’édition 2009 brosse un tableau des dépenses d’éducation plus complet qu’il ne l’a jamais été. Cette année, pour la première fois, nous nous sommes efforcés de ne pas simplement comparer le montant des dépenses que les pays consacrent à l’éducation, mais aussi de voir comment ils arbitrent entre, par exemple, l’amélioration de la rémunération de leurs enseignants, la réduction de la taille des classes, l’allongement de la journée scolaire et l’allongement de la journée de travail des enseignants. A titre d’exemple, la Corée investit dans des salaires élevés pour attirer les individus les plus brillants vers l’enseignement et ménage aux enseignants largement assez de temps pour qu’ils puissent aussi faire tout autre chose. En contrepartie,  le nombre d’élèves par classe est  extrêmement élevé. La France, au contraire, privilégie les journées longues et réalise des économies sur les salaires des enseignants.

Ce sont là des aspects importants de l’action publique. Nous espérons donc que la profusion d’informations offertes par ce rapport aidera les décideurs à faire les bons choix. L’éducation est un investissement dans le devenir de nos sociétés. Sachons éviter les erreurs.

Mesdames et messieurs, je vous remercie.

 

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