Economie

L’OCDE et l’économie mondiale

 

Discours de M. Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE (voir la vidéo du discours)
Assemblée parlementaire élargie du Conseil de l’Europe
Strasbourg, 3 Octobre 2007


Introduction
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, c’est pour moi un honneur que de m’adresser à cette Assemblée parlementaire.
Je voudrais tout d’abord féliciter Mme Antigoni Papadopoulos pour son rapport sur « L’OCDE et l’économie mondiale en 2007 ». C’est en effet un rapport de grande portée, qui couvre un large éventail de thèmes. Dans mes remarques d’aujourd’hui, je n’en évoquerai que quelques uns, notamment les perspectives économiques et la contribution que peut apporter l’OCDE à l’amélioration du fonctionnement de l’économie mondiale.

Perspectives économiques
Comme vous le savez, les perspectives d’évolution de l’économie mondiale sont devenues nettement plus incertaines depuis notre dernière rencontre il y a un an. Les problèmes du marché des crédits immobiliers à haut risque aux États-Unis ont eu des retombées sur les marchés du logement et du crédit dans ce pays.  Cette crise a contaminé jusqu’à un certain point les marchés financiers européens, mais on n’en a pas encore vu toutes les conséquences, et il faudra trouver des solutions pour remédier aux dysfonctionnements sous jacents qui sont à l’origine du problème.

Il se peut que le pic de la croissance dans la zone euro soit maintenant derrière nous. La confiance des consommateurs a été ébranlée, même si elle reste relativement forte. Une nouvelle chute de la confiance aux Etats-Unis pourrait provoquer un ralentissement de l’économie dans ce pays. Et même si les taux de croissance restent soutenus en Asie, et dans certains pays comme le Royaume-Uni et le Canada, la situation d’ensemble incite à penser que l’économie mondiale pourrait s’acheminer vers un ralentissement de la croissance.

Vous savez sans doute que l’OCDE vient de publier sa toute première étude économique consacrée aux politiques communes de l’Union européenne ; celle-ci a été particulièrement bien perçue par le Président Barosso. Elle comprend des recommandations destinées à aider les pays de l’UE à poursuivre une croissance durable dans un environnement économique mondial en mutation,  qui se caractérise aujourd’hui par des prix du pétrole qui restent élevés et une monnaie européenne qui atteint des sommets.
L’Union européenne est la plus vaste économie mondiale et le premier exportateur mondial, et ses politiques ont une forte influence sur les différents États membres. D’après une estimation, la moitié environ des nouveaux textes législatifs nationaux découlent, directement ou indirectement, des textes adoptés à Bruxelles, c’est là une situation, qu’en votre qualité de législateurs, vous connaissez fort bien.
Sur le fond, notre évaluation est positive. L’Union européenne a apporté une contribution majeure à la prospérité en Europe. Le programme d’ouverture du marché unique, qui est encore loin d’être entièrement terminé, a permis de renforcer la concurrence, tout en stimulant la hausse des revenus et de la croissance. Les réformes économiques commencent à porter leurs fruits, notamment dans les pays où elles ont été engagées plus tôt. Le chômage diminue et la baisse des gains de productivité s’est enrayée et l’on espère que la productivité va commencer à se redresser. 

Cette première étude économique de l’UE a cependant permis de recenser un certain nombre de domaines dans lesquels des réformes sont nécessaires. Il reste de grandes possibilités d’amélioration des niveaux de vie. On observe un écart de PIB par habitant important rapport aux pays de l’OCDE les plus performants et cet écart s’est creusé au cours de la dernière décennie. Plus d’un tiers de la population en âge de travailler est inactive. Et les obstacles à surmonter se renforcent. La mondialisation offre de grandes opportunités aux économies dynamiques, mais pénalise celles qui sont moins adaptables tandis que le vieillissement démographique va lourdement peser sur les systèmes de protection sociale.
Dans l’ensemble nous formulons cinq grandes recommandations sur l’action à mener : premièrement, l’UE doit renforcer son marché intérieur, sachant que le secteur qui exige le plus de réformes est celui des services. Deuxièmement, les industries de réseau, gaz et électricité, devraient s’ouvrir plus largement à la concurrence. Troisièmement, il faudrait poursuivre l’effort de réforme de la politique agricole commune. Afin de renforcer l’efficacité de la PAC, il faudrait découpler les aides à l’agriculture de la production et mieux cibler ces aides en faveur des ménages agricoles à bas  revenus et des régions agricoles les plus pauvres. Quatrièmement, il faudrait diminuer les obstacles à la libre circulation des personnes, car la mobilité de la population active peut renforcer l’Union, en permettant d’absorber les chocs pour les économies qui ne sont pas synchronisées avec celles de leurs voisins. Cinquièmement, l’UE pourrait mieux rentabiliser les dépenses consacrées au financement des politiques régionales. Toutes ces réformes contribueraient à améliorer les performances économiques et à stimuler l’innovation, ce qui est une priorité majeure pour les gouvernements  de vos pays.
 
