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Economie

L’économie des classes moyennes

 

En 2014, les États-Unis ont enregistré le plus grand nombre de création d’emplois annuelle depuis les années 1990 et ce mouvement, le plus long jamais observé, s’est prolongé en 2015. Depuis deux ans, les salaires réels augmentent de 1,4 % par an, plus de deux fois plus vite que lors de la dernière reprise. Toutefois, comme dans de nombreux autres pays de l’OCDE, cela n’est pas suffisant pour rattraper des décennies de gains inférieurs à la normale pour les familles des classes moyennes. L’approche retenue par le Président Obama et fondée, selon ses propres termes, sur « l’économie des classes moyennes », vise à corriger cette situation qui dure depuis des décennies.

Aux États-Unis, le revenu médian a augmenté de 17 % depuis 1973. Deux indicateurs montrent pourtant que nous aurions dû faire mieux : entre 1948 et 1973, les revenus des classes moyennes ont augmenté de 98 %, et l’accroissement de la productivité entre 1973 et 2013 aurait dû permettre aux travailleurs d’acheter 82 % de plus par heure travaillée, soit nettement plus que la hausse réellement observée.

Trois facteurs fondamentaux conditionnent le revenu des familles : la croissance générale de la productivité dans l’économie, le partage plus ou moins large de ces gains, et le taux d’activité. Malgré des évolutions différentes selon les pays, ces trois facteurs ont connu une tendance à la dégradation dans la plupart des économies de l’OCDE ces dernières décennies.

Le facteur le plus important aux États-Unis a été le ralentissement de la croissance de la productivité. Entre 1948 et 1973, cette croissance atteignait 2,8 % chaque année, mais, freinée en partie par les ruptures liées aux chocs pétroliers et à la suppression du système monétaire de Bretton Woods, elle est tombée à 1,8 % dès 1973. Des choix politiques ont également joué dans ce ralentissement : dans les années 1950 et 1960, les États-Unis ont énormément investi dans les réseaux autoroutiers inter-États, pour ensuite réduire sensiblement la part de l’investissement infrastructurel dans le PIB.

La montée des inégalités est le deuxième facteur responsable du ralentissement des revenus. En 1973, 90 % des ménages américains les plus pauvres percevaient 68 % du revenu national, contre 53 % aujourd’hui. Cette tendance s’explique en partie par l’évolution technologique, mais également par certains choix politiques, dont celui de ne pas poursuivre le développement de l’éducation alors que le taux de syndicalisation et le salaire minimum réel fléchissaient.

Le troisième facteur est la baisse du taux d‘activité. Sa chute après 2007, principalement due à la récession et à certains changements démographiques, a monopolisé l’attention. Pourtant, le taux d’activité des populations d’âge très actif diminuait déjà dès les années 1950 chez les hommes et 1990 chez les femmes. Cette tendance reflète certains changements sociétaux, mais aussi des décisions en matière de formation, de fiscalité et de flexibilité au travail.

Nous ne pouvons bien sûr revenir sur le passé, mais nous pouvons poursuivre les actions engagées pendant la crise : investissements dans les infrastructures et la production manufacturière, réductions d’impôts pour les familles actives, mesures visant à freiner la hausse des coûts de santé, etc.

D’après les premiers résultats, ces politiques sont efficaces. Ces dernières années, les États-Unis ont non seulement enregistré une croissance plus forte et des créations d’emplois plus rapides, mais ils sont aussi à la tête de la révolution mondiale des technologies et de l’innovation, incarnée notamment par l’informatique en nuage, les appareils mobiles, la médecine personnalisée ou les matériaux de pointe, sources de progrès économiques considérables.

Le Président Obama a également proposé un éventail de mesures destinées à stimuler la croissance de la productivité, notamment développer les marchés à l’exportation étrangers, réformer la fiscalité des entreprises, stimuler les investissements technologiques, développer l’éducation et réformer le système d’immigration.

Une meilleure productivité est certes nécessaire à une augmentation soutenue des revenus de la classe moyenne, mais pas suffisante. Le Président Obama appelle donc à d’autres mesures pour élargir les opportunités, par exemple relever le salaire minimum, développer les crédits d’impôt pour la classe moyenne et les travailleurs à faible revenu, et rendre le système fiscal plus équitable.

Faciliter l’accès à l’emploi est un objectif crucial, qui bénéficiera d’une amélioration des services de garde d’enfants, de pratiques de travail plus souples, notamment pour les congés payés et congés maladie, d’un système fiscal favorable aux deuxièmes apporteurs de revenu, et d’une meilleure adéquation entre formation et emploi.

Il n’y a pas de doute : une économie plus vigoureuse est propice à l’emploi et aux revenus, mais aux États-Unis comme dans tous les pays de l’OCDE, un meilleur partage des fruits de la croissance est essentiel à la hausse des revenus de la classe moyenne.

Voir www.whitehouse.gov/administration/eop/cea

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L'Observateur de l'OCDE

‌‌‌‌Jason Furman

Jason Furman
Président, Conseil des
conseillers
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États-Unis
Bureau exécutif du
Président 

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