Economie

Lancement de l’Étude économique sur la zone euro

 

Observations de M. Angel Gurría, Secrétaire général de l'OCDE


Centre de conférences de l’OCDE, 14 janvier 2009


Bonjour, Mesdames et Messieurs,


J’ai le plaisir de lancer aujourd’hui l’Étude économique 2009 de l’OCDE consacrée à la zone euro. J’aimerais remercier la Commission européenne et la Banque centrale européenne, avec lesquelles nous avons collaboré étroitement lors de la préparation de cette Étude.


La publication de cette Étude intervient à un moment critique. Les économies de l’OCDE, y compris celles de la zone euro, sont maintenant en récession et devraient le rester un certain temps, frappées par la pire crise financière depuis les années 30. La crise s’est étendue aux économies émergentes et la croissance du commerce mondial se ralentit nettement et devrait encore s’affaiblir.


Ces événements sont autant de défis nouveaux et complexes pour les responsables européens. La BCE doit préserver la stabilité des prix alors même que les mécanismes normaux de transmission monétaire ont perdu de leur efficacité, l’inflation refluant toutefois très sensiblement. Aux côtés des autorités de régulation et de surveillance financières, la BCE et la Commission européenne doivent agir pour apaiser la crise actuelle et il leur faut aussi entreprendre des réformes pour parer à de telles crises à l’avenir. Les autorités budgétaires adoptent une attitude plus active pour stimuler la demande, tout en devant faire en sorte que les mesures budgétaires soient bien ciblées et ne sapent pas la viabilité des finances publiques à plus long terme.


L’économie de la zone euro est en récession et restera faible un certain temps

Les perspectives à court terme pour l’économie de la zone euro sont sombres. La zone euro est tombée en récession avant que la crise financière s’intensifie en octobre et les nouvelles données recueillies depuis la mise au point finale des Perspectives économiques de l’OCDE, en novembre, montrent que les risques d’évolution négative de l’activité économique mis alors en lumière sont en train de se concrétiser. Un ralentissement profond et prolongé paraît de plus en plus probable.


Les conditions financières restent très restrictives malgré les initiatives prises par les gouvernements pour remédier aux tensions sur les marchés de capitaux. La croissance du crédit demeure positive, mais elle fléchit nettement. Le recul se poursuit sur le marché du logement, avec une baisse de l’investissement et des prix immobiliers dans un certain nombre de pays. L’amputation des patrimoines et l’aggravation du chômage incitent les ménages à freiner leurs dépenses. Le ralentissement rapide de l’économie mondiale a très fortement réduit la demande d’exportations européennes. La confiance des entreprises et des consommateurs est en berne.

 

Le seul élément positif est que les perspectives se sont radicalement modifiées du côté de l’inflation. Après avoir atteint un point haut de 4 % en juillet, la hausse des prix à la consommation est déjà revenue à 1.6 %. Il faut s’attendre à un nouveau reflux de l’inflation ces prochains mois. L’inflation tendancielle se montre plus persistante, mais elle devrait elle aussi diminuer progressivement cette année à mesure que le marché du travail se dégradera et que les pressions qui s’exercent sur les prix en aval s’atténueront.


La récession, en conjonction avec les mesures prises par les gouvernements pour restaurer la confiance sur les marchés de capitaux, a un coût budgétaire très élevé. En novembre dernier, dans nos Perspectives économiques, nous avions prévu un déficit budgétaire des administrations publiques pour l’ensemble de la zone euro en hausse de 0.8 % du PIB en 2008 et en 2009, soit 2.2 % contre 1.4 %, cette hausse annulant l’amélioration observée depuis 2006. Aujourd’hui, la perspective d’une croissance économique bien plus faible signifie qu’en fait les positions budgétaires se dégraderont bien davantage.


Les gouvernements des pays européens ont agi vigoureusement pour empêcher l’effondrement du système financier

L’une des priorités pour tous les États membres de la zone euro est de trouver des réponses efficaces à la crise financière et de les mettre en œuvre rapidement. Face aux événements actuels, il faudra éviter les mesures qui risquent de compromettre les objectifs à plus long terme.


