Economie

Les ingrédients de la confiance

 

Les erreurs à l’origine de la crise économique mondiale ont‑elles été corrigées ? Sharan Burrow expose sa vision des stratégies à déployer pour rétablir la confiance dans les pays qui souffrent encore de cette crise.

Depuis 2008, l’économie mondiale est sous perfusion. De nombreux pays sont en récession, d’autres voient la croissance ralentir ; le chômage, déjà élevé, va encore augmenter, marquant la jeune génération au fer rouge. La solidité des systèmes démocratiques et du multilatéralisme, actuellement mise à rude épreuve, n’est pas un acquis. Cette situation n’est guère de nature à redonner confiance aux citoyens vis-à-vis de l’économie.

Pour répondre à la crise, l’OCDE a récemment créé un groupe d’étude sur les « Nouvelles approches face aux défis économiques ». Initiative louable, tant les enjeux sont cruciaux pour l’organisation, pour ses pays membres et pour l’économie mondiale. L’origine de l’OCDE remonte à la reconstruction de l’Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et de la Grande dépression. Cette dernière a été provoquée par des erreurs politiques commises dans les années 1920 et 1930, entraînant finalement une guerre mondiale. Il ne faut pas se bercer d’illusions : la crise actuelle a fait chuter la confiance entre les citoyens, les gouvernements et les milieux d’affaires. Le contrat social est rompu et la colère monte. Une réponse politique inadaptée pourrait à nouveau engendrer extrémisme et xénophobie.

Avant la crise, il existait plusieurs formes d’économie de marché, avec des cadres d’action, des avantages et des inconvénients spécifiques. Le rapport intitulé Exiting from the Crisis : towards a model of more equitable and sustainable growth , publié en 2011 par la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE, la Confédération syndicale internationale et l’Institut syndical européen, s’inscrit dans le débat relatif à ces « modèles de capitalisme ». Certains pays ont mieux résisté à la crise que d’autres. Certains pays et certaines politiques portent plus que d’autres la responsabilité du marasme. Certaines politiques, longtemps défendues par les marchés financiers et par les institutions financières internationales, ont favorisé une propagation rapide de la crise dans le monde entier.

Avant 2008, le fonctionnement systémique des marchés mondiaux se caractérisait par de multiples déséquilibres : entre le développement des marchés financiers et l’évolution de l’économie réelle, entre les pays marqués par un déficit extérieur et les pays excédentaires, entre la part des bénéfices et la part du capital dans la répartition du revenu national, entre les revenus très élevés d’une minorité et les revenus des « 99 % » de la population, enfin entre le pilier économique et le pilier environnemental du développement durable.

La détérioration de l’environnement et la rareté des ressources doivent être intégrées dans les systèmes de production, afin que l’économie puisse atteindre l’objectif zéro émission, zéro déchet et zéro exposition aux substances dangereuses. La réflexion sur un nouveau modèle économique devrait également aider à comprendre comment assurer le plein emploi et des conditions de travail décentes dans un monde où les ressources sont limitées.

La crise financière et économique mondiale a infirmé la croyance selon laquelle une déréglementation débridée du marché du travail ainsi que de faibles institutions encadrant ce marché constituent des conditions nécessaires à la réussite économique et au succès des politiques de l’emploi. La crise a montré que ces conditions étaient au cœur de la croissance des inégalités de revenus et, dans certains pays, du travail précaire. Elles ont aujourd’hui un coût économique, social et politique très élevé.

Les pays parvenus à un haut niveau d’emploi et à une répartition plus équitable des revenus ont focalisé leur attention sur les nombreux leviers disponibles pour mener des politiques du marché du travail efficaces : des systèmes de formation qualifiante préalables à l’entrée sur le marché du travail, qui véhiculent un sens de l’identité professionnelle et de la confiance en soi ;  des dispositifs de formation tout au long de la vie pour garantir l’employabilité ; un équilibre entre forces du capital et du travail, notamment par un pouvoir accru des syndicats et une extension de la couverture des conventions collectives ; des mesures visant à réduire les différences injustifiables de traitement entre catégories de travailleurs ; la conjugaison de prestations de chômage élevées et d’obligations de recherche d’emploi rigoureuses, avec un investissement important dans les programmes actifs de retour à l’emploi.

Les systèmes d’imposition sont de moins en moins capables de recueillir les recettes nécessaires au financement d’un État moderne (du fait de l’érosion de la base d’imposition et du transfert de bénéfices) et de réduire les inégalités (du fait de concessions excessives faites aux contribuables les plus aisés). Il faut améliorer les politiques fiscales pour renforcer la croissance et l’égalité. Il faudra notamment réévaluer la pertinence du déplacement de la charge fiscale vers la consommation, et imposer plus largement les biens immobiliers et la fortune.

Au-delà du rôle des politiques publiques pour réduire les inégalités de revenus, la crise doit conduire à remettre en question la « réglementation limitée » et la tolérance à l’égard des déséquilibres ayant favorisé son déclenchement. Il faut réduire la complexité, le manque de transparence et, souvent, la taille du secteur financier par la réglementation, la taxation financière et le déploiement de réformes structurelles dans l’ensemble de la zone de l’OCDE. La priorité est de mettre le secteur financier au service de l’économie réelle, et d’éviter que la spéculation financière ne nuise aux perspectives de croissance durable.

Au niveau national, les décideurs devraient être plus attentifs à la question des institutions innovantes et au rôle de l’État dans l’adoption de politiques industrielles actives permettant de stimuler la croissance et la demande. Alors que les chaînes de valeur mondiales et les réseaux de production influent toujours plus sur les choix d’implantation de la production et sur l’emploi, les pays de l’OCDE et leurs entreprises doivent agir pour la compétitivité « par le haut », notamment en respectant les normes du travail, en élevant les niveaux de qualification et en motivant les salariés.

Enfin, les résultats économiques doivent être appréciés selon des critères plus larges que le PIB par habitant qui, en lui-même, en dit peu sur la qualité de vie des citoyens. Cet indicateur n’apporte aucune information sur la répartition des revenus, sur les différences entre riches et pauvres quant à la santé et à l’espérance de vie, sur la mobilité sociale, sur la durabilité environnementale et sur d’autres déterminants fondamentaux de la qualité de vie. Surtout, il ne permet nullement de savoir si la majorité des citoyens sont en mesure de choisir la vie qui, à leurs yeux, mérite d’être vécue.

La crise économique est venue peser de tout son poids sur les travailleurs. L’OCDE a un rôle déterminant à jouer pour corriger cette injustice.

 

Références et liens recommandés

Confédération syndicale internationale

Commission syndicale consultative auprès de l'OCDE (TUAC)

Travaux de l'OCDE sur la réforme réglementaire

Problématiques du Forum de l'OCDE 2013

Articles de l'Observateur de l'OCDE sur la gouvernance

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Par Sharan Burrow, Secrétaire générale, Confédération syndicale internationale  

 

©L'Annuel de l'OCDE 2013

 

 

 

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