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Economie

Lancement de l’Étude économique de la France 2019

 

Remarques de M. Angel Gurría

Secrétaire Général de l’OCDE

9 Avril 2019 - Paris, France

(As prepared for delivery)

 

 


Monsieur le Ministre, Madame l’Ambassadrice, Mesdames, Messieurs,


C’est un grand plaisir de présenter l’Étude économique 2019 de l’OCDE sur la France en votre présence, Monsieur le Ministre.


L’OCDE est fière de soutenir l’ambitieux programme de réformes que vous menez depuis le début du quinquennat, qui offrira de meilleures perspectives à tous les Français. Et permettez moi de vous féliciter pour la loi Pacte qui permettra de contribuer à l’esprit entrepreneurial et une bonne dynamique des entreprises. Nous estimons que ce programme pourrait augmenter le PIB par habitant de 3.2% à un horizon de dix ans, et que sur le long terme, cela bénéficiera avant tout aux catégories de revenus moyenne et moyenne inférieure. L’Étude économique 2019 de l’OCDE sur la France présente aussi d’autres pistes de réformes, qui pourraient porter ce chiffre à plus de 5%.


Laissez-moi vous vous présenter nos principales recommandations.

 

Redynamiser la croissance et en faire profiter un plus grand nombre

Même si la France est moins touchée que d’autres pays de l’OCDE par le ralentissement économique mondial, nous prévoyons un taux de croissance modeste de 1.3% en 2019-20. La situation du marché du travail s’est améliorée, mais le taux de chômage, à 8.8% au quatrième trimestre 2018, reste parmi les plus élevés de la zone euro. Par ailleurs, 17% des jeunes français ne sont ni en emploi, ni scolarisés, ni en formation. Ce taux est supérieur à la moyenne de l’OCDE (14%), et plus du double qu’aux Pays-Bas ou en Suède.

 

La croissance économique actuelle n’est pas suffisante pour augmenter le niveau de vie de tous et la mobilité sociale est trop faible pour offrir aux plus faibles revenus des perspectives satisfaisantes. Trop de personnes se sentent encore isolées des bénéfices de la croissance. Nos enquêtes PISA et sur la mobilité sociale montrent que les inégalités scolaires mais aussi de revenu se reproduisent, en France plus qu’ailleurs, de génération en génération, en s’ancrant sur certains territoires. Le dédoublement de certaines classes dans les écoles prioritaires et les mesures pour attirer des enseignants de qualité sont des efforts importants. Continuer les réformes visant à améliorer l’accès et la qualité de l’éducation pour tous dès le plus jeune âge, notamment dans les quartiers défavorisés et pour les ménages modestes, est essentiel pour mieux lutter contre les inégalités scolaires et promouvoir l’égalité des chances.


Les réformes doivent continuer, même les plus difficiles telles que la fiscalité écologique ou celles des dépenses publiques. Cependant, prendre en compte l’impact redistributif des réformes et les effets de leur mise en œuvre sur les individus sont des enjeux majeurs, comme le montre le mouvement des « gilets jaunes ». Il faut bien sûr que ces réformes soutiennent à long terme les revenus, le bien-être et les perspectives des plus bas revenus, comme c’est le cas des réformes que nous proposons. Il est aussi capital d’examiner avec une grande attention l’impact de ces réformes sur les plus défavorisés à court terme, et d’y apporter les réponses nécessaires pour rendre les réformes socialement acceptables.


Réformer le marché du travail est crucial. Le taux d’emploi en France demeure faible: 65% des 15-64 ans sont employés, soit 3 points de moins que la moyenne OCDE (68%). Les Ordonnances de 2017 ainsi que les mesures portant sur le coût du travail et la Prime d’Activité vont dans la bonne direction pour créer plus d’emplois. L’enjeu des prochains mois sera la réforme de l’assurance chômage, qui doit permettre de limiter les recours abusifs aux contrats courts qui nuisent aux perspectives de carrières. En outre, un meilleur accès à des logements abordables, notamment dans les territoires dynamiques, doit permettre aux plus démunis de se loger décemment et de bénéficier de meilleures opportunités sociales et économiques.


Enfin, le développement des compétences tout au long de la vie sera essentiel pour favoriser l’emploi. Votre nouveau Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC), axé sur les moins qualifiés et les chômeurs de longue durée, et la réforme de la formation professionnelle sont donc bienvenus. Les réformes à venir devront mieux adapter l’éducation aux besoins du marché du travail, par exemple en développant l’alternance dans les lycées professionnels et en renforçant l’accompagnement des jeunes les plus en difficulté.

 

Une stratégie de long terme est nécessaire pour réduire la dépense publique et les impôts 

Permettez-moi de conclure en abordant un défi crucial pour la France : la réduction de la dette publique. La croissance actuelle est insuffisante pour permettre une réduction importante des ratios de dette et dépense publique au PIB, qui restent parmi les plus élevés de l’OCDE. Il faut donc contrôler l’évolution de la dépense, mais aussi la réorienter pour favoriser la croissance.


Renforcer l’évaluation des politiques publiques serait une aide majeure. Les résultats obtenus récemment dans le contrôle des dépenses médicales ou locales sont encourageants. Cependant, la dépense publique consacrée aux retraites est particulièrement élevée. Outre la retraite « par points » envisagée, qui offrira une meilleure transparence, il conviendra de prendre des mesures pour augmenter l’âge du départ effectif du marché du travail.


Enfin, l’investissement public doit mieux soutenir la croissance, notamment la croissance verte. Les infrastructures françaises, connues pour leur qualité, ont parfois souffert d’un manque de maintenance. Le gouvernement a enclenché un Grand Plan d’Investissement de 57 milliards d’euros sur cinq ans : cela va dans la bonne direction ! Il faudra cependant accorder une priorité aux évaluations socio-économiques des nouveaux projets, ainsi qu’à l’économie verte et numérique. Veiller à ce qu’aucun territoire ne soit désavantagé en termes de dépense publique en révisant les transferts financiers de l’État aux collectivités locales serait aussi une avancée majeure.
Je vous invite à lire l’Étude économique 2019 de l’OCDE sur la France en détail. Je suis sûr que vous la trouverez utile et intéressante.


Pour finir permettez-moi, Monsieur le Ministre, de féliciter encore une fois l’ensemble du gouvernement français pour toutes les réformes. À l’heure de la croissance inclusive et de la croissance verte, il faut que la France continue sur cette voie pour transformer les réformes en davantage d’opportunités et de bien-être pour le peuple français. L’OCDE restera à vos côtés pour soutenir cet effort.

 

 

 

Voir aussi:

Communiqué de presse: De nouvelles réformes en France pourraient entraîner la croissance, améliorer la viabilité des finances publiques et renforcer la cohésion sociale

Travaux de l'OCDE portant sur l'économie

Travauz de l'OCDE portant sur la France

 

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