Après l’aggravation de la crise financière l’automne dernier, les gouvernements des pays européens ont mis en place une réponse coordonnée pour assurer la stabilité de leurs systèmes financiers. Pour améliorer la situation du côté des financements bancaires, ils ont garanti de nouvelles émissions de titres à moyen terme, procédé à des recapitalisations directes et relevé les plafonds de garantie des dépôts.


Ces mesures ont contribué à empêcher un effondrement financier systémique sur les marchés européens de capitaux, mais des tensions subsistent. Il n’est pas sûr, non plus, que les fonds affectés à la recapitalisation suffisent ou soient utilisés suffisamment rapidement. Il est essentiel que les différences nationales de mise en œuvre de ces mesures ne faussent pas la concurrence et il faut aussi se demander comment les pouvoirs publics devront dénouer leurs engagements lorsque la tourmente finira par se dissiper. Pour remédier aux faiblesses des marchés de capitaux, les gouvernements doivent veiller à ne pas semer les germes de problèmes futurs.


Les réponses des gouvernements et les travaux des organismes internationaux à vocation normalisatrice, dont l’OCDE, s’attaqueront aux problèmes fondamentaux : la gestion de la liquidité et des risques ; la transparence et l’évaluation, le rôle des agences de notation ; la nécessité d’une plus grande réactivité des autorités aux risques ; et l’amélioration des dispositifs destinés à faire face à une situation d’extrême tension sur les marchés de capitaux. La Commission européenne collabore étroitement dans les enceintes internationales au règlement de tous ces dossiers et elle poursuivra son action en ce sens. L’OCDE s’attachera surtout aux réformes structurelles à plus long terme du système financier, dans le cadre d’une vaste “Réponse stratégique” à la crise financière et économique, contribution à l’effort mondial, et notamment aux travaux du G-20.


La politique monétaire et la politique budgétaire peuvent toutes deux contribuer à freiner le ralentissement de l’activité

La fragilité de l’économie de la zone euro et le net recul de l’inflation ouvrent une ample marge de manœuvre à la BCE pour assouplir encore la politique monétaire et aux gouvernements pour utiliser davantage les mesures discrétionnaires de politique budgétaire.


La BCE a déjà réduit les taux directeurs de 175 points de base depuis le début d’octobre, les tensions actuelles sur les marchés de capitaux ayant toutefois ralenti le rythme de répercussion de ces baisses sur les taux du marché monétaire et des banques de dépôts. La BCE a également procédé aux modifications nécessaires de ses dispositifs de refinancement pour atténuer la pénurie de liquidités sur les marchés de capitaux. Nous comptons sur la BCE pour baisser encore les taux et nous considérons ces baisses comme à la fois prudentes et conformes à son objectif de stabilité des prix.


Mais avec un mécanisme de transmission de la politique monétaire qui est défaillant, c’est à la politique budgétaire qu’il incombe de plus en plus de stimuler la demande pour freiner le ralentissement économique.


Le Plan européen de relance économique et les initiatives qui ont été prises par les gouvernements dans ce contexte sont tout à fait salutaires, mais il faut les mettre en œuvre efficacement et éventuellement les renforcer si les risques d’évolution négative se concrétisent. Bien sûr, avec la dégradation des soldes budgétaires et le gonflement de la dette publique, les marges de manœuvre seront de plus en plus limitées par les réactions sur les marchés de capitaux, reflet des problèmes de stabilité à plus long terme.


Pour être efficace, une relance budgétaire discrétionnaire doit remplir plusieurs conditions :
Il faut en particulier que l’assouplissement discrétionnaire soit rapide, en stimulant la demande globale lorsque la demande privée est à son plus bas niveau, et en n’intervenant pas trop tard, lorsqu’une expansion est déjà en cours.