Améliorer le fonctionnement de l’économie mondiale – la contribution de l’OCDE
Permettez moi de vous dire comment l’OCDE peut apporter une aide, pas seulement au niveau européen, mais au niveau mondial. J’ai le plaisir de vous signaler que depuis que je me suis adressé à vous l’an dernier, de cette tribune, plusieurs événements marquants se sont produits à l’OCDE.
Premièrement, nos gouvernements membres ont pris une initiative, sans précédent, en décidant d’ouvrir des discussions d’adhésion avec cinq pays : le Chili, l’Estonie, Israël, la Fédération de Russie et la Slovénie. Les Ministres ont aussi invité l’OCDE à « intensifier la coopération avec le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie et l’Afrique du Sud dans le cadre d’un processus d’engagement renforcé en vue d’une adhésion possible ».

Ces décisions résultent de la prise de conscience que la carte économique et politique du monde a changé et que seul le renforcement de la coopération entre les grands acteurs mondiaux permettra d’avancer dans la recherche de solutions à apporter aux grands défis planétaires. Ces pays sont maintenant les locomotives de la croissance mondiale. Nos pays membres considèrent que s’il est vrai que les politiques et les activités de ces pays ont un impact sur l’OCDE, il est également vrai qu’ils pourraient tirer parti de notre expérience en matière de bonnes pratiques pour la conduite de l’action publique.

Nous collaborons déjà étroitement avec plusieurs de ces pays et souhaitons maintenant établir une relation plus structurée avec eux.
L’ouverture est une réponse historique aux enjeux d’un monde en mutation. L’objectif est d’améliorer les politiques nationales et internationales, d’atténuer les tensions et de renforcer la coopération au service d’une économie mondiale plus dynamique et plus équitable. Ces objectifs sont à notre portée, et l’OCDE, en devenant la « plaque tournante de la mondialisation » jouera un rôle essentiel dans leur réalisation.
L’année 2007 a aussi été marquée par le renforcement des liens entre l’OCDE et le G8. Au sommet du G8 à Heiligendamm, l’OCDE a été invitée à offrir un cadre de  dialogue pour les pays du G8 et les 5  autres pays  – le Brésil, la Chine, l’Inde, le  Mexique et l’Afrique du Sud. Ce dialogue renforcé contribuera à approfondir la coopération internationale sur certains des enjeux planétaires les plus ardus de l’heure et nous sommes fiers d’avoir été appelés à y apporter notre contribution.

Parmi les autres événements passionnants, signalons l’élaboration d’une stratégie de l’OCDE pour l’innovation, conformément au mandat confié par les Ministres de ses pays membres. L’innovation a fortement contribué à l’élévation des niveaux de vie depuis la révolution industrielle. Aujourd’hui, son impact sur la croissance est renforcé par la mondialisation. L’intensification de la concurrence et l’accès à des idées et à des technologies nouvelles alimentent ce nouveau processus d’innovation. Dans le même temps, l’émergence d’acteurs planétaires comme la Chine et l’Inde poussent davantage encore les pays de l'OCDE à progresser le long de la chaîne de valeur et à s’engager dans un processus continu d’ajustement et d’innovation.

Les pays doivent «maîtriser les différentes étapes du processus transversal de l’innovation», depuis l’éducation et la formation de chercheurs, jusqu’à la protection des droits de propriété intellectuelle et les investissements publics et privés. L’innovation peut aussi nous aider à affronter les grands défis d’envergure planétaire, comme le changement climatique. Une « forte impulsion » est nécessaire pour accélérer la transition vers une économie à faible intensité de carbone. Je ne manquerai pas de vous tenir informé de l’état d’avancement de notre stratégie pour l’innovation.
 
Les parlementaires et l’économie politique de la réforme
Je souhaiterais clôturer mes remarques par quelques mots sur les conditions nécessaires pour mettre en œuvre le programme d’action assez impressionnant que je viens de d’évoquer. Comme vous le savez tous, il ne suffit pas de dresser l’inventaire des réformes nécessaires pour améliorer le fonctionnement de l’économie. Il y a de nombreux obstacles à surmonter pour réussir à mobiliser le soutien de l’opinion publique en faveur des réformes et les mettre en œuvre avec succès. C’est ce que nous appelons l’économie politique de la réforme.

L’OCDE s’engage maintenant à aller au-delà de la description des meilleures pratiques pour aider les pays à les appliquer. Nous nous employons donc à expliquer les conséquences de l’inaction ou des retards ainsi qu’à proposer des options propres à contribuer à enclencher l’élan politique nécessaire pour mener à bien les réformes. Afin de susciter le soutien en faveur des réformes il faut aussi faire connaître celles qui ont été menées avec succès dans d’autres pays.
Il s’agit là d’une démarche nouvelle et plus audacieuse mais qui peut nous aider à mieux servir nos pays membres et qui exige d’élargir l’éventail de nos interlocuteurs dans chaque pays, dont vous faites partie, Mesdames et Messieurs les parlementaires. Comme je l’ai dit l’an dernier, l’OCDE apprécie grandement ses relations de coopération établies avec les parlementaires, notamment pour le rôle fondamental qui leur incombe en tant que partenaires dans la réforme.

Je vous remercie beaucoup de votre attention et reste bien entendu à votre disposition pour répondre aux questions et commentaires que vous souhaiteriez formuler.

 

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Etude économique de l'Union Européenne 2007

 

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