De plus, parce que l’économie européenne ne peut se passer d’un assainissement budgétaire à moyen terme, il est crucial que la relance budgétaire soit temporaire. Il faut mettre fin aux mesures budgétaires expansionnistes lorsque le cycle économique redémarre, et il faut aussi améliorer la crédibilité budgétaire pour maximiser les effets bénéfiques de l’expansion budgétaire et minimiser ses risques. Les pays doivent mettre en œuvre des cadres budgétaires à moyen terme solides et transparents, et réviser leurs objectifs à moyen terme en prenant mieux en compte l’endettement sous jacent.

 

Enfin, les plans de relance budgétaire doivent être bien ciblés, là où ils stimuleront le plus l’activité économique. Des dépenses publiques bien conçues, des baisses d’impôts ou l’attribution de bons d’achat, si ces mesures sont mises en œuvre rapidement, sont susceptibles d’avoir l’effet le plus immédiat sur la demande, surtout si elles bénéficient aux ménages victimes de difficultés financières. D’autres initiatives comme une réforme fiscale ou des aides aux investissements en infrastructures pourraient aussi améliorer les perspectives de croissance à moyen terme, même s’il ne s’agit pas du moyen le plus efficace pour relancer rapidement la demande. Les aides supplémentaires aux entreprises et aux branches d’activité ne devraient concerner que les cas patents de défaillance du marché et les secteurs d’importance systémique pour l’ensemble de l’économie, en particulier le secteur financier lui même.


L’architecture financière européenne doit être réformée pour empêcher à l’avenir toute instabilité
Le rythme rapide d’intégration et d’approfondissement des marchés de capitaux européens cette dernière décennie pose un problème majeur aux responsables européens. Il faut que les pratiques de surveillance et de régulation évoluent parallèlement à une intégration transnationale de plus en plus étroite.


Des modalités incohérentes de régulation et de surveillance d’un pays à l’autre pourraient créer des possibilités d’arbitrage réglementaire et fausser le marché unique européen des services en capital. Elles pourraient aussi compliquer le règlement d’une crise qui serait due à la défaillance d’une grande institution transnationale d’importance systémique.


Bien que des progrès aient été accomplis pour améliorer la supervision de ces institutions, grâce à la création de collèges de superviseurs pour tous les groupes bancaires opérant dans plusieurs États membres de l’UE, la gestion des risques transnationaux exige une démarche plus centralisée et plus intégrée.


Il y a à cet égard deux bonnes solutions, soit mettre en place au niveau de l’UE une autorité unique de supervision financière, soit instaurer un système européen de supervision faisant collaborer un organisme central et les autorités nationales de supervision. L’une ou l’autre de ces solutions permettrait de mieux surveiller et de mieux enrayer les risques systémiques sur les marchés européens de capitaux. La deuxième solution, celle du système européen de supervision, s’insérerait semble-t-il plus facilement dans le dispositif actuel. Mais s’il se révélait impossible de concilier les intérêts de tous les pays avec un tel système, il ne faudrait pas exclure la création d’une autorité unique de supervision.


Conclusion

Mesdames et Messieurs,
Nous devons reconnaître en conclusion que la première décennie de l’Union économique et monétaire a été une très grande réussite. Il faut féliciter la BCE, la Commission européenne et les pays membres, qui ont rendu possible ce succès.


Certes, la crise actuelle est un énorme défi pour les économies de la zone euro, et pour le monde entier, mais c’est aussi l’occasion, cruciale, de mettre en œuvre des réformes de long terme. Face à cette crise, les gouvernements des pays européens ne doivent pas perdre de vue les enjeux à long terme fixés par le Programme de Lisbonne, à savoir renforcer le marché unique, favoriser l’innovation et les qualifications, gérer la transition vers une économie sobre en carbone et intégrer davantage l’économie européenne au reste du monde. Pour sa part, l’OCDE examinera dans sa prochaine Étude économique de l’Union européenne les mesures à prendre pour faire avancer ce programme.


Si la zone euro peut démontrer qu’elle est capable de sortir de la récession actuelle sans perdre de sa solidité, tout en accomplissant les réformes nécessaires à sa croissance à long terme, elle adressera à la communauté internationale un message fort quant aux avantages bien réels de l’intégration et de la coopération face aux grands défis actuels. Ce message n’aura jamais été aussi important.


Je vous remercie de votre attention.

 

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